Inspiré de l’oeuvre de Leonard Cohen, le touchant spectacle DANCE ME/ Leonard Cohen, des Ballets Jazz de Montréal, a été présenté mardi soir à Sherbrooke devant une pleine salle Maurice-O’Bready.

Poésie en mouvement

La grandeur des chansons de Cohen mariée à la renommée des Ballets Jazz de Montréal a trouvé écho et public. La salle Maurice-O’Bready était pleine, archi pleine, mardi soir, pour accueillir le spectacle DANCE ME / Leonard Cohen. Une assemblée exceptionnelle pour un spectacle d’exception qui prend racine dans l’œuvre du regretté Leonard.

On pourrait parler d’une création qui se déploie sur scène comme un recueil de poésie, où chaque tableau a son histoire, sa portée, son énergie. Certains nous chavirent le cœur plus que d’autres. C’est le propre des poèmes. Qu’ils soient couchés sur page. Ou mis en mouvements.

En tout, 14 danseurs nous promènent dans les diverses époques de son répertoire, des classiques Suzanne et Everybody Knows aux plus récentes Boogie Street, Nevermind et It Seemed the Better Way. Qu’ils soient deux sur scène, ou bien qu’ils soient 14, les talentueux danseurs sont spectaculaires à voir dans leurs mouvements aussi aériens qu’incarnés.

Pour donner vie à son ambitieux projet, le directeur artistique Louis Robitaille s’est entouré de collaborateurs de renom. Les chorégraphes Andonis Foniadakis, Annabelle Lopez Ochoa et Ihsan Rustem ont mis leur griffe sur l’œuvre scénique dont la première a eu lieu à Montréal, en décembre dernier.

La chorégraphie n’est tantôt que tendresse, elle se drape bientôt de sensualité franche, elle évoque l’amour, la mort, la vie. Et tout ce qui peut exister entre ces différents pôles. Sans trop de flafla, en misant beaucoup sur le noir et le blanc, dans les costumes autant que dans les jeux d’éclairage qui rythment les numéros, les créateurs ont réussi à modeler un spectacle joliment éclaté où aucun tableau ne ressemble au précédent. On sourit un peu parfois (Tower of Song), on est touché souvent (Suzanne, Hallelujah, Dance Me to the End of Love et tant d’autres).

Juste ce qu’il faut

Dans l’écrin d’une solide scénographie où l’ombre et la lumière découpent l’espace, de fins rideaux voilent ou révèlent certains éléments à des moments précis et bien choisis. Les interprètes, eux, savent habiter les mots juste ce qu’il faut. En laissant le geste parler de lui-même. Et en racontant parfois une autre histoire que celle de la chanson. C’est aussi le propre des poèmes : chacun y trouve un sens, chacun accroche sur la ligne qui fait image pour lui.

Belle parenthèse que la version de So Long, Marianne, chantée d’une voix douce, mais solide, par l’une des interprètes. Il faut quand même de l’audace pour proposer ce tableau, et une poignée d’autres, où le mouvement se suspend. Où on laisse toute place au ballet des mots. L’émotion n’en est que décuplée. On aime.

Silhouette en manteau long et coiffé d’un Fedora noir, le poète est, lui, évoqué dans quelques scènes. Mais c’est sa voix, unique, enveloppante, qui produit encore et toujours le plus d’effet. Quand le dernier geste s’éteint, en même temps que meurt la lumière, le public se lève. Sans délai, sans hésitation. L’ovation dure longtemps. Comme durera longtemps encore cette envie de retourner se bercer les oreilles avec les immortelles chansons de Cohen.