Pierre Dostie présente tableaux et sculptures cinétiques dans son exposition Ma muse... le son, à la GACCUS.

Pierre Dostie : dépasser le mur du son

Le mur du son, Pierre Dostie ne connaît pas. Le compositeur travaille depuis des décennies à créer des ambiances sonores éclatées, à réinventer l’environnement acoustique à travers d’originales installations artistiques.

Jusqu’au 16 décembre, il présente sa plus récente exposition à la Galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke (GACCUS). Ma muse... le son rassemble différentes créations qui plongent le visiteur dans une originale expérience immersive.

À peine pousse-t-on la porte que l’installation Silence, on s’accorde happe le regard. Sur différents modules de bois identiques, six archets dansent lentement et de façon autonome sur une corde longue. Sans musiciens. L’harmonie du petit ensemble de sculptures cinétiques est hypnotique. Pour les yeux comme pour les oreilles.

« J’aime créer ce genre d’espace ambiophonique qui permet aux gens de vivre une expérience multisensorielle, presque méditative », exprime l’artiste, qui manie aussi les pinceaux depuis plusieurs années. Sept tableaux grand format sont d’ailleurs exposés sur les murs noirs de la galerie, en plus d’un triptyque sonore, La conscience de l’eau, qui amalgame sons et couleurs.

« La matière première de mes créations, le fil conducteur, c’est toujours le son. Lorsque je peins, c’est le mouvement qui guide ma main, un peu comme un chef d’orchestre. C’est comme si je faisais sonner les couleurs sur ma toile. »

Dans le cocon de l’espace d’exposition, une quarantaine de haut-parleurs de toutes tailles diffusent les œuvres sonores signées Dostie. Échantillonnage, sons captés en nature et instruments divers se répondent de part et d’autre de la pièce.

Au fil du parcours, une deuxième installation cinétique, Imprévisible tumulte, accroche l’œil. L’œuvre sonore en mouvements, mystérieuse, se découvre pleinement lorsqu’on enfile les écouteurs qui l’accompagnent. Le son transformé, amplifié par des microphones, est à nul autre pareil. On a l’impression d’entendre la trame sonore d’un film un peu planant, un tantinet inquiétant.

Déclic sonore

« J’ai toujours aimé la musique. Je pataugeais dans le jazz lorsque j’étais plus jeune. C’est lors de mes études à l’Université McGill, en composition électroacoustique, que j’ai commencé à apprécier le son pour le son. Il y a eu un déclic alors que je travaillais avec le professeur Mario Bertoncini. Ce dernier aimait mettre en œuvre des projets pluridisciplinaires. Il avait regroupé plusieurs étudiants. Ensemble, on creusait le concept de sources sonores. »

Emballé par ces novateurs travaux de recherche et d’expérimentation, le noyau d’universitaires a poussé l’idée plus loin en fondant le groupe SONDE, en 1976. « Ensemble, on construisait de nouveaux instruments pour la diffusion d’œuvres électroacoustiques en direct. »

Ces années d’expérimentations ont nourri le créateur, qui conçoit lui-même ses atypiques instruments et leurs ingénieux mécanismes.

Compositeur polyvalent, Dostie a exposé au Canada comme en Europe, en s’associant à des artistes de toutes disciplines. Installations, environnements sonores, concerts-performances, expositions picturales et multimédias, vidéos d’art et festivals de films ont jalonné son parcours.

« J’aime assembler des sons qu’on n’entend pas nécessairement ensemble, d’ordinaire. Ça crée un nouveau langage. Un peu comme on donne naissance à des images neuves lorsqu’on fait de la poésie », explique le musicien.