La pièce relate l’histoire de Joseph «John» Merrick, dit l’homme éléphant, qui a vécu à la fin du 19e siècle.

On ne voit bien qu’avec le cœur...

L’histoire vraie de Joseph « John » Merrick avait fait grand bruit en 1980. Cette année-là, le monde l’avait découvert à travers le film L’homme éléphant, inspiré de la pièce du même titre, produite quelques années auparavant par l’Anglais Bernard Pomerance.

L’homme éléphant (Elephant Man), c’est le surnom dont on avait affublé Merrick, un phénomène de foire qui faisait courir les foules dans le Londres de la fin du 19e siècle. Atteint du syndrome de Protée, le jeune homme affichait d’affreuses et douloureuses malformations suscitant chez les gens un mélange de curiosité et de dégoût. Celui-ci fut un jour remarqué par un professeur d’anatomie qui le prit sous son aile pour le soigner et lui offrir une vie plus « normale », loin des regards.

C’est cette pièce originale de Pomerance qu’a reprise, l’an dernier, le metteur en scène québécois Jean LeClerc. La production a d’abord été présentée au Théâtre du Rideau Vert dans les premiers mois de 2018. La voilà maintenant en tournée au Québec jusqu’en mars prochain, avec une distribution légèrement modifiée.

Dans le rôle de l’homme éléphant lui-même, Éric Paulhus succède notamment à Benoît McGinnis, dont la performance avait été saluée par la critique montréalaise.

De grands souliers à chausser ? « Oui, mais je le voyais plus comme un honneur. On m’a confié ce rôle sans audition, alors je voulais que les gens soient contents. Je ne voulais pas les décevoir », affirme celui qui vient tout juste de célébrer son 40e anniversaire. « C’est un beau cadeau de 40 ans ! »

Le comédien qu’on a pu voir à la télé dans Une grenade avec ça ? , Les Argonautes, Madame Lebrun et Lâcher prise, n’en est pas à son premier rôle au théâtre. Mais il ne s’était jamais attaqué à une performance aussi physique, dit-il. « Je sors de là en sueur et avec beaucoup de tension dans le corps. »

Le rôle principal a été confié au comédien Éric Paulhus.

Défi d’acteur

Car ne s’improvise pas l’homme éléphant qui veut. Tout un défi attendait Éric Paulhus. « J’ai vu la pièce l’an dernier sans savoir que j’allais la jouer. Quand on me l’a offerte, j’ai ressenti un mélange de peur et de désir. C’est une composition à plein de niveaux, tant physique que vocal. Heureusement, j’ai la chance de jouer avec de grands acteurs », ajoute-t-il en faisant référence à ses collègues sur scène : Sylvie Drapeau, Germain Houde, Nathalie Gadoua, Roger La Rue, Annick Bergeron, Stéphane Breton et Hubert Proulx. Pour s’approprier le personnage, Éric Paulhus s’est notamment inspiré de photographies de l’homme éléphant, en adaptant sa posture et sa démarche, puis en trouvant la voix qui lui convenait le mieux.

« À travers toutes ces contraintes physiques, on peut véhiculer des émotions », se réjouit-il.

D’autant plus que pour personnifier Joseph Merrick, le comédien ne dispose d’aucune prothèse ou de maquillage. Le public doit imaginer ses difformités. « C’est beaucoup plus puissant de suggérer. C’est ça la force du théâtre. Comme spectateur, on peut voir tout ça sans artifice. »

On pourrait croire que jouer L’homme éléphant est un exercice sombre et difficile. « Non, au contraire. Ça demande de la lumière et de la douceur. Cet homme charmant avait soif d’apprendre, d’aimer et d’être aimé », laisse entendre Éric Paulhus.

Humanisme

La version française de Jean LeClerc, dit-il, demeure très fidèle à la pièce originale anglaise. Sans que le ton soit ampoulé, cependant. « On place l’époque et le contexte, puis on aborde rapidement le côté plus intime et sensible du récit. »

L’humanisme qui s’en dégage pourrait d’ailleurs expliquer en partie le succès de l’œuvre. Ça et le côté légendaire de L’homme éléphant, croit Éric Paulhus. « On connaît vaguement le film de 1980 et on connaît le mythe. Ça pique la curiosité et on veut connaître son histoire. »

Et présentée dans le contexte actuel où le culte de l’image est omniprésent, cette production arrive à point nommé, selon lui. « En fait, c’est une pièce sur la différence, alors qu’on est maintenant dans la peur de cette différence, dans la peur de l’étranger. Il y a de la méfiance et du rejet des gens qui ne sont pas comme nous. On ne franchit pas toujours la barrière du premier regard, je trouve. »

En ce sens, L’homme éléphant peut — peut-être — éveiller certaines consciences, croit-il. « Si tu as un tant soit peu de cœur, il y a une leçon à en tirer... »

Vous voulez y aller?

L’homme éléphant
Théâtre du Rideau Vert
Mardi 12 mars, 20 h
Centre culturel de l’Université de Sherbrooke
Entrée : 35 $