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Parcours Photo Sherbrooke : humains de partout, yeux d'ici
arts et spectacles
Parcours Photo Sherbrooke : humains de partout, yeux d'ici
La précédente cuvée de Parcours Photo Sherbrooke devait tirer sa révérence en avril, mais le coronavirus a bouleversé le calendrier. Résultat : la cinquième édition aura duré une année entière. Stéphane Lemire, Marcel Morin et le collectif Humains de Sherbrooke ont donc dû patienter un peu avant de s’afficher autour du lac des Nations. Mais c’est maintenant chose faite : les 33 nouvelles photos sont déjà installées et l’inauguration officielle est prévue pour le 16 septembre. Thème de cette sixième exposition : Humains d’ici et d’ailleurs, qui propose une prise de conscience de l’histoire de nos concitoyens, de nos voisins et de nos frères et sœurs des autres continents.
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Stéphane Lemire : une invitation au voyage

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Stéphane Lemire : une invitation au voyage

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
 Sur la dizaine de photos qu’expose Stéphane Lemire près du Marché de la gare, c’est le regard des gens qui nous happe en premier. Et puis leur expression. Après, on remarque le décor, qui nous transporte au Sénégal, à Cuba, ou au cœur du blanc Nord, dans le méconnu Nunavik.

« J’ai fait de tout pendant ma carrière, mais ce que j’aime le plus, ce sont les photos qui naissent des rencontres fortuites. Photographier les gens dans leur environnement permet de capter autre chose, de toucher à une vérité à laquelle on n’accède pas autrement. Il y a un naturel qui s’exprime. Quand on fait des portraits dans ces conditions-là, ce sont d’ailleurs souvent les première et deuxième photos qui sont les meilleures », résume le photographe sherbrookois, qui a fait ses premières armes professionnelles à La Tribune, où il a œuvré pendant une douzaine d’années.

« La photographie de presse est un métier où on touche à tout, où on apprend à faire vite et bien parce qu’il faut constamment s’adapter au contexte, aux sujets variés, aux conditions particulières des événements qu’on couvre », souligne celui qui a quitté le rythme effréné du journal quotidien en 1992 pour se lancer dans la photo commerciale.

Il a fait de tout, depuis. Des portraits et des paysages autant que des images en studio. Dans sa mirette, les Cantons-de-l’Est ont été immortalisés sous toutes leurs coutures. Passionné de voyages, Stéphane Lemire a aussi multiplié les séjours à l’étranger, caméra au cou. 

« Avant l’arrivée du numérique, j’ai bien sûr travaillé en argentique. Je prenais l’avion avec 50 rouleaux de film qu’il fallait traîner dans des sacs de plomb pour les protéger de la chaleur et des rayons X aux douanes. Aujourd’hui, c’est autre chose, il n’y a plus cette lourdeur du matériel. »

Marcel Morin : humains d’ailleurs au foyer

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Marcel Morin : humains d’ailleurs au foyer

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
Le nouveau thème de Parcours Photo Sherbrooke, Humains d’ici et d’ailleurs, ne pouvait mieux seoir à Marcel Morin. Pour cet Estrien globe-trotteur, l’humain est déjà le principal sujet d’intérêt. Surtout lorsque l’humain en question habite l’autre bout du monde, par exemple en Chine, où le photographe a vécu une quinzaine d’années (il parle couramment le mandarin). Mais aussi en Inde, au Bangladesh, au Sri Lanka, en Thaïlande…  

« Les photos de l’exposition ont été prises entre 2015 et 2020. Certaines proviennent de mon voyage au Bangladesh, en début d’année, que j’ai dû interrompre en raison de problèmes de santé dans ma famille, mais aussi parce que le coronavirus commençait à gagner du terrain. Ce fut une excellente décision, car je n’aurais pas voulu être coincé là-bas. Par contre, cette pandémie met en évidence les liens qui unissent les hommes sur la Terre : nous sommes tous vulnérables, mais aussi tous résilients. Et nous avons tous un pouvoir d’adaptation, surtout ceux qui vivent dans des conditions bien pires que les nôtres. »

Marcel Morin montre en ce sens son dernier cliché réalisé avant de revenir au Canada. On y voit trois hommes pousser et tirer une charrette lourdement chargée, dans les rues de Dacca. « Au Québec, on aurait pris un gros camion pour faire la même tâche. On perçoit toute la force de ces hommes dans l’expression de leur visage. Pour moi, c’est ça, la résilience, l’adaptation, l’humanité : c’est de vivre, mais aussi de survivre », résume l’artiste, qui espère, du même coup, faire réfléchir à nos conditions de privilégiés sur cette planète. « Nous sommes dans un luxe total, mais nous trouvons quand même le moyen de nous plaindre. » 

Une vie dans une photo

Cette scène de rue, prise sur le vif, est une des rares pour lequel Marcel Morin n’a pas préalablement créé un contact avec son sujet.

« Pour mes portraits de rue, je discute toujours avec la personne d’abord. Je tente d’apprendre son histoire en un court laps de temps et de relater le plus possible cette histoire dans la photographie. J’essaie que cette petite période de temps que nous passons ensemble soit positive pour les deux. Même quand les gens sont dans la misère, je veux montrer le beau côté de leur vie. »

Il donne comme exemple cette scène d’une gamine marchant sur une corde raide, en Inde, pendant que son petit frère, avec un air inquiet, observe la jeune funambule et que la mère attend que les passants veuillent bien leur faire l’aumône. De cette image transpire la dignité d’humains qui gagnent leur vie comme ils le peuvent.

