Stéphane Longval

Psychologue cardiaque

En tant que psychologue en entreprise, Stéphane Longval écoute les confidences d'employeurs qui ont besoin de conseils. En tant qu'auteur-compositeur- interprète, Stéphane Longval écoute son coeur. C'est lui, l'ultime employeur. Et il en avait long à dire, ces derniers temps. Son dossier confidentiel, intitulé À force de battre, est devenu le deuxième album du Sherbrookois.
« Je suis entré dedans ce coeur-là. Je voulais aller voir plus loin ce qui s'y passait, essayer de le faire parler le plus possible, entendre son cri. J'ai eu ce désir après avoir ressenti une sensation physique, un pincement au coeur, en me rendant travailler, il y a quelques années. C'est rare qu'on écoute, littéralement, son coeur. Qu'il me pince ou qu'il soit exalté, l'important est qu'il continue », souligne le propriétaire de cet organe d'une quarantaine d'années.
Mis en musique, l'électrocardiogramme comprend neuf pièces folk, profondes et introspectives. Les initiés qui voudront y trouver l'humoristique ballade Grinn Cheese, gagnante du Prix Étoile Galaxie de la meilleure chanson country au Festival western de Saint-Tite en 2012, ne la trouveront nulle part sous le carton. L'expression de Stéphane Longval est ici plus aux sourcils interrogateurs et au regard méditatif - comme sur la photo de sa pochette - qu'au sourire facile.
« Bien sûr, les gens m'ont connu par des chansons plus légères, comme Robert du Delaware, aussi. Pour la cohérence de l'album, je n'ai pas voulu les mettre. Je voulais me distancier des étiquettes pour entrer dans mes souliers. Les souliers ne sont peut-être pas très légers, mais j'ose assumer ce que ça fait d'avoir la vie en soi. Le constat n'est pas triste, pas lourd, mais réaliste. »
Hymne à la vie
Entre les séances de témoignage de son coeur, l'artiste s'est aussi inspiré de son entourage. D'un ami, revenu de l'Ouest canadien où il était allé se faire oublier, pour À l'envers de toi : « Il y a des gens qui se piègent eux-mêmes, se battent contre eux-mêmes, toute leur vie. »
Du jeune footballeur Félix Deslauriers-Hallée, enlevé par le cancer en 2011, pour Je me nourris : « Comme je fais du vélo avec son père, j'avais vu le message que Félix avait écrit à ses proches, après sa rechute. Il leur demandait de ne pas apporter leur peine à son chevet, parce qu'il avait besoin de se nourrir de leurs sourires. Il voulait vivre l'instant. On n'a pas besoin d'être près de la mort pour vouloir se nourrir du positif. Quand on a mal, il suffit parfois d'une phrase ou d'un sourire pour que ça revire de bord. Cette toune est un hymne à la vie. »
En plus d'un duo avec Stéphanie Blanchette du groupe Jaune (Les châssis), on trouve aussi la chanson Faire du bruit, coécrite l'an dernier avec le slameur David Goudreault et le musicien Jérôme Fortin dans la foulée de la Semaine de la santé mentale.
Arrivé par hasard et sur le tard à la musique, Stéphane Longval ne joue ni de cordes ni de vent. Les mélodies et textes se créent entièrement dans la boîte acoustique de sa tête. « Si je le vois comme un handicap? Je me sentirais handicapé de devoir tenir une guitare sur scène», raconte la moitié visible du défunt duo Sacha-Frédéric. L'autre moitié, Vincent Poirier, se tient toujours dans l'ombre de sa tête frisottée, réalisant l'album et y jouant tous les instruments.
Cet abonné des concours, qui a participé aux demi-finales des Découvertes de la chanson de Magog et du Festival de Saint-Ambroise notamment, prépare maintenant une tournée de spectacles en Gaspésie cet été. Il n'entretient pas d'autres attentes, dans cette deuxième carrière, que de visiter des salles offrant une bonne qualité d'écoute. « Tu m'aurais dit que je ferais de la chanson, il y a quatre ans, et je t'aurais ri au visage. C'est tellement récent dans ma vie que je suis encore en état d'émerveillement. J'ai le goût de me dépasser, je ne me fixe pas de limites, mais je ne sais pas où ça me mènera. »
Tant que le coeur battra...