Officiellement duo depuis trois ans et demi, Alexandre Leclerc et Joëlle Roy lanceront mercredi un premier album, intitulé 360° – La tête en vertige, un peu plus de deux ans après la parution du microalbum L’oiseau du dimanche.

Phonz : douceurs à deux

On a souvent dit que d’avoir réuni différentes compagnies artistiques dans un endroit comme le Centre des arts de la scène Jean-Besré pouvait créer une synergie positive. On pourrait aujourd’hui donner le duo Phonz comme exemple de réussite. S’ils n’avaient pas travaillé tous deux au Cajibé (comme le surnomment les locataires de la grosse boîte angle Wellington Sud et Aberdeen), peut-être qu’Alexandre Leclerc et Joëlle Roy ne se seraient jamais croisés dans un corridor, n’auraient jamais chanté ensemble ni fondé de duo. Et encore moins lancé un album comme celui qu’ils dévoileront mercredi.

Comédien bien connu à Sherbrooke, ayant travaillé pour plusieurs compagnies comme le Théâtre du Double Signe et les défunts Turcs gobeurs d’opium, Alexandre Leclerc a un jour entendu la voix de Joëlle Roy, laquelle œuvrait pour le Petit Théâtre de Sherbrooke, mais avait aussi un bon bagage musical, notamment comme chanteuse au sein du Groupe Show. Tous deux ont commencé à collaborer sur quelques chansons d’Alexandre.

« Jusqu’à ce qu’il me fasse la “grande demande”, en janvier 2016 », raconte Joëlle Roy en riant, pendant que son coéquipier évoque la prise de conscience de l’apport d’une voix féminine à ses compositions.

« Au départ, ce devait être un projet solo, mais comme je suis un grand amateur d’harmonies vocales... » avoue celui qui, après plusieurs années au sein du groupe rock Les Enfants de Cabot, souhaitait une facture beaucoup moins « frontale ».

« J’avais vraiment envie d’aller à l’autre extrême, d’aller chercher de la délicatesse et de la douceur. »

La naissance de sa fille, aujourd’hui âgée de trois ans, a joué un rôle important dans ce désir de ranger l’artillerie lourde pour une musique plus aérienne, permettant de mettre le texte bien en avant.

« La paternité a provoqué un appel de sensibilité. Il y a aussi un piano qui est entré chez moi. J’ai eu envie de lâcher ma guitare pour écrire sur le clavier et je pouvais plus facilement l’assourdir pendant que ma fille dormait. D’ailleurs, j’ai une bonne amie qui a qualifié mes chansons de berceuses pour adultes. Le propos est sérieux et profond, mais tu peux te fermer les yeux en écoutant. Il n’y a jamais rien d’agressif », illustre le chanteur.

Le tour des cycles

Après un premier microalbum de quatre pièces en 2017, L’oiseau du dimanche, Phonz lance donc cette fois un disque d’une dizaine de plages, toutes inédites. Le titre de l’album, 360° — La tête en vertige, fait référence à tous ces allers-retours, cycles, détours que l’on peut faire dans une vie (les positifs comme les négatifs).

« Je ne me donne pas de thèmes lorsque j’écris, mais je me suis aperçu après coup que mes chansons pataugeaient un peu dans tout ça », résume Alexandre, dont les paroles en métaphores peuvent s’appliquer à toutes sortes de situations. « On peut y faire entrer toutes sortes de choses : aller voir ailleurs pour revenir changé, se tourner vers l’autre, voyager pour mieux se connaître, se retrouver face à soi-même... »

L’amitié, la différence, l’amour, la peur et les envies font néanmoins partie des idées que les auditeurs pourront percevoir. « J’aime écrire d’une façon où persiste une certaine fragilité derrière les choses belles et sensibles », explique Alexandre.

« Chaque chanson a son petit attrait, mais certaines se sont révélées durant la production, poursuit Joëlle Roy. Canicule est finalement devenue un coup de cœur, elle s’est comme colorée dans le processus. Géant est la première que nous avons faite ensemble, elle nous est donc évidemment très chère. Elle symbolise le début de l’aventure. On la sent solide. Et il y a Caméléon, qui représente vraiment bien le son Phonz. »

Ampleur et intimité

Pour la réalisation, le tandem a fait appel à Julien Thibault, du groupe Édwar 7. Non seulement celui-ci avait tout l’équipement pour l’enregistrement, mais il s’est occupé de la plupart des autres instruments de l’album (violon, violoncelle, mandoline, basse, piano, etc.).

« J’ai eu un gros coup de cœur pour la musique d’Édwar 7, confie Alexandre. Avec Julien, un gars qui vit de la musique et qui est toujours sur 1000 projets, on savait, Joëlle et moi, qu’on se ferait sortir de nos pantoufles. Effectivement, sa maturité nous a vraiment emmenés ailleurs. Il a apporté un peu d’ampleur aux pièces sans perdre le côté intimiste », dit celui qui s’est quand même fait le chien de garde des couleurs de base de Phonz.

« Julien était très à l’écoute, ajoute Joëlle. Même moi qui ne suis pas musicienne, il me demandait toujours mon avis. C’était très chouette! » rapporte celle qui s’est laissé convaincre, dans la dernière chanson du disque (Ma fin), d’oser détacher sa voix de celle d’Alexandre.

« Oui, étonnamment, même si j’ai déjà été soliste, ça a été un pas à franchir pour moi. On chante toujours en harmonie, Alex et moi, alors dès qu’on se sépare, je me sens perdue! C’est aussi une chanson plus parlée. J’ai dû un peu casser le moule. »

Ainsi fait-on Phonz

Ce qu’Alexandre Leclerc apprécie particulièrement du nom Phonz, c’est le mystère qui l’entoure. Car pour lui, ce nom fut véritablement énigmatique au départ.

« Mes parents sont originaires d’Asbestos et quand on y retournait en été, notamment au Festival des gourmands, mon père retrouvait plein d’amis d’enfance qui l’appelaient Phonz ou Ti-Phonz. Pour moi, c’était très mystérieux. Je sentais que cela faisait référence à une partie de lui à laquelle je n’avais pas accès. J’ai fini par comprendre que ce surnom d’adolescence venait de son propre père, qui s’appelait Alphonse. Je me suis aperçu un jour qu’il l’avait gravé sur sa guitare. »

L’auteur-compositeur-interprète a donc trouvé que ce nom lui permettait de faire un pont sur trois générations, entre le passé de son père et sa toute jeune fille qui l’inspire. « Je n’avais pas envie d’appeler mon projet musical Alexandre Leclerc et je voulais un nom qui résonne », ajoute-t-il. 

Vous voulez y aller?

Lancement de 360° — La tête en vertige
Phonz
Mercredi 12 juin, 17 h
Boquébière
Entrée gratuite