Malgré une petite assistance, Charles-Antoine Gosselin a livré un spectacle étonnant, audacieux et très réussi vendredi soir au Vieux Clocher de Magog.

Petite foule, grand rendez-vous

CRITIQUE / Vous savez ce qu’on dit des petits pots et des meilleurs onguents, hein? En tout cas, la soixantaine de personnes qui a assisté au spectacle de Charles-Antoine Gosselin hier soir au Vieux Clocher de Magog le savait, elle. La petite foule a eu pour elle toute seule ce grand talent sherbrookois qui a livré un spectacle étonnant, audacieux et très réussi.

Pourquoi si peu de gens? Parce que c’est du folk, et la plupart des radios, vous le savez bien, elles « haguissent » ça, le folk. Résultat: d’emballants albums, dont ce délicieux Bleu soleil que CAG a lancé en avril dernier, n’atteignent pas toutes les conques qu’ils devraient. Le spectacle s’est donc déroulé dans une atmosphère de secret bien gardé.

Et c’est vraiment quelque chose d’unique, voire d’extra-terrestre qu’a offert l’ancien chanteur de Harvest Breed (une des meilleures formations sherbrookoises de la dernière décennie). Honnêtement, c’est quand, la dernière fois que vous avez assisté à un spectacle folk où la basse et la batterie avaient été remplacées par un trombone et une trompette?

Voilà pour l’audacieux. Maintenant, est-ce que ça fonctionne? Tellement!  Charles-Antoine aurait quand même pu se permettre quelques bandes préenregistrées ou une boîte à sons (l’album n’est d’ailleurs pas exempt de basses et de rythmes). Mais ce qu’il a quand même réussi à faire avec sa guitare sèche, la guitare électrique de son frère Marc-André et ses deux cuivres (Renaud Gratton et Jérôme Dupuis-Cloutier) dépasse largement les attentes.

Voilà pour l’étonnant. Il faut dire qu’avec de bonnes pédales, les musiciens ont pu ramener le côté planant de l’album, tant en recréant un écho dans la voix et les instruments qu’en multipliant les effets sonores sur la six-cordes électrique. Ajoutez de superbes trios vocaux (les voix de C.A. et de M.A., qui se marient déjà à merveille, ont été magnifiquement complétées par celle de Renaud Gratton), de judicieuses interprétations et un rappel sans amplification, sur Helplessly Hoping de Crosby Still Nash & Young…

Voilà pour le très réussi.

Neil, Alain, Leonard et Tom

Le spectacle se vivait comme un voyage en accéléré dans la vie de Charles-Antoine, ce dernier racontant quelques sympathiques souvenirs et anecdotes de vie, interprétant les douze plages de Bleu soleil dans l’ordre, tel un chemin tracé dans son existence, avec quelques reprises intercalées pour rappeler qui sont ses maîtres à penser : d’abord Neil Young (Helpless), puis Bashung (Bijou bijou), qui l’a motivé à commencer à écrire en français, Cohen (Famous Blue Raincoat, livrée en solo) et le désormais regretté Tom Petty (Mary Jane’s Last Dance).
L’aisance sur scène acquise par le musicien de 38 ans était manifeste, par exemple dans la façon dont il tourne en dérision son éternel pessimisme. La complicité avec son équipe était aussi belle à voir, notamment quand son frangin l’a rattrapé lors d’un trou de mémoire.

Avec ses chansons majoritairement construites sur de longs crescendos, le quatuor a plusieurs fois livré une imposante charge sonore, notamment dans Il m’en aura fallu, du temps et La vie te répondra. En fait, la prestation ne cesse de gagner en force, alors que l’émotion devient de plus en plus exacerbée, jusqu’à la chanson-titre.

Ne manque qu’une chose : que CAG devienne le secret le plus mal gardé possible.