Ralph Auguste Maingrette présente l’exposition Noir silence à la Galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke, jusqu’au 7 avril.

Pour la mémoire des noirs

Tous les détenteurs de billets de spectacles présentés au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke pourront admirer, jusqu’au 7 avril, l’exposition Noir silence de Ralph Auguste Maingrette. Présentée dans l’espace Découverte, situé derrière le parterre de la salle Maurice-O’Bready, l’exposition traite des esclaves noirs au Canada, un chapitre souvent évacué des livres d’histoire après l’abolition de l’esclavagisme au pays en 1834. Mémoire, résistance et hommage sont les trois thèmes explorés par l’artiste.

« Dans la portion Mémoire, j’ai représenté le travail forcé et la fuite d’un marron. J’ai aussi fait le portrait d’Olivier Le Jeune, un jeune noir de 6 ans, qui est le premier esclave canadien répertorié selon les archives. Il est arrivé de Madagascar », explique Ralph Auguste Maingrette.

Dans la section Résistance, l’artiste a utilisé des perles qu’il a numérisées et imprimées. Des œuvres abstraites qui peuvent parfois ressembler à des drapeaux.

« Il y a un lien avec l’identité d’une culture. J’ai utilisé une ancienne technique de l’art vaudou qui consiste à faire des drapeaux avec de la palette », note l’artiste, qui est né à Port-au-Prince, a vécu aux États-Unis où il a terminé ses études secondaires puis au Mexique où il a obtenu un baccalauréat en administration des entreprises. En 2001, il s’est installé au Québec et il a obtenu un diplôme en graphisme et en marketing web.

Dans la portion Hommage, Ralph Auguste Maingrette a décoré des bouteilles, une autre tradition vaudoue. « Il y a, dans cette tradition, des potions magiques, notamment pour la protection. C’est un hommage à la traversée vers l’Amérique et l’esclavagiste et à ceux qui sont morts en mer ou en travaillant », relate celui qui a participé à plusieurs expositions individuelles et collectives au Canada et aux États-Unis.

Noirs et police

Ralph Maingrette a été cofondateur du collectif Arts contemporain d’expression sud (A.C.E.S.), actif en 2008 et 2009. Régulièrement, il anime des ateliers de recyclage et de créativité dans les écoles, les maisons de la culture, les centres culturels et communautaires. Il est aussi médiateur culturel et numérique pour des organismes artistiques et culturels.

« C’est important de raconter aux jeunes leur histoire pour qu’ils développent leurs racines. Et de leur rappeler que le peuple noir existait au Québec ou au Canada dès les années 1800 », résume-t-il.

Le racisme persiste dans l’imaginaire de plusieurs, croit-il. « La police a été créée pour surveiller les esclaves. Pour qu’ils ne s’enfuient pas. On peut voir qu’aux États-Unis, la relation entre la police et les noirs demeure difficile. Dans les années 1900, les noirs étaient utilisés dans les zoos en Europe, imaginez. Un enfant qui a vu un noir au zoo garde cette image. Et encore aujourd’hui, au cinéma, les noirs ont souvent de mauvais rôles. »