Si les oeuvres d’Andrew MacDonald ont été souventes fois mise en valeur par le chef de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke Stéphane Laforest, c’est la première fois que le compositeur sherbrookois viendra jouer lui-même une de ses compositions, en l’occurrence un concerto pour guitare électrique, Electric Pleasures.

Plaisirs électriques

Ce n’est pas d’hier que l’Orchestre symphonique de Sherbrooke (OSS) joue ou crée des œuvres d’Andrew Paul MacDonald. En 2004, le chef Stéphane Laforest avait dirigé l’OSS dans la création de Circé, un poème symphonique qu’il avait commandé au compositeur estrien. Trois ans plus tard, la Sinfonia de Lanaudière, orchestre fondé et dirigé par maestro Laforest, interprétait en première mondiale la Symphonie no 2 « La grande vague », avant de la faire reprendre par l’OSS en 2009. Ajoutez aussi les interprétations de War Machine Blues (2007), Éros (2011) et Mary’s Wedding (2016)...

Mais au printemps dernier, le chef d’orchestre a adressé une commande vraiment spéciale à celui qui enseigne la composition musicale à l’Université Bishop’s depuis 30 ans : un concerto pour guitare électrique. Si possible, joué par son compositeur lui-même.

« J’avoue qu’il m’a un peu pris au dépourvu lorsqu’il m’a dit qu’il espérait le mettre au programme de l’orchestre en novembre. Ça m’a paru court, mais j’ai commencé à l’écrire immédiatement. Je l’ai terminé en août », confie Andrew MacDonald, qui a composé ce douzième concerto de son répertoire en gardant bien en tête qu’il devrait le jouer lui-même.

« En fait, je le répétais en même temps que je l’écrivais. J’ai fait un arrangement de la partition d’orchestre pour piano seul, donc j’ai pu me préparer avec l’aide d’un pianiste. »

Guitariste classique de formation avant de devenir professeur et compositeur, Andrew MacDonald a dû faire un demi-deuil de l’interprétation il y a une dizaine d’années, lorsqu’une paralysie partielle de la main a placé hors de sa portée la virtuosité nécessaire au répertoire classique. Une limite que le musicien a contournée en s’orientant vers le jazz (d’ailleurs, son Hot Jazz Trio, avec Guy Breton et Kevin Sullivan, donne toujours des concerts). Il a depuis retrouvé une partie de sa dextérité, mais il a surtout développé une nouvelle technique à l’aide du plectre.

« Un de mes grands plaisirs, c’est de rejouer Bach. Pas le même répertoire, pas les suites pour luth que je jouais avant, mais les œuvres pour violon et violoncelle seuls. Sur une guitare électrique, c’est magnifique! 

En fait, j’ai commencé la guitare sur une guitare électrique, à l’âge de 9 ans. J’ai eu des groupes rock à l’adolescence. Après, ça a été la guitare classique pendant de nombreuses années, avec le répertoire de Villa-Lobos, Rodrigo, Giulani... »

Une septième corde, svp

Andrew MacDonald a intitulé son concerto Electric Pleasures en référence au thème du concert de l’OSS, consacré aux plaisirs coupables. « Un concerto pour guitare électrique est déjà un plaisir en soi, car c’est tellement inhabituel. Il y a aussi un peu de culture populaire dans la partition. Les gens pourront reconnaître certains passages... ce qui est aussi un petit plaisir coupable en musique classique », avoue l’ancien lauréat d’un prix Juno, qui signe avec cette pièce son opus 90.

Tout en gardant sa facture contemporaine, Electric Pleasures sera un mélange de guitare classique avec un peu de rock, mais c’est le jazz qui sera le plus audible, avec même des passages improvisés pour le soliste. Andrew MacDonald a écrit son concerto en un seul bloc, sans mouvements ni pauses, mais avec quand même quatre parties bien distinctes : une introduction, un mouvement rapide, un mouvement lent et une finale. « L’élément spécial, c’est la cadence insérée entre la troisième et la quatrième section, où il y aura de l’improvisation. »

Andrew MacDonald jouera son concerto sur une guitare qu’il a fait fabriquer il y a huit ou neuf ans par un luthier de Sherbrooke, Marc Chicoine. Sa particularité : elle a sept cordes au lieu de six.

« Le son est magnifique. J’ai fait ajouter une corde extrabasse, qui me permet d’aller chercher une plus grande profondeur, mais j’ai aussi écrit une version du concerto pour une guitare à six cordes. J’aurai mon propre amplificateur (il fait partie de mon son), mais comme il n’est pas assez puissant pour la salle Maurice-O’Bready, nous allons nous organiser, avec le technicien Larry O’Malley, pour qu’il y a ait une sortie dans les haut-parleurs. Je ne recherche pas un son très, très fort, mais plutôt des couleurs particulières. »

Il est encore trop tôt pour dire si Electric Pleasures sera repris par d’autres orchestres, mais Andrew MacDonald espère que son œuvre sera perçue comme une pièce potentiellement attirante pour le jeune public.

« Beaucoup de jeunes peuvent s’identifier à la guitare électrique. Cela peut piquer leur curiosité, les attirer dans un concert où ils découvriront d’autres musiques fascinantes... auxquelles ils resteront peut-être accrochés! »

Vous voulez y aller:
Les plaisirs coupables III
Orchestre symphonique de Sherbrooke
Soliste invité : Andrew Paul MacDonald
Dimanche 5 novembre, 15 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 37 $ à 61 $ (étudiants : 15 $ à 53 $)