Chaque jour, vous admirez leurs photos dans nos pages . Vous pourrez bientôt les apprécier en grand format, en plein air. L’équipe de Spectre Média, composée des photographes Jessica Garneau, André Vuillemin, Stéphanie Vallières, Maxime Picard, Michelle Boulay et René Marquis, dévoilera ses meilleurs clichés au Parcours Photo de Sherbrooke. L’exposition Figé dans le quotidien se déploiera dans le sentier urbain qui fait le tour du lac des Nations dès le 14 février, jusqu’au 1er septembre 2019.

Parcourir la vie [PHOTOS]

Vous admirez leurs photos tous les jours dans nos pages ou sur notre application. La plupart du temps, celles-ci sont en petits formats, parfois en noir et blanc, mais toujours, elles illustrent l’événement. Que celui-ci soit triste, dramatique, extraordinaire ou dérangeant. À partir du 14 février, ces images du quotidien brilleront en majuscule. Sur grands panneaux. Et sous la belle lumière du jour.

Dès jeudi donc, les six photographes de La Tribune exposeront quelques-uns de leurs meilleurs clichés dans les trois espaces extérieurs qui composent le Parcours Photo de Sherbrooke, autour du lac des Nations. Découpée en quatre segments, Figé dans le quotidien sera présentée jusqu’au 1er septembre. 

C’est le photographe Maxime Picard qui a orchestré l’exposition et qui a joué les commissaires. C’est aussi lui qui a mis le projet sur les rails. 

« J’étais allé à l’inauguration du Parcours Photo de Sherbrooke, en août 2017. Je trouvais que c’était l’emplacement parfait pour une exposition. C’est une autre sorte de vitrine que les cafés. Ça permet aux œuvres de vivre dans un autre contexte et d’être vues par davantage de gens », dit celui qui travaille comme photographe de presse depuis 17 ans. 

Pour bâtir un itinéraire photographique varié, il a demandé à ses collègues de Spectre Média de proposer leurs meilleures prises des dernières années. Stéphanie Vallières, Michelle Boulay, André Vuillemin, Jessica Garneau et René Marquis ont fouillé dans leurs archives. Un riche bassin d’images s’est constitué. Après ça, il fallait encore trancher, choisir les 33 qui seraient affichées le long du sentier extérieur de trois kilomètres.   

« J’avais le souci de présenter un éventail de photos très différentes les unes des autres, de montrer à quel point notre métier est changeant. J’ai fait une première sélection en ayant ça en tête. Lorsqu’il a été temps de terminer le tout, j’ai demandé l’avis des collègues et des gens autour », explique Maxime Picard.

Les instants saisis par le viseur des uns et des autres ont ensuite été classés en quatre catégories : arts et spectacles, sports, actualités et vie quotidienne.  

« Les images parlent souvent d’elles-mêmes, mais avec l’aide du  journaliste Jérôme Gaudreau, j’ai quand même rédigé une légende pour chacune. »

Partout sur le terrain

Coup d’œil à la brochette d’images. On reconnaît quelques visages et certains coins de la ville, de jour comme de nuit, en hiver comme en été. 

La Fête du lac, le rodéo d’Ayer’s Cliff, un match du Phœnix, la saison des pommes, le ski au Mont-Bellevue, Bouffe ton centro, le Shazamfest, la victoire de Christine Labrie aux dernières élections, le défilé de Fière la fête sont autant d’événements qui ont été captés par la lentille des collègues traqueurs d’images. 

Constat numéro un : il faut beaucoup de talent et de doigté pour arriver ainsi à saisir l’instant. Constat numéro deux : les photographes de presse sont partout. Mais vraiment partout.   « C’est un métier où la polyvalence est de mise, note Maxime. Chaque journée est différente de la précédente et remplie d’affectations variées. On peut faire le portrait du premier ministre et ensuite devoir filer à la rencontre de gens sans-abris avant d’être envoyés sur les lieux d’un incendie ou d’un accident. On peut photographier un groupe d’élèves, aller à un match de hockey puis à une pièce de théâtre, tout ça dans la même journée. Il faut composer avec toutes sortes de situations et travailler dans toutes les conditions, dans des délais souvent serrés. » 

C’est de la haute voltige. Au quotidien. On est loin du contexte de studio où décor et lumière sont parfaitement orchestrés. La photo de presse a ses impératifs, ses importantes contraintes. Et ses moments de grâce. 

« On a un accès privilégié aux événements et aux gens. On fait des rencontres extraordinaires dans le cadre de notre métier », expose Jessica Garneau. 

Au-delà de l’image

La richesse de ces instants-là laisse une empreinte qui va au-delà de l’image captée. Le souvenir est parfois doux, mais il est quelquefois teinté de grisaille. Il y a des sujets plus difficiles que d’autres à photographier tant ils bouleversent le cœur. On pense à la tragédie de Lac-Mégantic, par exemple. 

