Olivier Aubin, Sarah-Anne Parent, Léane Labrèche-Dor, Mickaël Gouin, Chantal Dumoulin, Dominic Quarré et Louis-Olivier Mauffette.

On t'aime Mickaël Gouin : s’amuser du désir de célébrité

S’il fallait décrypter l’ADN de la pièce On t’aime Mickaël Gouin, on trouverait sans doute un code génétique où l’univers inquiétant de Misery croise l’humour déjanté des films Dans une galaxie près de chez vous.

Curieux ménage, pensez-vous? Absolument, acquiescent Dominic Quarré et Olivier Aubin, deux des trois coauteurs de l’atypique production qui s’installe tout l’été au Théâtre la Marjolaine d’Eastman. Avec l’humoriste Luc Boucher, ils n’ont pas eu peur de marier les genres pour imaginer un univers éclaté dans lequel Mickaël Gouin joue son propre rôle en campant un comédien au faîte de la pyramide vedettariale. Une superstar, autrement dit.

« On a écrit ça avant que le téléroman Hubert et Fanny ne le propulse dans les hauts sommets. Là, avec son succès, il gâche un peu l’ironie de la chose », blaguent les deux auteurs.

Autour de la table de pique-nique, ça rit fort, ça jase beaucoup. L’humeur est aux retrouvailles heureuses. Après quelques répétitions ici et là en juin, toute la bande est réunie à Eastman pour un premier enchaînement dans le décor de l’originale proposition théâtrale pensée et écrite pour le public adolescent.

« Le point de départ de tout ça, c’est l’Anti.gala Karv. Je fais beaucoup de télé jeunesse et en allant à cette soirée, j’ai réalisé que, pour ce public-là, j’étais une "vedette". Pendant trois heures, je me suis senti comme si je faisais partie des Bea-tles », image Olivier Aubin en riant.

L’idée de créer une pièce de théâtre d’été destinée à cette fougueuse jeunesse est venue dans la foulée. Parce que la page était blanche.

« En théâtre, il n’y avait pas d’offre pour les ados. On avait envie de bâtir un show qui leur plairait », souligne le comédien, qui joue aussi dans la pièce.

Le pari était audacieux. Parce que le théâtre d’été s’adresse d’ordinaire à une frange de spectateurs plus âgés.

« On a l’habitude d’écrire selon les codes de la comédie estivale. On les connaît bien, on les a utilisés dans une certaine mesure, mais on a agrandi le terrain de jeu. On est aussi beaucoup allés patauger dans l’absurde. On s’est permis de créer sans contraintes, finalement, en sortant du canevas qui encadre d’ordinaire le théâtre d’été », précise-t-il.

DANS LA MAISON DES FOUS

Le résultat, qui a tenu l’affiche pendant une saison en 2016 au Théâtre des Cascades, a conquis les jeunes comme prévu. Mais pas que.

« On a réalisé en cours de chemin que cet univers particulier plaisait aux ados, mais aussi à leurs parents. L’humour est exploité de diverses façons, dans la mise en scène comme dans le jeu et les répliques. Il y a différentes couches d’écriture dans le texte, ce qui fait que chacun y trouve son compte. C’est vraiment du théâtre pour tous », exprime Mickaël Gouin.

Son personnage d’acteur adulé goûte aux revers de la célébrité lorsque, après un gros accident de voiture, il se réveille dans une demeure pour le moins inquiétante. Ceux qui prennent grand soin de lui sont des admirateurs finis. Et peut-être des fous, au final. Le pauvre accidenté réalise peu à peu qu’il est prisonnier de l’endroit... et de ses tourmentés occupants. « Dans cette maisonnée instable, tout le monde semble avoir un petit côté bipolaire latent. Moi, je suis Gilberte Sicotte, la mère de la famille qui recueille Mickaël, et je suis tout sauf rassurante. Je passe d’un extrême émotif à un autre, ce qui fait que le public se demande constamment jusqu’où cette femme est capable d’aller », note Chantal Dumoulin.

Louis-Olivier Mauffette prête ses traits au père de la tribu, un impulsif avec qui on n’a pas envie d’en découdre, surtout qu’il traîne son couteau portatif en permanence. Les filles du couple ne sont pas plus rassurantes.

Métier : vedette

Les deux frangines Mathilde et Béatrice, incarnées par Sarah-Anne Parent (qui reprend le rôle de Marie-Soleil Dion, en congé de maternité pour l’été) et Léane Labrèche-Dor, papillonnent autour du nouveau venu avec une sollicitude un peu trop appuyée. La première a un but dans la vie, un seul : elle veut être une vedette. Et elle est persuadée que Mickaël Gouin peut l’aider à atteindre son grand objectif de vie. La seconde, qui évolue dans l’ombre de sa sœur, noue une relation particulière avec le pensionnaire.

« Ce n’est pas du tout une pièce moralisatrice, mais il y a quand même un point de vue. On rit beaucoup, et à la fin, on réfléchit aussi un peu », souligne Mickaël.

Parce que si le premier moteur de création était le divertissement pur, il reste que le propos sur lequel s’appuie la trame est dans l’air du temps, il s’inscrit dans une époque où le vernis luisant de la célébrité engendre de drôles d’ambitions.

