Phil Roy

Phil Roy: un drôle de Monsieur

Chaque soir de spectacle, Phil Roy marche sur scène l’équivalent de 3,1 km. Son pouls grimpe à 171 battements/minute. Il brûle l’équivalent de 1000 calories par show. Parfois même un peu plus.

Il avance les chiffres avec précision, preuves à l’appui. Sa précieuse montre Garmin tient le compte.

«Je fais un suivi très "Paul Houdien" de mes dépenses énergétiques, hein?» dit-il en riant.

L’instant d’avant, l’humoriste parlait de son passage dans la cour des grands, de cette première fois où on lui a demandé ce qu’il souhaitait boire et manger dans sa loge. «Je n’en avais aucune idée tellement c’était surréel pour moi. Alors j’ai copié les demandes des autres!»

Jusqu’à ce qu’il réalise, compteur Garmin au poignet, que chaque show était en soi un entraînement. Et que pour tenir pareil rythme, il devait maintenir son niveau d’énergie. «Maintenant, dans ma loge, je demande une seule chose et ce sont des bananes. Pour le potassium.»

Le détail n’en est pas un. Il témoigne d’une étape franchie. Après avoir touché à différents projets de groupe comme SNL Québec et Les cinq prochains, après avoir fait les premières parties de Louis-José Houde et décroché l’Olivier de la Révélation de l’année en 2016, Phil Roy promène enfin son spectacle à lui tout seul. Comme un grand. Dans la cour des grands. Celui qui a bâti son premier effort solo sur le socle de son vécu y aborde en long et en large le nécessaire passage à l’âge adulte. Ce moment où, enfin, on devient un « monsieur ».

Est-ce que ce moment-là existe vraiment?

«Je n’en suis pas certain, en fait. J’ai l’impression qu’on n’y arrive jamais tout à fait. Qu’au fond, on reste toujours un peu un jeunot qui aspire à devenir grand. On avance un peu à tâtons, en affichant une confiance qu’on ne ressent pas nécessairement. Mais il y a certaines zones de notre vie où on se sent davantage en contrôle. Et professionnellement, c’est le cas pour moi, avec ce premier one-man-show. Comprendre que j’y suis, que j’exerce le métier d’humoriste, c’est une étape. Je me sens un peu comme le prof qui obtient sa permanence et qui met officiellement le pied dans la profession. Je suis fier du chemin parcouru dans la dernière année, vraiment. Et même si je déteste ce cliché qu’on a mille fois entendu, j’adore être sur une scène, je m’y sens vivant, il n’y a pas de meilleur endroit pour moi.»

De la scène et de la télé

Jusqu’ici, Roy a enfilé plus de 130 représentations de son premier tour de piste. Après un premier passage au Vieux Clocher de Magog, il est de retour pour une série de supplémentaires. Ses textes arrimés au thème universel du passage à la vie adulte atteignent manifestement leur cible.

«Les gens me disent qu’ils ont l’impression d’être allés au secondaire avec moi, qu’ils se reconnaissent ou qu’ils reconnaissent leur enfant.»

Un commentaire qu’il reçoit comme un grand compliment.

«Rejoindre autant le public, c’est formidable, parce que c’est le but. Je pense que le grand sujet de mon show touche les spectateurs parce que la transition vers l’âge adulte est commune à tous. D’où on vient, par où on est passé, vers où on s’en va, ça fait partie du chemin et du questionnement de tout le monde.»

La conversation glisse sur l’essentiel travail d’équipe. L’humoriste est seul sur planches, mais il salue le travail des uns et des autres.

«Il y a toute une gang qui fait que, même si les numéros reposent sur mes épaules, je me sens appuyé. Il y a quelqu’un aux éclairages qui vient ajouter du punch à mes blagues. Il y a un décor qui a été pensé, fabriqué, et qui fait toute la différence. L’effort de tout le monde fait que tout coule de source.»

Et du monde, il y en aura autour de lui pour le nouveau projet télé qu’il pilotera l’automne prochain à V. L’humoriste a en effet hérité d’un talk-show «en vadrouille» qui l’amènera chaque semaine dans la maison d’une vedette québécoise. L’entrevue aura lieu dans un coin ou un autre de la maison. Un concept original, qui rejoint le passionné de petit écran qu’on a vu, déjà, sur les ondes de Vrak.

«J’adore faire de la télé. C’est un bel univers. L’esprit de gang est là, le résultat aussi. C’est sécuritairement l’fun parce qu’on garde une spontanéité, mais on peut arrêter la caméra et reprendre la séquence s’il y a un bogue.»

Mécanisme de défense

Les entretiens «à la maison» devraient porter la signature de l’animateur barbu. Une signature tout en humour.

«L’humour, c’est un réflexe que j’ai travaillé tout au long de l’adolescence. Je me souviens de la première fois où j’ai voulu faire rire des gens. C’était pour me sortir d’une situation fâcheuse. C’était un mécanisme de défense. Comme quoi chaque action qu’on pose dans la vie peut avoir un impact plus tard: pour moi, l’humour, ça a commencé à ce moment-là très précis.»

Ce moment charnière reste volontairement nimbé de flou parce qu’il est au cœur du spectacle.

«Il faut venir me voir pour savoir c’est quoi, je le raconte de long en large. Et quand, à la fin du show, je dis aux gens que c’est fou qu’un gars comme moi fasse de l’humour aujourd’hui, je les vois comprendre de quoi je parle. Parce que, lorsque je pense à quelqu’un d’ordinaire, je pense à moi. Je suis vraiment 100% gris. Je ne me démarque pas de la masse. Le fait de représenter ça, et de le dire franchement, moi ça me fait du bien. Je pense que ça fait aussi du bien aux gens de l’entendre. Cette sincérité qui m’habite vient probablement les rejoindre.»

L’automne de l’humoriste sera, lui, sans aucune nuance de gris. Celui qui reprend sa place derrière le micro des Fantastiques, cette fois avec Véronique Cloutier, enchaînera les passages en studio, les enregistrements devant caméra et les représentations en soirée. Un petit marathon qui ne devrait pas trop l’essouffler. Après tout, il aura des bananes en coulisses.

Vous voulez y aller?

Monsieur Phil Roy
Du 10 au 14 juillet, 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée: 37 $