Une fois le processus de création bien amorcé à l'étage supérieur où se côtoient des milliers de livres et de magazines d'art et de photographie, Guy Tremblay poursuit son travail sur le terrain, puis dans sa chambre noire où il multiplie les essais avant de trouver la juste recette pour chaque photo.

Objectif résistance

Guy Tremblay s'inscrit dans la douce résistance et se tient loin des tendances. Pendant que les photographes et leurs clichés voyagent vitesse grand V dans le cyberespace, s'entrecroisent sur les réseaux sociaux, se relancent sur les places publiques virtuelles, lui se terre dans son petit bunker de banlieue, passant de sa chambre noire à son parloir photographique, là où il s'inspire de ceux qui ont défriché sa place au huitième art longtemps boudé de toutes parts.
« Il y a là une certaine forme de résistance aux changements, mais c'est surtout une résistance à l'art actuel, précise Guy Tremblay. Je ne condamne pas l'art actuel et ceux qui le pratiquent, il se fait des choses très bien, mais j'ai le loisir de pouvoir m'en éloigner et je le fais. Je préfère me tenir loin des concepts actuels, ne pas faire comme les autres et prolonger les plaisirs de la chambre noire. Je veux me concentrer là-dessus, parfaire les techniques. Je pense que tout n'a pas été dit, et j'ai envie de prendre le temps qu'il faut avant de parler et d'agir. »
Guy Tremblay aime également les traditions. Celles de la chambre noire qu'il a aménagée chez lui avec minutie, inventivité et quelques achats qui viennent ajouter à la précision et l'efficacité des heures passées sous la lampe inactinique.
Les traditions de la création aussi. Dans son bureau, des milliers de livres et de magazines sont rangés méthodiquement. Il extirpe doucement Passage d'Irving Penn, vénéré parmi les vénérables.
« C'est ici que tout commence », confie Guy Tremblay en empilant lentement au côté de Penn les Emmet Gowin, Mary Ellen Mark, Paul Strand et Max Pam de qui il aime aussi étudier le travail et les techniques.
« J'aime m'inspirer des grands photographes, leur rendre hommage aussi dans mon propre travail », relance Guy Tremblay en soulignant les clins d'oeil à Penn de sa série Les voyageurs qui fera partie de son exposition Résistance, présentée du 17 septembre au 17 décembre au Centre culturel Yvonne L. Bombardier de Valcourt.
Créée pour un projet en Mauricie avec le sculpteur Roger Gaudreau l'an dernier, la série de portraits des Voyageurs a été réalisée avec des autochtones de tous âges selon une technique d'émulsion au platine et au palladium sur papier aquarelle. Elle côtoiera une autre série de portraits, celle-là sous le nom de La familia, de gens de la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue que Tremblay fréquente depuis quelques années déjà avec son objectif.
Résistance se complète des paysages et de la nature de Rebellion, des ruines des quatre coins du monde de Vestiges et de deux triptyques dénonciateurs de l'appropriation du territoire intitulés Défense de passer.
« Ce sont autant de thèmes que j'avais envie d'explorer en utilisant chaque fois des techniques différentes et adaptées précisément à la série. Rien n'est laissé au hasard, que ce soient les sujets, la prise de vue, les techniques, le papier ou l'encadrement. Je suis méthodique, tout est pensé », explique le vétéran photographe depuis quatre décennies déjà.