La soprano Lyne Fortin a séduit son auditoire par son chant et par sa présence sur scène.

Plaisirs renouvelés aux Plaisirs coupables de l’opéra avec l’OSS

CRITIQUE / Non seulement la formule fonctionne toujours aussi bien, mais le public ne se lasse pas. Pour ce quatrième concert des Plaisirs coupables de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke, quelque 1450 mélomanes étaient dans la salle Maurice-O’Bready afin d’entendre, cette fois-ci, certains des airs d’opéra les plus populaires.

Les appâts pour attirer l’auditoire étaient effectivement des plus alléchants : des extraits de Carmen, du Barbier de Séville, de Faust, de la Traviata, de la Veuve joyeuse (les opérettes étaient aussi admises), avec des solistes invités en or. On s’attendait d’ailleurs à ce que la soprano Lyne Fortin attire tous les vivats. Mais c’est plutôt le baryton Hugo Laporte qui a volé la vedette.

Le jeune chanteur a en effet été renversant dans ses interprétations de Largo al factotum (air mieux connu sous le titre non officiel Figaro si Figaro là) et de l’Air du toréador, deux rôles qu’il a déjà tenus pour la Société d’art lyrique du Royaume au Saguenay et qu’il possédait entièrement. Il les a livrés avec une telle aisance (malgré le rythme d’enfer du premier) que l’assistance lui a offert des ovations spontanées chaque fois. Ovations qu’il a accueillies par des éclats de rire.

Le soliste avait déjà donné une bonne idée de son talent dans le Di Provenza, il mar, il suol, interprété à la fois dans une clarté enviable et une émotion palpable, notamment lors du passage a cappella.

Mais Lyne Fortin n’a pas manqué de séduire non plus, ne serait-ce que dans sa façon d’être sur scène comme dans son salon, confiant qu’elle venait d’être invitée à passer six semaines en Italie pour réaliser sa première mise en scène d’opéra, en l’occurrence Carmen. C’était juste avant qu’elle entonne le célèbre Habanera.

« Moi, je l’ai trouvée très bonne… » commentera même le chef Stéphane Laforest après coup.

Bijoux qui font rire

Lyne Fortin avait auparavant été d’une troublante émotion en offrant O mio babbino caro de l’opéra Gianni Schicchi. Ses mimiques susciteront les rires dans L’air des bijoux de Faust, mais c’est plutôt le Meine Lippen, sie küssen so heiss de Ciudittà, agrémenté d’un peu de danse flamenco, qui lui permettra de faire lever la salle.

Le ténor Kevin Geddes a quant à lui fait découvrir une voix touchante par sa rondeur, plus enveloppante que puissante, mais toujours sur la note. Le jeune interprète plongeait littéralement dans chacun de ses personnages, donnant les plus grandes doses d’émotion.

Quant aux musiciens de l’OSS, ils ont brillé tant avec l’ouverture du Barbier de Séville, excellant aussi bien dans les fortissimos que dans les prestissimos, qu’avec celle de La force du destin, où il s’est démarqué par le jeu des nuances.

Seul bémol : dans cette formule censée mettre à l’honneur les plus grands succès de la musique classique, il y aurait pu y avoir un peu plus de « culpabilité », c’est-à-dire de chants vraiment très connus, surtout dans le répertoire du ténor.

Bien sûr, toutes sortes de facteurs peuvent influencer la construction d’un tel concert (effectifs musicaux, répertoire et forme vocale des solistes, équilibre dans le programme, etc.), mais Giudittà de Franz Lehar et Les pêcheurs de perles de Georges Bizet (le chant Au fond du temple saint permettait un duo baryton-ténor) ne sont assurément pas aussi connus que Nessun Dorma de Turandot ou Un bel di de Madame Butterfly.

Dommage aussi qu’on ait retranché deux pièces au programme, dont l’Intermezzo de Cavalleria Rusticana, qui aurait permis de mettre l’orchestre à l’honneur un peu plus.