Olivier Martineau : Rire du miroir

Cette fois, Olivier Martineau a bien aiguisé sa lame. Plus tranchant, son deuxième one-man-show portera un regard un brin plus mature, mais l’humoriste promet de faire plus de vagues qu’il n’en a jamais faites.

« Je suis un couteau, pas une cuillère! » avance celui qui se décrit toutefois comme délicat. « Encore la même crécelle qui tape comme un marteau », d’ajouter le grand maigre.

L’œuvre s’intitule Parfa, terme évoquant l’imperfection dont on se satisfait tous, malheureusement ou heureusement.

« On se dit “c’est parfa, ça fera la job!” Je trouve que c’est ça qu’on a comme attitude aujourd’hui », dit celui qui a toujours fait de l’idiotie humaine son sujet de prédilection.

Sur scène, il prend un malin plaisir à renvoyer la société à sa propre image, aussi décevante qu’absurde.

« Sans blesser, c’est certain que je vais choquer. Je suis pas Deux filles le matin; je suis pas là pour te faire sentir bien. Mais, les gens vont rire, c’est sûr et certain. Puis, quand tu te lèves et que tu te trouves affreux, est-ce que tu te fâches après le miroir? » fait-il remarquer avec la répartie qu’on lui connaît.

C’est qu’il est inquiet pour le futur de la société et de la planète, ce poli mais « dégoulinant » Olivier. Et apparemment, regarder Denis Lévesque n’aide pas. Dans son spectacle, qui « aurait pu s’appeler Ces gens que j’ai rencontrés à Denis Lévesque », on peut s’attendre à un bon vingt minutes de gags sur le ridicule des invités.

Histoire et kijiji

L’ancien étudiant en histoire de l’art ne peut s’empêcher de ressentir une certaine « préoccupation historique au raisonnement humain », « sans vouloir être moralisateur ou politisé ».

« Je dis de plus en plus mon opinion, note-t-il. Ma personnalité traverse, maintenant. Avant, j’avais des zones : le public et le privé. Maintenant, il y a des couloirs. »

Le monde ne va pas bien, constate-t-il. « Mais vaut mieux en rire! Déjà, c’est une prise de conscience. Quand on y pense, Jules César est aussi près en temps des pyramides que des McDonald. Deux mille ans de chaque côté. Est-ce qu’on va faire encore 2000 ans? Certainement pas comme ça. »

Pas avec les annonces Kijiji qu’on a, en tout cas.

Récemment devenu malgré lui une sorte de gourou des petites annonces ratées, Olivier se délecte une fois de plus de ce qui « fait la job ». Juste en pensant au « cadre d’Égippe », à la « veste en djins » et au tapis en « cajou chou » qui ornent sa page Facebook, il hurle de rire.

« Toutes les publications que je partage, c’est l’imagerie des trois nerfs que je déteste le plus dans la société : la paresse, l’imbécillité et l’instantanéité. On ne révise plus rien! Ça se peut qu’on soit déphasé sur certaines choses, mais il y a des outils; utilisons-les! » s’indigne le Lavallois, qui s’est lancé là-dedans presque par hasard, en publiant une ou deux captures d’écran pour le plaisir l’an dernier.

Aujourd’hui, ses publications enflamment le Web, les internautes lui envoient près de 50 suggestions par semaine. « J’aimerais sérieusement en faire un recueil. Ça ferait un bon livre de table à café! » s’illumine-t-il.

Tabouret et verre de bière

« Trop jeune pour être vieux, trop vieux pour être jeune », Olivier Martineau embrasse son côté « mononcle », surtout en humour.

« Les jokes de mononcle ont vraiment mauvaise presse ces temps-ci, mais il faut comprendre qu’il se fait de la mauvaise joke de mononcle, et de la bonne », précise celui qui mentionne ses idoles, les Gilles Latulippe, Roméo Pérusse et Claude Blanchard.

C’est notamment en les étudiant qu’il a appris l’art de faire rire, à défaut d’être passé par l’École nationale de l’humour. Une école alternative, combinée à un talent inné, qui ne l’a pas empêché de remporter En route vers mon premier gala en 2010 ni un Nez d’or du Grand rire de Québec en 2012, ou même de s’autoproduire sur la scène du Lion d’or en 2007 grâce à une irrépressible envie de goûter à la scène humoristique.

« Les gens de cabaret ont tapé le sentier pour nous, et c’est à ça que je veux revenir. Pour ce spectacle-ci, ce sera tabouret et verre d’eau (bien, en fait, verre de bière dans mon cas). C’est plus près de ce que je voulais au départ », affirme-t-il, heureux de se retrouver dans une salle aussi intime que le Vieux Clocher de Magog pour poursuivre son rodage.

Accompagné de l’auteur Frédéric Simard, avec qui il travaille déjà pour ses chroniques sur les ondes d’Énergie, et du script-éditeur Christan Viau, il veut mettre le doigt sur le parfait 105 minutes de spectacle. Séquence qui, une fois montée officiellement, sera musicalement signée par un artiste exceptionnel, promet-il sans vouloir en révéler davantage.

Parfa marquera également le retour des chansons grivoises, ces airs débridés qui lui ont permis de se démarquer à ses débuts, mais qui avaient été exclus de son premier spectacle.

« Il y a des choses qui peuvent se dire en chanson et qu’on ne pourrait pas dire sans musique, explique l’humoriste. On est un duo ma guitare et moi. Il y a de nouvelles chansons, mais il y en a d’autres que les gens connaissent. Avoir vu 300, 500, 1000 personnes qui fredonnent un air dégueulasse, grivois, avec des paroles pas possibles qui ne se répètent pas dans le journal… wow. »

On aura compris que celui qui se décrit comme un « gentil vilain » déconseille son spectacle à un public âgé de moins de 16 ans. « Après ça, je ne dirai pas aux gens comment élever leurs enfants, nuance-t-il. C’est comme sur scène : je propose mon opinion, mais je ne dirai jamais aux gens quoi penser. »

Surfer sur la vague

L’humoriste considère que ses années d’improvisation ont été une bonne « école ».

« L’interaction avec le public, c’est l’essence de ce que je fais », dit celui qui a, par le passé, brandi flûtes, oranges et plats surgelés sur scène pour interpeller les spectateurs.

Il n’y a pas deux soirées identiques avec lui, et les spectacles s’étirent même souvent au-delà du temps prévu.

« L’autre soir, à Sorel, il y a eu un gros sifflement dans les haut-parleurs de la salle, raconte-t-il. Les gens s’en tenaient les oreilles. J’ai surfé sur la vague un bon dix minutes après. Ça a tellement fait rire que les gens pensaient que le sifflement faisait partie du spectacle. C’est exactement ça que je veux : que les gens soient constamment en train de se demander si j’improvise ou si c’est planifié, et si ce que je raconte est vrai ou faux. »

Vous voulez y aller?

Parfa
Olivier Martineau
Du 20 au 24 août, 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée : 37 $