Le Dr Jean St-Arnaud et sa conjointe, Lise Séguin, ont coécrit Le médecin accoucheur que les femmes ont vu naître. Le médecin sherbrookois, qui a fait carrière au CHUS, y partage son parcours et sa vision d’une médecine obstétricale « sans violence et sans risque ». Sa pratique unique, profondément humaine et axée sur la relation vraie avec les patientes et leur famille, est au coeur de l’ouvrage.

Pour une médecine à échelle humaine

Le livre ne fait même pas 100 pages, mais son contenu est pensé, pesé, incarné. C’est que Le médecin accoucheur que les femmes ont fait naître transporte plus de 40 ans d’expérience. Dans une série d’entretiens livrés sous forme de questions-réponses, le Dr Jean St-Arnaud y partage son parcours et sa vision d’une médecine obstétricale « sans violence et sans risque ». Sa pratique unique, profondément humaine et axée sur une relation vraie avec les patientes et leur famille, est au cœur de l’ouvrage qu’il cosigne avec sa conjointe, Lise Séguin.

C’est elle qui, la première, a soulevé l’idée d’un bouquin, il y a quelques années.

« Jean faisait, et fait toujours, de la médecine de dépannage à travers le Québec, une semaine par mois, explique-t-elle. Je l’accompagnais dans ses déplacements et, pendant les trajets d’auto, parfois longs, nous discutions. Il voyait que certaines valeurs étaient en train de se perdre en obstétrique. Il avait tellement à dire sur ce riche sujet qu’à un moment donné, je lui ai demandé s’il avait le goût qu’on écrive là-dessus. Il a dit oui tout de suite. »

À partir de ce moment-là, les entretiens ont été enregistrés. Le livre a commencé à prendre forme.

« C’est un projet qui n’aurait pas pu se concrétiser sans Lise. Par la profondeur de ses questions, par sa capacité à me relancer, elle a porté le projet plus loin », mentionne le Dr St-Arnaud, qui a reçu du CHUS (où il a fait carrière), en 2005, le Prix d’excellence du CMDP (Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens), en reconnaissance de son engagement et de son esprit créatif et novateur.

La plaquette, autoéditée, met en lumière la vision qu’il a développée au contact des familles qu’il a suivies au fil des ans. Une vision qui s’appuie sur l’écoute du patient.

« L’écoute, c’est toujours la clé. Moi, je dis aux femmes que j’accompagne et à leur conjoint qu’ils font partie de l’équipe soignante. Je vais accueillir toutes leurs questions, toutes leurs remarques. Et si, moi, j’ai une inquiétude, je vais la leur partager, je vais leur dire pourquoi telle ou telle intervention est souhaitable ou nécessaire. Je veux qu’entre nous s’installe une relation de confiance », exprime le médecin sherbrookois.

Chaque naissance est unique

En quatre décennies de métier, il a bien sûr assisté à l’arrivée de nombreux nouveau-nés. Mais il n’a jamais fait le décompte du nombre d’accouchements qu’il a accompagnés.

« Ça, ce n’est pas important. De toute façon, chaque naissance est différente. Unique. Et magnifique. »
Parce qu’elle constitue un moment charnière. Un passage qui nous ancre dans le vécu millénaire des humains qui nous ont précédés, en même temps qu’une expérience toute personnelle qui recèle une part de sacré et de merveilleux.

D’où l’importance de reconnaître et de respecter le vécu, intime et personnel, qui appartient à chaque patiente. À chaque famille.

« Accompagner des parents qui accueillent leur bébé, c’est une joie, un privilège. Cette sensibilité à l’autre rejoint ma conception du métier. Quand je me suis dirigé en médecine, ce qui m’intéressait, c’était d’être au service des gens. C’est quelque chose qui est très ancré en moi. Quand j’ai une demande des patients, je me pose la question : est-ce que ça peut nuire au bon déroulement de l’accouchement? Si la réponse est non, j’acquiesce à la demande. »

Il fait partie de ceux qui ont applaudi la légalisation de la profession de sage-femme au Québec, en 1999.

« Dès le départ, je les ai vues comme des alliées. Leur pratique correspond à ma vision d’une médecine à échelle humaine, axée sur la relation avec le patient. J’ai beaucoup appris au contact de toutes les sages-femmes que j’ai croisées, notamment Huguette Boislard, l’une des pionnières au Québec. »

Toujours apprendre

Apprendre. Le mot revient souvent au cours de l’entretien. Ce n’est pas un hasard. Jean St-Arnaud aborde son métier avec humilité, dans la mesure où il fait partie de ceux qui osent remettre en question ce qu’ils connaissent. Encore récemment, il a eu la preuve que l’ouverture à d’autres visions et d’autres techniques peut s’avérer porteuse, alors qu’il assistait à une formation donnée par Bernadette de Gasquet sur l’accouchement physiologique. Ce qu’elle proposait était à contre-courant de ce qui était la norme, de ce qui se faisait jusque-là dans les chambres d’accouchements quand arrivait le temps de la poussée.

« Ça a révolutionné ma façon de voir », résume l’obstétricien.

Sa conjointe et lui ont bouclé la rédaction de leur livre portés par un certain sentiment d’urgence.

« Parce que l’empiètement de la médecine sur l’évolution de l’accouchement normal a des conséquences. »

Elles ne sont pas toujours heureuses. La multiplication des tests, des échographies, des examens, par exemple, ne sert pas nécessairement celles dont la grossesse se déroule normalement.

« Bien entendu, on est content d’avoir tous ces tests et de pouvoir compter sur les interventions médicales de pointe lorsque la situation le commande. Ce sont des acquis précieux. Sauf que, lorsque tout est normal, on n’a pas besoin de s’appuyer là-dessus. C’est tout le conflit qui se profile entre l’uniformisation qu’amène l’institution et les besoins uniques de chaque patient. Dans tout ça, on perd parfois le côté humaniste. Pas à cause des professionnels en place, mais en raison d’une certaine façon d’organiser le travail. On automatise des choses qui ne devraient pas l’être. C’est logique sur le plan de l’efficacité et de la structure, soit. Mais ça ne l’est pas toujours au plan humain », résument Jean St-Arnaud et Lise Séguin.

Les deux coauteurs aimeraient maintenant que leur livre trouve écho.

« La personne responsable des médecins accoucheurs au CHUS nous a dit qu’elle souhaitait que tous les résidents en obstétrique le lisent. J’espère qu’il fera son chemin dans différentes facultés et qu’il rejoindra un public de lecteurs plus large, autant des parents que des professionnels du monde médical. »