La prestation de Pink Martini prend la couleur d’un tour du monde, et même si l’Amérique du Sud tient le haut du pavé, il reste de la place pour le Japon, la Turquie, l’Arménie et l’Italie, entre autres.

Pink Martini: fiesta rose

Même si le spectacle qu’il a donné vendredi soir était à 80, voire 90 pour cent semblable à celui de mai 2018 au Théâtre Granada, Pink Martini méritait de revenir, ne serait-ce que pour livrer toutes ses chansons latines et dansantes au-dessus de 30 degrés.

Quelle bonne idée donc, de la part du Sherblues, de les avoir installés à la place Nikitotek. Bien sûr, personne ne pouvait prévoir la canicule de cette semaine, mais d’entendre ces salsas, ces sambas, ces rumbas, ces cha cha par une telle touffeur a donné un cachet particulier à la soirée, cachet qui a fortement contaminé les quelques 650 spectateurs.

Plusieurs ont d’ailleurs fini par descendre au pied de la scène pour se laisser aller à quelques pas de danse, à l’invitation de la chanteuse China Forbes, toujours aussi resplendissante dans sa prestance que dans sa voix. La soirée s’est terminée dans l’apothéose d’Una notte a Napoli (une nuit à Naples) et de l’éternel Brazil.

En fait, l’actuelle prestation de Pink Martini prend la couleur d’un tour du monde, et même si l’Amérique du Sud tient le haut du pavé, il reste de la place pour le Japon, la Turquie, l’Arménie et l’Italie, entre autres.

Contrairement à ce qu’on aurait pu craindre, la sonorisation du spectacle s’est révélée très réussie. China s’est majoritairement adressée à la salle en français (au grand plaisir du public), notamment lorsqu’elle a présenté le classique Sympathique, reprise en chœur par l’auditoire, puis Joli garçon, qu’elle a erronément présentée comme Souvenir. On lui pardonne, mais il faudrait quand même que quelqu’un finisse par dire au pianiste Thomas Lauderdale, qui s’exprime aussi en français, que juicy se traduit par « juteux », pas « jouissant ».

Enfin Ravel

Parmi les quelques différences par rapport à l’an dernier, on note, en ouverture, le Boléro de Ravel latinisé, une pièce qui a toujours fait partie du répertoire du petit orchestre de l’Oregon, mais qu’il n’avait jamais pu enregistrer avant que l’œuvre tombe dans le domaine public il y a trois ans.

Impossible également de passer sous silence la reprise, par l’artiste invité Jimmie Herrod, du thème d’Exodus (This Land Is Mine), qui a littéralement soulevé le public et suscité une ovation d’au moins la moitié de la salle. Cela avait d’ailleurs été le cas aussi l’an dernier, le jeune chanteur possédant une voix vraiment unique, quelque part entre le ténor masculin et l’alto féminin. Lauderdale devrait quand même cesser de parler de ses « débuts » canadiens.

On espère aussi que le répertoire se sera davantage renouvelé lors du prochain passage de la formation en Estrie, surtout que le groupe a habitué ses amateurs à être au-devant de ses albums, c’est-à-dire à jouer ses nouvelles pièces sur scène avant de les endisquer.

D’ailleurs, avec cette fidélité du public québécois et le désir des Pink Martini d’avoir un répertoire dans le plus grand nombre de cultures possibles, ne serait-il pas temps d’ajouter une chanson québécoise dans sa manche? Ou de faire un spectacle consacré uniquement à son répertoire en français? Ça nous changerait un peu de Donde estas, Yolanda.