Lorsqu'ils chantent ensemble, Anique Granger et Benoît Archambault deviennent Prairie Comeau.
Lorsqu'ils chantent ensemble, Anique Granger et Benoît Archambault deviennent Prairie Comeau.

Prairie Comeau: de vieux souvenirs pour les nouvelles générations

Les deux amoureux que sont Anique Granger et Benoît Archambault ont lancé, «pour le plaisir d’unir leurs voix», un projet de couple, en marge de leur carrière musicale respective.

Le résultat de leur entrelacements vocaux s’intitule Prairie Comeau. Un double clin d’oeil. Dabord au crooner italo-américain Perry Como (1912-2001); ensuite, aux Prairies de la Saskatchewan, Anique Granger étant Fransaskoise.

La sortie de leur premier album est prévue pour vendredi 12 juin. Ce disque éponyme réunit 11 étonnantes reprises de chansons d’un certain âge, classiques ou oubliées, en anglais comme en français, servies dans de nouveaux habits folk. Un folk délicat, à saveur acoustique, porté par le mariage harmonique de leurs deux voix parfaitement accordées. 

Ce dont témoignait déjà l’extrait Le ciel se marie avec la mer, paru la semaine dernière. La chanson est empruntée à Jacques Blanchet. Comme les autres pièces que reprend Prairie Comeau, elle a eu le temps de vieillir en fût de chêne.

Le duo revisite, côté francophone, Félix Leclerc (Notre sentier), Brassens (Chanson pour l’auvergnat), Guy Béart (L’eau vive) ou encore Le temps des cerises. Et dépoussière avec la même douceur américana quelque standards anglophones: Smoke Gets In Your Eyes (The Platters), How Wild The Wind Blows (Molly Drake), Speak Low (Kurt Weill), et même l’hymne du baseball Take Me Out To The Ball Game.

Rien qui fut écrit ou composé après 1960, puisque telle était la contrainte que s’est imposée le duo en paramétrant ce projet commun. «J’ai toujours trouvé qu’il y a une liberté dans la contrainte», expose Benoît Archambault (Mes Aïeux; la série jeunesse des Pourquoi ?).

Les conjoints «murmurent des airs d’un autre temps». Des chansons «lointaines», pas complètement oubliées mais qui, «souvent, flottent un peu dans notre inconscient » collectif, précise la chanteuse. «Moi j’aime les textes et j’adore les redécouvrir. Les mettre sous une autre lumière [musicale] permet de les redécouvrir autrement», confie-t-elle. 


Le plaisir, en marge du travail

«Né du désir de jouer ensemble», leur projet a pris forme lorsque les deux amoureux se sont découvert une passion commune pour Perry Como, dont Anique Granger possédait quelques vieux vinyles. Ils ont eu un coup de foudre particulier pour Hot Diggity (Dog Ziggity Boom), chanson de Como «complètement absurde», convient la chanteuse, dont le duo a tout de même su tirer «une version assez jolie». 

En couple depuis trois ans, ils ont eu l’occasion de la faire entendre sur scène, lors de rares concerts donnés ensemble ces dernières années. Sur les planches, le duo proposait «des chansons évidentes, comme Elvis Presley et les Everly Brothers, [avec lesquelles] les gens ont une relation très intime», constatait Benoît Archambault.

Les morceaux ‘parlent’ spontanément au public plus âgé, en qui ils réveillent de vieux souvenirs. Mais ces reprises savent aussi séduire les jeunes. Elles risquent fort de trouver un écho favorable parmi les amateurs des Soeurs Boulay, de par leur facture harmonique. En spectacle, «on ratisse large»: les nouvelles générations ne sont pas insensibles à ce répertoire qui leur permet de se fabriquer à leur tour leurs propres souvenirs, constate Benoit Archambaut, réjoui. 

En dépit de ses quelques prestations sur scène, Prairie Comeau n’avait pas encore de disque à proposer aux amateurs. Voilà l’impair réparé.


« On n’est pas de grands guitaristes, mais nous deux ensemble, [vocalement], la richesse harmonique est vraiment le fun! »
Benoit Archambault
Le duo acoustique Prairie Comeau reprend en mode folk americana des chansons classiques, pas oubliées mais qui «flottent un peu dans notre inconscient» collectif.

Nos projets [personnels respectifs] prennent beaucoup de place, et ça peut devenir [éreintant]. On voulait prendre le temps et le plaisir de faire de la musique ensemble, en marge du travail. Le plaisir: c’est ça que je retrouve, dans Prairie Comeau», témoigne Anique Granger. 

On confirme: ce plaisir se ressent d’un bout à l’autre de leur album. Il s’en dégage une sorte d’évidence naturelle comme si ces pièces avaient toujours été destinées à revêtir cet habillage folk.


Douceur et intimité

«On y est allé dans la douceur. Vocalement, ça me permet de faire des choses que je pouvais pas faire avant», dit-elle. Quelque chose de l’ordre de la «facilité», estime Anique Granger. 

«On travaillait toujours de façon très instinctive», abonde son amoureux, en évoquant le « jeu de ping pong vraiment le fun» de la création en duo, tant dans la sélection des chansons que dans l’idéation des arrangements et des harmonies vocales. 

Les morceaux sont portés par deux guitares acoustiques. Mais «il y a des arrangements très surprenant, parfois, souligne-t-il. La reprise de Brassens, par exemple.» 

«On n’est pas de grands guitaristes, mais nous deux ensemble, [vocalement], la richesse harmonique est vraiment le fun.»

Outre la guitare, Benoît Archambault manipulait de temps à autres l’accordéon, tandis que leur complice Simon Proulx (pas celui des Trois Accords mais celui qui accompagne Gilles Vignault) tenait les mandoline, basse acoustique, lap steel et percussions. C'est aussi ce dernier qui a réalisé cet album enregistré à l’hiver dernier au Studio Pantoufle.


Facile à transporter

Le résultat ? Une bulle de douceur, légère et...  facile à transporter sur scène, lorsque les tournées seront à nouveau autorisées.

«On veut faire de petits spectacles, des concerts maison, aller dans des endroits près des gens. [...] On aime jaser avec le public, raconter. Figurativement, il y a avec Prairie Comeau une proximité qu’on veut exploiter», annonce la Fransaskoise. 

«Le but de l’album, c’est de vendre des spectacles» et non pas des disques, précise Benoit Archambault, qui n’entretient guère d’illusions sur la rentabilité commerciale d’un disque en 2020.