Le projet théâtral Monarques sera présenté le 8 novembre 2022 au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke au terme d'un long processus créatif qui donnera une voix à près de 800 militaires canadiens et leurs proches, dont le major Luc Lacombe.
Le projet théâtral Monarques sera présenté le 8 novembre 2022 au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke au terme d'un long processus créatif qui donnera une voix à près de 800 militaires canadiens et leurs proches, dont le major Luc Lacombe.

Projet Monarques : du théâtre à vocation sociale

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
« Si vous n’avez jamais porté les bottes, vous ne pouvez pas savoir ce que ça fait ». C’est sur ces mots que Angèle Séguin, cofondatrice et directrice artistique du Théâtre des Petites Lanternes, a annoncé la concrétisation du projet Monarques qui donnera une voix à de nombreux vétérans canadiens qui souffrent de blessures post-traumatiques.

En 2017, par un simple courriel, le Comité des Vétérans des Cantons-de-l’Est avait interpellé l’équipe artistique du Théâtre des Petites Lanternes (TPL), afin de proposer l’idée d’un partenariat qui aurait comme objectif de « décadenasser la parole de ceux qui ont du mal à parler », explique Mme Séguin.

Ainsi, lors d’une Grande Cueillette des Mots, processus créatif qu’avait notamment utilisé le TPL après le drame ferroviaire de Lac-Mégantic, près de 800 vétérans et familles de militaires seront contactés afin de « mettre des mots sur des maux » de manière artistique.

« Jamais je n’aurais pensé créer une œuvre liée au monde militaire et aux blessures post-traumatiques », ajoute Mme Séguin touchée par le projet. « Mais face à cet enjeu délicat et complexe qui suscite énormément d’émotions, qu’est-ce qu’on pouvait faire comme compagnie de théâtre, sinon que de traiter ce sujet dans l’espace public et d’ainsi ouvrir le dialogue? »

Dès janvier 2021, des témoignages seront recueillis de façon anonyme dans le cadre de différents ateliers d’écriture. Par la suite, tous les textes seront reçus par l’équipe artistique du TPL qui en fera une œuvre théâtrale présentée au public le 8 novembre 2022 au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke.

Des vétérans et leurs proches au cœur du projet

Devant ce projet artistique qui cherche à mettre des mots sur des émotions douloureuses vécues par de nombreuses personnes de son entourage, le Major Luc Lacombe, commandant adjoint de l’Unité de transition des Forces armées canadiennes, s’est d’abord montré perplexe.

« Lorsque j’ai finalement compris que le projet servirait à déstigmatiser la blessure de stress opérationnel, à informer le public, à provoquer la discussion sociale autour d’un sujet trop peu connu et à sortir nos membres qui souffrent d'isolement tout en favorisant, peut-être, leur rétablissement, je n’ai pas eu d’autres choix que de m’impliquer dans l’organisation », admet-il.

Un « comité de pilotage » a donc été mis sur pied afin de soutenir et accompagner la direction artistique du projet durant toutes les étapes du processus de la Grande Cueillette des Mots. Le Major Luc Lacombe et 15 autres collaborateurs du milieu militaire, dont Robert Groulx, président du Comité des Vétérans des Cantons-de-l’Est, se sont engagés dans l’élaboration du projet Monarques.

De plus, à travers les différentes étapes du processus créatif, la professeure en communication Marie-Ève Carignan de l’Université de Sherbrooke et deux autres chercheurs poseront un regard scientifique sur la cueillette des témoignages, les outils de communications utilisés, les retombées chez les participants et la pertinence des arts dans un processus de guérison et de mieux-être.

« Je crois vraiment à l’importance des arts sur la santé, indique la Pre Marie-Ève Carignan. Nous documenterons le processus et les stratégies mises en place afin de voir comment celles-ci affectent les participants et les spectateurs. Nous espérons que nos recherches faciliteront la réalisation d'autres grands projets à impact social comme celui de Monarques. »