« On a été les premiers à se rendre sur place, le matin », se souviennent René Marquis et Maxime Picard. 

Ils ont passé la semaine là-bas, à côtoyer une communauté qui traversait un drame épouvantable.

« Dans des situations comme celles-là, il faut faire son boulot. On y va, on prend des photos, mais humainement, c’est difficile. »

Ces clichés qui racontent un drame ou un autre n’apparaissent pas dans l’expo. 

« J’ai volontairement écarté les photos de faits divers, parce que je souhaitais qu’on s’éloigne des sujets trop tristes. On a gardé la photo d’un incendie, mais c’est celui du bar Le Magog, rue Dufferin. Je la trouvais pertinente parce qu’elle montrait un bâtiment connu du centre-ville qui s’envolait en fumée », souligne Maxime Picard. 

Pour ce dernier, cette expo à ciel ouvert marque le temps. C’est une façon de prendre un pas de recul, de faire un bilan. 

« Dans un journal, les photos sont importantes, elles illustrent un sujet X, mais au rythme où va le quotidien, elles sont aussi vite consommées. Certaines passent un peu inaperçues, d’autres ne sont pas publiées, faute d’espace. Une expo comme celle-là, c’est une façon de les faire vivre autrement. Comme chaque photo sera affichée en très grand format, on pourra s’attarder aux détails, prendre le temps de voir l’ensemble de l’image et tout ce qu’elle raconte. »

Quelques photos du parcours

« Cette photo a été prise au Mont-Bellevue par une journée de très grand froid. C’était une affectation banale, où je devais illustrer l’achalandage au centre de ski. On gelait tellement dehors que je n’avais vraiment pas envie de monter au sommet. Mais bon, il faut ce qu’il faut. La persévérance fait partie du métier. Pour obtenir la meilleure photo possible, il faut pousser plus loin. C’est cet effort supplémentaire qui fait parfois la différence entre une bonne et une excellente photo. J’ai demandé à un motoneigiste de m’emmener jusqu’au sommet. En redescendant, je cherchais le meilleur point de vue quand le soleil a percé les nuages. Avec la croix de la montagne et les canons à neige autour, ça créait cet effet formidable. J’ai attendu qu’un planchiste passe dans mon viseur. Et j’avais LA photo. »

« Parfois, on a une idée et on espère qu’on arrivera à la concrétiser. Cette photo-là, c’est ça. Je l’ai prise pour illustrer le Mois de la photographie. Suzanne Pressé est coordonnatrice des expositions et de l’animation à la Galerie d’art du Centre culturel de l’UdeS. Elle travaille habituellement dans l’ombre. Je lui ai proposé l’idée que j’avais en tête, avec une longue exposition et deux coups de flash, pour donner du mouvement à l’image. Elle a embarqué dans mon concept et j’ai vraiment pu réaliser ce que j’avais en tête. C’est une image que j’aime beaucoup. »

« C’est une photo prise à la Color Run de Sherbrooke. J’aime tout particulièrement les couleurs vibrantes et l’expression des gens. La composition de la photo traduit bien l’événement. »

« Cette image représente bien le travail que je fais, de la photographie lifestyle dans la nature. On vit un moment particulier, pendant lequel on peut apprécier le paysage, les sujets, la composition de l’image et le mouvement de l’eau. Au moment de prendre cette photo, j’étais près du parc Lucien-Blanchard. Le groupe d’O’SUP, une école de surf à pagaie, s’adonnait au yoga sur l’eau sur la rivière Magog. »

« J’ai fait cette image à la Fête du lac des nations, en me plaçant en contre-plongée, directement sous le manège. Ça tourne vite, un manège... Réussir à saisir ce parfait moment, en captant l’expression des gens, c’était un défi. J’aime l’émotion qui se dégage de cette photo. J’aime aussi la composition de l’image, les couleurs vives et contrastantes du manège qui tranchent avec le bleu du ciel. »

« Cette photo me replonge dans l’émotion de cette chaude journée d’été. C’était un moment significatif, porteur d’espoir. J’étais touchée d’être là, de rencontrer pour la première fois la famille Badawi, de voir Ensaf Haidar recevoir enfin sa citoyenneté canadienne. Son histoire me touche beaucoup. Je me souviens du moment où la BD documentaire Rêver de liberté, créée par Radio-Canada Estrie, a été lancée. C’est à ce moment que j’ai mieux compris ce que cette famille avait traversé. J’ai ressenti beaucoup de compassion. Comme les valeurs de justice et de liberté sont profondément ancrées en moi, ce qu’a vécu (et ce que vit toujours) Raif Badawi m’ébranle. »