Louis-Jean Cormier

Partout en même temps

Louis-Jean Cormier se sent « comme un mutant » depuis quelques mois. Comme une bibitte bizarre que l'on capture au parc dans un selfie ou qu'on salue familièrement à l'épicerie. L'émission La voix lui a fait subir une étrange transformation. Et ces temps-ci, l'homme a bien envie de retrouver son ancienne peau.
Le coach le plus poétique n'envisage donc pas de se rasseoir dans le fauteuil rouge du vaisseau télévisuel l'hiver prochain.
« J'ai vraiment eu du plaisir à faire cette émission, mais c'est comme si je pratiquais un métier autre que le mien, je me suis soudainement transformé en quelqu'un de très connu, de très people. Pour l'instant, je vois d'un mauvais oeil l'idée de retourner perdre mes repères devant deux millions de spectateurs. Ma décision n'est pas définitive, mais je chemine dans ce sens-là. J'ai envie de faire quelque chose à huis clos, de retrouver mes pantoufles, ma vie de père de famille. »
Avant d'aller se reconnecter avec lui-même en studio cet automne, avec autant de paires de pantoufles qu'il le voudra, l'auteur-compositeur-interprète poursuit sa fantastique vie parallèle cet été. Il apparaît dans la programmation d'une quarantaine de festivals. Nommez-en un, il y sera. « Non, il y en a plein que je ne fais pas, celui de la truite mouchetée de Saint-Alexis-des-Monts, par exemple! » rectifie-t-il en riant dans son dispositif Bluetooth, en voiture vers la maison.
Si cette mutation de l'artisan discret en star populaire l'indispose dans ses excès, l'interprète de Tout le monde en même temps profite grassement de ses effets, en se démultipliant sur les scènes extérieures. « C'est un milieu bizarre, précaire, où si tu ne prends pas ce qui passe, tu peux le regretter. Le petit séjour à la télé a donné envie à plusieurs programmateurs de festivals de m'inviter, et j'avais envie d'en profiter. Mais ce ne sont pas des gestes de poule pas de tête. Si j'arrivais en studio surmené cet automne, là, je le regretterais, mais j'ai tellement de plaisir que je n'ai pas la peur de me brûler », dit l'homme à la voix feutrée qui viendra à la Fête du lac pour la première fois avec son projet solo, après y avoir participé « peut-être deux fois » en 15 ans de Karkwa et une fois à la droite de Vincent Vallières, dont il a gratté les chansons.
Sans pression
Dans cet été étourdissant comme un manège, où il est invité à célébrer avec son rock autant la poutine que les montgolfières et la gibelotte, le Cormier bouclé trouve peu d'heures pour écrire ce deuxième album, dont la sortie est annoncée en février 2015. « Ça allait rondement, mais je traverse présentement une phase où je remets tout en question. Je ne suis pas à plaindre, puisque je ne connais jamais de léthargie. Mais voilà, je suis un homme, il m'est donc difficile de faire deux choses en même temps. Comme la tournée bat son plein, je mène plus difficilement les deux dossiers. J'écris un peu tout le temps, mais cet été, j'ai plus souvent le goût de me reposer ou de rester avec mes enfants. »
Cette remise en question n'a rien à voir avec la pression du deuxième album, un phénomène pernicieux qui n'atteint pas le chef des hommes rapaillés, qui a grimpé haut avec Le treizième étage (Félix de l'album rock en 2013 et disque d'or). « C'est plutôt l'inverse qui se produit. Ça m'enlève toute pression, puisque je me dis qu'au moins, j'aurai un jour fait ce disque avec une belle portée. J'essaie donc, dans le processus, de me surprendre moi-même, d'écrire des choses qui m'apparaissent nouvelles, de façon plus incisive, avec des petites pointes politiques et un certain engagement social. »
Pour l'instant, la révélation de TVA n'envisage pas de prêter sa plume aux talents de son équipe de La voix, dont son finaliste Rémi Chassé. « Je suis trop égoïste. Si j'écris une bonne chanson, je vais la garder. Je ne sais pas non plus ce que je répondrais si on me demandait de réaliser l'album de Rémi. Ça dépendrait beaucoup du matériel. Le contenu m'importe beaucoup plus que le contenant. »
Un mutant peut changer de peau, mais il garde toujours son âme.