« Certains ados le nomment clairement : plus tard, ils veulent être des vedettes, point barre. Mais quand on s’arrête pour y penser, être une vedette, ce n’est pas un métier. Ce besoin d’être connu et reconnu est symptomatique de quelque chose. On creuse ce terreau-là. On parle d’estime de soi, de cette perception qu’on a de nous-mêmes à travers la mirette de la popularité », dit Dominic Quarré, qui signe aussi la mise en scène de la pièce qui partira en tournée en 2019.

On t’aime Mickaël Gouin a été créée en été 2016 au Théâtre des Cascades. On voit ici une scène avec Léane Labrèche-Dor, Chantal Dumoulin, Mickaël Gouin et Louis-Olivier Mauffette.

La coproduction du Théâtre Encore et de la Marjolaine s’arrêtera d’ailleurs à la salle Maurice-O’Bready de Sherbrooke le 23 avril 2019.

Vous voulez y aller?

On t’aime Mickaël Gouin!
Du mercredi au samedi, du 22 juin au 4 août, 20 h
Dimanche 22 juillet, 16 h 30
Théâtre la Marjolaine, Eastman
Entrée : 41 $ et 44 $ (18 ans et moins : 25 $)

Théâtre musical Salut Claude! : Léveillée, sa vie, son œuvre

Simon Fréchette-Daoust, Émilie Allard, Marc-André Perron et Andréanne Marchand-Girard offriront la revue musicale Salut Claude! en août prochain à la Marjolaine, dans une mise en scène de Jacinthe Gilbert, sur des arrangements vocaux de Jason McNally.

Le piano rouge de Claude Léveillée trône toujours dans la petite salle de spectacles à laquelle il a donné son nom. Flamboyant et droit, comme savait l’être le musicien qui l’a légué au Théâtre la Marjolaine d’Eastman. C’est d’ailleurs là, entre les chaleureux murs de bois et devant l’emblématique clavier, que l’idée d’un théâtre musical sur la vie et l’œuvre de Claude Léveillée a germé, il y a deux ans.

« J’étais venue voir le spectacle Backstage. À un moment donné, toute la troupe s’est mise à chanter Frédéric, autour du piano de Léveillée. J’ai eu un déclic. Claude était l’un des pionniers des théâtres musicaux. J’ai eu envie d’en bâtir un autour de son univers à lui », explique Andréanne Marchand-Girard, auteure du spectacle Salut Claude!

Celle-ci a fouillé l’histoire et le répertoire du pianiste et chanteur. À travers scènes et chansons, elle met en lumière les morceaux connus et moins connus de l’auteur-compositeur-interprète qui s’est éteint en juin 2011. Elle raconte aussi différents chapitres de sa vie, ramenant au passage les artistes qui ont croisé sa route. Édith Piaf et Clémence DesRochers, par exemple.

Sur scène, ils sont quatre à faire vivre l’homme et son œuvre. Andréanne est accompagnée par le pianiste Marc-André Perron et les interprètes Émilie Allard et Simon Fréchette-Daoust. Ce dernier incarne Léveillée. Et il se pince un peu.

« Je ne connaissais pas toutes ses chansons, mais elles me touchent énormément sans que je puisse m’expliquer pourquoi. Elles ont un côté nostalgique qui vient vraiment me rejoindre », précise-t-il.

Le trait commun entre chacune d’elles?

« L’intensité, répond sans hésitation Marc-André Perron. Les arrangements qu’il faisait, sa manière de jouer... Ça a été un gros défi pour moi, comme musicien, de plonger là-dedans. Rien n’est en demi-mesure. Il n’y a pas de zone beige dans son œuvre. »

Lumières et blessures

Du beige, il n’y en a pas eu davantage dans son existence.

« Quand on creuse le parcours de Claude Léveillée, on comprend mieux la charge émotive de ses chansons, souligne Émilie. On découvre son côté lumineux, mais aussi les blessures qui ont marqué sa vie et qui teintent certains textes. Je pense à la relation qu’il avait avec son fils, entre autres. »

L’éventail des titres mis de l’avant provient surtout du répertoire des années 1960. Parce que c’étaient les premières années créatives du musicien et parolier. Parce que l’époque elle-même était porteuse de quelque chose de beau, de quelque chose de grand.  

« Actuellement, je pense qu’on n’est pas dans une époque où ça va très bien, ici comme ailleurs. Il y a beaucoup de cynisme ambiant. Le portrait est assez noir, mais comme je suis une optimiste, j’essaie de trouver un moyen de mettre un peu de lumière dans tout ça. J’aime l’effervescence créative des années 1960. Lorsque j’écoute les chansons de Léveillée, je retrouve cet esprit, j’ai le goût de bâtir quelque chose, et de tendre la main. Je pense qu’on a besoin de ça. Se tourner vers les autres, se donner de l’espoir, se parler, s’obstiner peut-être aussi, mais surtout construire ensemble, dans l’ouverture et le dialogue », exprime Andréanne Marchand-Girard.

Vous voulez y aller?

Salut Claude!
Du 9 au 26 août
Du jeudi au samedi, 20 h
Dimanche, 16 h 30
Entrée : 38 $