« La majorité des clichés de l’exposition est inédite, sauf celui-là, déjà présenté dans un musée en Chine. Je l’aime beaucoup. L’Inde est un véritable trésor pour un photographe. Le potentiel est incroyable, partout où on regarde. Et les Indiens sont tellement réceptifs et chaleureux! »

Sa découverte du Bangladesh a aussi été marquante. « Il y a peu de touristes, mais les gens sont ouverts, polis, aimables, toujours prêts à aider. Oui, c’est très pauvre, mais dès qu’on sort de Dacca et qu’on se retrouve dans les petites villes, les habitants nous arrêtent pour nous inviter à prendre le thé ou à prendre une photo. Et ils sont très informés du Canada : ils connaissent notre premier ministre, notre système politique… C’est un pays admiré pour eux. »

Marcel Morin raconte ensuite l’histoire de ce flûtiste de Shanghai, qui se tenait debout pieds nus près du métro malgré le froid matin, et qui, tout joyeux, a pris en main la composition de la photo. Puis cette mécanicienne de motos travaillant dans une rue de Chiang Mai, en Thaïlande. Et ce Bangladais reculant sa petite barque entre deux mastodontes flottants pour laisser la voie libre aux autres embarcations... 

John Naïs : la photo comme une rencontre

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John Naïs : la photo comme une rencontre

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
Pour John Naïs, la photographie est une façon d’aller à la rencontre de l’autre, au sens large.

« Faire le portrait de quelqu’un, c’est tenter de saisir un moment, une émotion, une parcelle de personnalité. Il faut que l’image reflète bien la personne que je photographie. Je prends donc le temps de discuter avec elle avant de commencer. Ce moment partagé enrichit ensuite ce qu’on est capable de capter à travers l’objectif », dit celui qui fait partie du collectif Humains de Sherbrooke depuis un an.

Avec les autres membres du projet groupé, il expose quelques-uns de ses clichés au site Camério, au coin des rues Vanier et de l’Esplanade. La myriade de photos montre différents visages de la communauté. Des gens de tous âges, de toutes nationalités et de tous horizons se voisinent sur les images grand format en couleur comme en noir et blanc. 

« On a brainstormé pendant le confinement, mais on ne pouvait pas faire nos photos à ce moment-là. On avait en tête d’illustrer une certaine diversité, on voulait aller dans plusieurs directions avec nos portraits. »

Les images ont été prises au début de l’été. Un Sherbrookois d’origine polonaise passionné de jardinage, une immigrante native du Burkina Faso qui crée d’originaux bijoux et une flamboyante drag queen à la crinière de lion ont pris la pose pour John Naïs. 

« Il y a un concept derrière les photos, il y a une réflexion et une mise en scène pour chacune, mais dans son esprit et sa vision, cette exposition s’inscrit en continuité avec ce qu’on fait au sein d’Humains où, avec une image et quelques paragraphes, on raconte une histoire sur le web. Cette approche me plaît et me rejoint tout particulièrement, peut-être parce que je suis journaliste et que, dans la pratique du métier, les histoires des gens sont un moteur », exprime le Sherbrookois qui travaille à Ici Estrie. 

Une première expo

Natif de l’île de La Réunion, John Naïs est arrivé au Québec il y a une douzaine d’années. C’est ici qu’il a approfondi davantage sa passion pour la photo.  

« Mon intérêt remonte à l’adolescence. J’avais toujours un appareil avec moi, pas très sophistiqué, mais qui me permettait d’immortaliser des souvenirs. J’ai fini par m’acheter un appareil de meilleure qualité et là, je me suis mis à m’amuser davantage en photo. Peut-être parce que je suis immigrant, j’aime entrer en contact avec les autres, connaître leur background, en apprendre sur leur parcours. Ça fait partie de ma personnalité aussi, sans doute. Je suis du genre à partir en voyage tout seul et à me lier d’amitié en route avec les gens que je croise. »

Aujourd’hui, à l’étranger comme ici, il sort rarement sans glisser sa caméra dans son sac. 

« J’essaie de faire de la photo chaque jour. »

Dans son viseur, il a capté des milliers d’images, mais c’est la première fois que certaines d’entre elles font partie d’une exposition. 

« C’est particulier, parce qu’avec le numérique, on imprime beaucoup moins nos clichés qu’avant. La photographie est un art qui s’est en quelque sorte dématérialisé. Depuis la création du collectif en 2017, les photos d’Humains de Sherbrooke circulent beaucoup, mais toujours sur le web. Là, c’est autre chose, c’est concret, et en plus, c’est campé dans un décor magnifique », dit-il en insistant sur le travail d’équipe qui sous-tend tout le projet. 

« Le fait de travailler à plusieurs photographes amène une diversité dans ce qu’on propose, une pluralité des approches. Chacun a son regard, sa technique, sa façon de jouer avec la lumière et de composer avec les éléments à mettre en scène. C’est une grande fierté de travailler avec des gens de si grand talent. On forme un noyau de créateurs aux univers différents. Dans tout ça, le ciment qui nous lie et qui tient tout le projet, c’est la coordonnatrice Vanessa Cournoyer-Cyr. »