L’infraction reprochée au théâtre Premier Acte est une cigarette de sauge allumée pendant la pièce «Conversations avec mon pénis».

Premier Acte à l’amende pour une cigarette

Après le Trident l’année dernière, c’est au tour de Premier Acte d’être puni à cause d’une cigarette grillée sur scène.

La semaine dernière, après une représentation de la pièce Conversations avec mon pénis, le directeur général du théâtre de la rue de Salaberry, Marc Gourdeau, a reçu la visite de deux inspectrices du ministère de la Santé, après qu’une plainte eut été déposée par un membre du public. L’infraction reprochée: une cigarette de sauge allumée par l’acteur Marc-André Thibault pendant le spectacle. 

«Elles ont épargné le comédien, qui aurait pu lui-même avoir une amende pour avoir fumé. C’est uniquement Premier Acte [qui est pénalisé]. Je n’ai pas encore reçu formellement l’avis d’infraction, mais je sais que je vais l’avoir», avance M. Gourdeau, qui s’attend à recevoir une note d’environ 500$.

Pour éviter des frais supplémentaires, la cigarette a été retirée des dernières représentations de la pièce, qui a quitté l’affiche le 7 décembre. «Et j’ai envoyé un courriel à toutes les compagnies qui vont faire des spectacles d’ici à la fin de la saison pour leur dire: “les cigarettes de théâtre, oubliez ça! ”» ajoute M. Gourdeau. 

L’année dernière, le Trident avait reçu un constat d’infraction de plus de 600$ pour avoir toléré que la comédienne Valérie Laroche fume dans la pièce Le cas Joé Ferguson d’Isabelle Hubert. À la suite des événements, on a souvent revu des cigarettes de sauge sur les scènes de la capitale, mais les compagnies s’assuraient de prévenir le public dans le programme ou dans le mot d’accueil. C’est d’ailleurs ce qu’avait fait Premier Acte pour Conversations avec mon pénis, un spectacle d’abord présenté l’an dernier sans que personne ne se plaigne. 

Modifier la loi

Marc Gourdeau ne reproche pas aux inspecteurs du ministère de la Santé de faire leur travail. «Eux n’ont pas le choix, la loi est faite comme ça, juge-t-il. Mais la loi est mal faite, selon moi. On n’a pas le droit de fumer dans un endroit public pour la santé des gens qui sont là, afin qu’ils ne soient pas exposés à de la fumée secondaire. À partir du moment où ce qu’il y a là-dedans, ce sont des herbes totalement inoffensives, pourquoi est-ce interdit?»

Évoquant l’idée que certaines personnes puissent être incommodées par la fumée, M. Gourdeau pousse le raisonnement plus loin. «À ce compte-là, on va appeler l’archevêque pour lui dire d’arrêter de brûler de l’encens, parce que c’est plus nocif que de la sauge», lance le directeur de Premier Acte, qui qualifie de «non-sens» le règlement empêchant d’allumer une cigarette, même sans tabac, sur une scène de théâtre. «L’idée ce n’est pas d’arrêter d’appliquer la loi, c’est de l’amender», croit le directeur. 

«Si on ne veut pas que les gens voient un comportement que la société essaie de réduire, je m’excuse, mais nous ne sommes pas l’outil de propagande du gouvernement pour imposer des normes sociales», ajoute M. Gourdeau, citant le fait que des œuvres théâtrales mettent en scène des actes autrement plus graves que le tabagisme. 

«On a le droit de faire semblant de tuer sur une scène, cite-t-il. On a le droit de se faire une track de sucre en poudre et de la sniffer comme si c’était de la coke… même si la coke est illégale. Mais fumer, ce n’est pas encore illégal. Si on s’inquiète pour l’image, moi, mon comédien de la pièce, il fumait dans son appartement, qui n’est pas un lieu public. C’est pour ça que pour moi, c’est complètement incohérent, cette affaire-là...»