Patrice Michaud

Patrice Michaud : apprivoiser le sommet

L’almanach de ses douze derniers mois aurait sans doute l’épaisseur d’une brique. Une belle brique s’entend. Depuis le lancement de sa tournée, en février 2017, l’auteur-compositeur-interprète Patrice Michaud roule tempête, enchaîne les spectacles autant qu’il accumule les trophées, lui qui a été sacré interprète masculin de l’année au dernier gala de l’Adisq, en plus de remporter la statuette de la chanson de l’année pour « Kamikaze ».

« Depuis un peu plus d’un an, c’est vraiment de la Formule 1, avec tous ses bons côtés, nombreux, mais aussi ses moins bons. C’est un rythme qu’on ne peut pas soutenir si longtemps en pensant s’en sortir totalement indemne. Je pense, par exemple, à la gestion de la vie privée. C’est comme si je tenais le guidon d’un 18 vitesses et que je passais de la 18 à la première, sans transition. C’est un apprentissage. Et même une fois qu’on sait c’est quoi, ça ne devient pas nécessairement plus facile. Mais ça s’apprivoise. »

On comprend qu’il faut pédaler pour maintenir la mesure. Et que celle-ci peut essouffler même le plus motivé des cyclistes.

« En même temps, j’ai le vent dans le dos, tout va tellement bien, je ne suis vraiment pas en train de me plaindre. Je constate seulement ce qu’est mon métier. Je sais que, présentement, c’est un peu mon moment, alors je le vis pleinement, mais aussi avec une certaine sérénité parce qu’il faut accepter qu’une carrière en chanson (comme une carrière dans bien des domaines, j’imagine), c’est fait de hauts et de bas. Quand tu es en haut, c’est génial, mais c’est éphémère. Et je ne suis pas défaitiste en évoquant ça, ça ne veut pas dire que je pense déjà à la fin de ce cycle-là. C’est juste que je trouve important de garder cette idée en tête. Sinon, les artistes tombent de trop haut lorsque leur étoile pâlit, ils pensent que les gens ne les aiment plus, que c’est la fin. Alors que ce n’est pas ça, c’est seulement que la roue tourne. Le but ultime, et le plus difficile dans ce métier-là, c’est de durer. Et c’est vraiment ce que je souhaite arriver à faire. »

Avant-avant-dernier spectacle

Le marathon de spectacles tire à sa fin, le fil d’arrivée pointe son nez, plus près que loin. Après avoir amorcé la route au Vieux Clocher de Magog et avoir plus tard foulé la grande scène du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke, le coureur de fond s’apprête à monter sur les planches du Théâtre Granada, le 5 mai, pour un avant-avant-dernier tour de piste avant de refermer l’Almanach et de clore sa tournée en salles.

« Pour mon précédent spectacle, en raison des demandes, on était reparti sur la route en formule trio avec une déclinaison réduite du show. Avec cette tournée-ci, la demande était beaucoup plus forte. J’aurais très bien pu, en solo ou en duo, rajouter des spectacles, retourner dans des villes où on était déjà passé. Sauf que le show qu’on donne présentement, pour moi, il ne se réarrange pas en format mini. C’est un spectacle dynamique où, musicalement, il y a beaucoup de choses qui se passent. La mise en scène est importante et je ne pouvais pas la reproduire autrement. Ça équivalait à monter un nouveau truc et je n’en avais ni l’énergie ni l’intérêt, dans la mesure où le spectacle Almanach, c’est cette affaire-là, qu’on promène en gang depuis le début. J’avais le sentiment qu’une fois refermé ce chapitre scénique, moi, j’aurais fait le tour. J’ai donc mis le paquet et tablé sur la tournée actuelle. »

Heureux choix. Les salles sont pleines comme jamais. Et l’été n’en sera pas un de farniente. Quelques dates de festivals ont déjà été annoncées, d’autres le seront au cours des prochaines semaines.

Éclipse en septembre

« On va garder tout ce qui fonctionne bien en salle, mais on doit quand même faire des modifications pour s’adapter au contexte extérieur et aux foules qui dépassent parfois les 10 000 personnes. On sait déjà qu’on aura avec nous une section de cuivres, ce qui va dynamiser tous les moments rock’n roll et motownesques qui font déjà partie du tour de chant. »

Le rendez-vous du 10 juillet, au Festival d’été de Québec, sera un temps fort de ce calendrier chargé en kilomètres et en prestations.

« Les plaines d’Abraham, on ne se le cachera pas, c’est une croix sur un parcours. Je savoure. Et je prépare un beau gros show. »
Septembre s’amorcera sur un horizon ouvert.

« Cet automne, je vais m’éclipser, je vais faire un Luc Langevin de moi-même et quasiment disparaître. Ce sera la première véritable pause que je vais me permettre depuis la sortie de mon premier album. J’ai envie de ce temps sans aucun projet. Ça ne veut pas dire que je ne créerai pas, au contraire. J’ai des projets d’écriture, en dehors de la musique, qui m’habitent depuis longtemps et sur lesquels je vais peut-être plancher. Mais je ne me mets aucune pression, je n’ai pas de cadre précis et j’ai vraiment hâte à ce grand décrochage. Je vais me reposer, peut-être voyager un peu, passer du temps en famille. »

Marcher le mont Orford

La discussion revient à ça. La famille. Le cœur et l’essence de tout.

« Les enfants et la famille, c’est LE projet qu’on ne veut pas rater dans une vie. La musique, aussi fort que ça m’habite, ça va quand même toujours passer en deuxième, après la famille. Je sais que l’une dépend de l’autre, de toute manière. Je ne voudrais pas me retrouver dans un néant personnel ou miné par de grandes batailles intérieures parce que je n’aurais pas tenu comme il faut mon rôle de père et de chum », dit celui qui va peut-être profiter du rythme ralenti pour s’ancrer encore davantage dans la région.  

« Ça fait deux ans qu’on s’est installé dans les Cantons-de-l’Est et c’est un coin qu’on adore. Il y a beaucoup de choses que j’ai envie de faire, mais pour lesquelles je n’ai pas trouvé le temps jusqu’ici. Marcher le mont Orford, par exemple. »

En suivant sa propre cadence. Et en goûtant le paysage comme il n’est pas possible de le faire lorsqu’on file sur un circuit de F1.

Vous voulez y aller?

Patrice Michaud
Samedi 5 mai, 20 h
Théâtre Granada
Entrée : 38 $ (étudiants : 33 $)