L’autrice sherbrookoise Véronique Grenier lance son premier recueil de poésie pour enfants, <em>Colle-moi,</em> qui traite avec douceur et sensibilité de la séparation amoureuse au sein d’une famille.
L’autrice sherbrookoise Véronique Grenier lance son premier recueil de poésie pour enfants, <em>Colle-moi,</em> qui traite avec douceur et sensibilité de la séparation amoureuse au sein d’une famille.

Poésie pour apprentis (et parents avertis)

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Dans Colle-moi, l’autrice sherbrookoise Véronique Grenier attaque avec douceur et sensibilité le thème de la séparation familiale dans les yeux (ou plutôt la tête) d’un enfant. Un univers dans lequel elle a elle-même mis les pieds. Avait-elle trouvé de la « colle à famille » à ce moment? La réponse est non.

Même si elle avait déjà expliqué à ses deux enfants que « la colle à humains, la colle à famille, ça s’achète pas au magasin », Véronique Grenier affirme que l’écriture d’un recueil de poésie adressé aux jeunes de neuf ans et plus a été un « beau défi », une façon de sortir de sa zone de confort.

C’est le Groupe d’édition la courte échelle qui a fait le premier pas à l’été 2019. « Même si je n’avais jamais eu l’ambition d’écrire dans le créneau jeunesse, on m’a approchée en pensant que c’était un bon fit. C’était aussi la première fois que j’avais des contraintes dans l’écriture. Déjà, je devais m’adresser à des enfants, mais il fallait aussi qu’il y ait une trame narrative, une histoire. J’ai fait quelques écarts à ce que spontanément j’aurais fait, mais j’ai eu beaucoup de liberté et j’ai adoré l’expérience », admet celle qui s’adresse aux adultes dans Carnet de parc (2019) et Chenous (2017) ainsi que dans le récit Hiroshimoi (2016), tous publiés aux Éditions de Ta Mère.

Même si le thème de la séparation parentale adressé aux enfants peut sembler niché, Véronique Grenier assure que son recueil s’adresse à tout le monde. « Je pense que le livre va faire bien mal et qu’il permettra de mieux comprendre l’univers des enfants. Toutefois, c’est vrai qu’il s’offre bien à des parents qui viennent de se séparer. Les mots sont confrontants, mais dans le bon sens. C’est confrontant en fait de valider les émotions des enfants parce que souvent on se sent coupable dans le processus de séparation. Dans Colle-moi, on a vraiment leurs questions dans la face. Ce n’est pas parce que la séparation est normalisée dans notre société que c’est banal dans leur cœur d’enfant », souligne-t-elle.

La narration du recueil, qui compte une quarantaine de pages, est faite par un petit garçon qui se pose des tonnes de questions. « Tout part d’un mensonge que ses parents lui ont raconté en évoquant que l’amour entre eux est tombé. Donc, littéralement, il cherche des bouts d’amour de ses parents par terre. Cela mène finalement à un moment pivot, une crise de panique, lorsqu’il réalise que l’amour que ses parents éprouvent envers lui peut aussi tomber », révèle-t-elle.

« Le titre vient de cette volonté que les enfants peuvent avoir de vouloir qu’on les recolle. Le désir qu’ils ont de vouloir garder une certaine proximité avec et entre leurs parents ou encore l’espoir de les voir s’aimer à nouveau. Évidemment, je n’ai pas opté pour ce happy ending là. J’ai été un peu plus réaliste, bien que la fin soit réconciliante. »

Pour l’écriture, Véronique Grenier, qui enseigne également la philosophie au collégial, indique ne pas s’être basée sur son expérience personnelle. « Ce n’est pas une autofiction. C’est sûr que j’ai puisé un peu dans mon vécu, mais j’ai essayé d’aller vers un universel plutôt que de profiter de l’intimité de mes enfants. L’écriture n’a pas été émotive, ce n’était pas du tout une thérapie pour moi, mais j’avoue qu’en relisant certains passages, je comprends un peu mieux mon subconscient », confie-t-elle, sourire aux lèvres.

De la poésie à l’école?

Le recueil de Véronique Grenier s’intègre dans la collection « Poésie », publiée par la courte échelle, qui souhaite offrir une initiation à la poésie et à la liberté des mots et des images. L’autrice révèle d’ailleurs avoir testé ceux de Colle-moi dans deux classes de sixième année avant le lancement officiel.

« Il y a quelque chose d’un peu émotif, car j’ai moi-même commencé à lire avec la courte échelle, se remémore-t-elle. Cette collection vient démocratiser la poésie et l’idée que c’est une écriture élitiste. Ce n’est pas vrai que c’est trop difficile et que ça nécessite de comprendre certains codes. J’ai toujours fait une poésie très accessible », soutient Véronique Grenier.

« Le 4e degré du “colle-moi”, c’est cette idée qu’on est là pour soi-même. Se coller soi-même, être capable de se rassurer soi-même. Le narrateur est un petit garçon qui est en mode solution, mais j’ai l’impression qu’il y a autre chose à retenir de l’expérience humaine vécue dans ce recueil. »

L’autrice espère que les parents et les professeurs prendront le relais afin que les jeunes aient davantage accès à la poésie. « C’est une belle initiation et ça peut aussi être une belle façon d’aborder certaines émotions. “Colle-moi” peut être un facilitateur de discussion à plein d’égard », conclut-elle.

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Le livre est disponible en librairie depuis mercredi.

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Colle-moi, Véronique Grenier, extraits choisis

Et si l’amour n’est plus sur les photos,

ni dans les racoins du salon,

ni dans ma cuisine,

peut-être que c’est juste vrai,

que c’est juste vrai,

que c’est

juste vrai

qu’il a disparu.


Ma famille aurait eu besoin d’un canot pour traverser du salon à la cuisine.

C’est là que j’ai appris à nager.


Il y a des possibles qui n’auront pas lieu.

Mais il y en aura d’autres qui n’auraient pas pu avoir lieu.