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arts et spectacles
Objectif Photo Cantons-de-l’Est
Vous l’avez peut-être déjà remarqué... ou peut-être pas : la photo est à l’honneur partout à Sherbrooke en ce moment, mais aussi au-delà. Douze diffuseurs estriens ont décidé de remettre ça et de participer à la deuxième manifestation de l’événement biennal Objectif Photo Cantons-de-l’Est, soulignant le talent de ceux et celles dont la passion ou le métier est de figer le temps sur image. Il y a Parcours Photo de Sherbrooke, qui vient de renouveler ses clichés autour du lac des Nations sur le thème Notre monde : son environnement, la salle du Parvis, qui fête les 40 ans du Club photo de Sherbrooke, la Galerie d’art du Centre culturel, qui reçoit mots et images de Christiane Lahaie... Et de nombreuses autres expositions, déjà installées ou inaugurées prochainement, à Sherbrooke, Valcourt, Stanstead, Racine et Sutton. Bref, les amateurs auront encore une fois tout ce qu’il faut pour se rincer l’œil de clichés exceptionnels, de photos historiques ou de prises de vue artistiques. La Tribune vous présente cette semaine quelques-uns de ces hommes et femmes à l’insatiable cristallin.
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Mario Cyr : 20 000 vues sous les mers

Les images de Mario Cyr ont fait le tour du globe. Celui qu’on décrit souvent comme le Steven Spielberg des profondeurs plonge depuis 44 ans. L’explorateur et directeur photo a pointé la lentille de sa caméra dans toutes les eaux de la planète et dans toutes les conditions. Ses impressionnantes prises de vue sous-marines ont pu être vues dans quelque 150 documentaires produits par de gros joueurs tels que Discovery Channel, National Geographic, IMAX, la BBC et Disney.

On pourra d’ailleurs apprécier quelques-unes de ses prises captées dans ces toutes particulières conditions le long du Parcours Photo Sherbrooke.  

« J’ai fait ma première plongée à l’âge de 16 ans, pour le plaisir du sport. Comme je suis né aux Îles-de-la-Madeleine, j’ai passé mes étés sur la plage, j’ai grandi entouré d’eau. C’est mon monde, mais je n’ai jamais planifié une carrière pareille. Tout ça, c’est arrivé au fil des événements qui se sont emboîtés », explique l’artiste de 60 ans.

C’est un appel du National Geographic, en 1991, qui l’a propulsé dans le métier. « J’avais fait de la captation en eau froide jusqu’alors, mais ce qu’on me proposait là, c’était vraiment autre chose. » 

Autre chose comme une grande première : on lui offrait d’aller filmer les morses en Arctique. L’expérience a été porteuse. D’autres expéditions ont suivi. Dans son viseur, il a vu du spectaculaire, de l’extraordinaire et de l’inédit, qu’il a documenté en images. 

« J’avais la passion et la patience nécessaires pour faire mon chemin dans cet univers. Il faut vraiment aimer ça pour plonger dans tous les contextes et il faut être patient parce qu’on doit souvent retourner à l’eau d’innombrables fois avant d’arriver à saisir l’image qu’on recherche. » 

La technique sous l’eau

Croquer des scènes dans la grande bleue amène son lot d’impératifs techniques. Tous les photographes vous le diront : le petit matin et la fin de journée offrent souvent une lumière optimale. Sous l’eau, c’est plutôt à midi que la luminosité est la meilleure, quand le soleil est au zénith. 

« Il y a des choses qu’on doit faire différemment parce que l’eau agit comme un grand filtre. L’équipement est assez lourd. Il faut avoir le nécessaire pour plonger, mais il faut aussi amener de la lumière supplémentaire, sans quoi on n’est pas capable de rendre fidèlement les couleurs. »

Fasciné par les « grosses bibittes », le plongeur entend se consacrer à la photographie des épaulards et des pieuvres géantes au cours des prochaines années. Il continuera aussi à animer conférences et rencontres scolaires. 


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François Lafrance : faire le plein de lieux vides

Ceux qui connaissent la griffe de François Lafrance percevront rapidement le virage dans la plus récente production du croqueur d’images. Celui qui a souvent choisi les paysages estriens comme inspiration, de même que les ciels nuageux (pour la variété des contrastes qu’ils offrent), se laisse maintenant capter par les lieux urbains, notamment ceux de Montréal. Et alors que la météo était un facteur-clé dans sa décision de sortir figer le temps sur clichés, le photographe se surprend de plus en plus à partir en excursion sans mettre le nez dehors préalablement.

En fait, des six œuvres sélectionnées par le Sherbrookois pour figurer dans la nouvelle exposition de Parcours Photo Sherbrooke, quatre donnent prépondérance au bitume, au béton, au métal ou à la brique. Toutes représentent des lieux fréquentés par l’humain, mais désertés par eux au moment où François Lafrance a appuyé sur le bouton. Dans son cas, le thème de l’exposition Notre monde : son environnement pourrait donc se rehausser des mots « … quand nous ne sommes pas là ».

« Ce sont pourtant tous des endroits susceptibles d’être remplis. Je ne sais pas pourquoi, les lieux désaffectés exercent un pouvoir d’attraction auprès des gens... et spécialement les photographes! Est-ce pour une raison d’état d’âme? Une connexion à l’enfance? Le côté lunaire? Une apparence de fin du monde non annoncée? Je ne suis pas psychanalyste, mais ce sont des lieux à la fois paisibles et étranges. Une étrangeté qui pique la curiosité », constate-t-il, en montrant Limitrophe, une œuvre réalisée juste au pied du fameux silo no 5 du Vieux-Port de Montréal.

« À quelques dizaines de mètres de là, c’est le Vieux-Montréal, où il y a foule, mais à cet endroit précis, personne. On perçoit qu’il y a eu une tentative pour attirer les gens, une sculpture de Roussil se trouve à quelques mètres (elle fait d’ailleurs face à celle de Calder sur l’île Sainte-Hélène), mais personne n’y vient », observe-t-il, notant que, dans ses clichés de campagne, il photographiait aussi des lieux vides d’humains.

Voyage et destination

La nouvelle sélection de François Lafrance est récente. Il a puisé essentiellement dans son corpus des deux dernières années, avec comme objectif de faire naître un propos à partir d’une séquence d’images choisies, même si les six retenues ont été prises indépendamment les unes des autres.

Outre l’absence d’êtres humains (hormis deux personnes au loin, en partie cachées par la brume, au bout d’un quai), on peut aussi observer que les scènes immortalisées sont « sans destination » : une passerelle stoppant au milieu d’un marais, un trottoir de bois se butant au fleuve, un escalier et une bretelle d’autoroute touchant le ciel…

« Mais nos chemins, objecte-t-il, sont souvent aussi intéressants que le point d’arrivée. Quelqu’un m’a d’ailleurs envoyé une phrase (j’oublie l’auteur) que j’ai beaucoup aimée : "Le voyage était devenu la destination." »

Autre élément important dans la pupille de François Lafrance : les lignes géométriques. Par exemple Escale, dans laquelle les fissures de l’asphalte ont été camouflées avec du bitume. « Comme si tout avait été ficelé, recollé, de belle façon. Dans Esquives, j’aime la géométrie non figurative », ajoute-t-il en montrant la diagonale séparant le vert du remblai et le bleu du ciel.

Sans caméras de surveillance 

Pour François Lafrance, la transition du rural vers l’urbain s’est faite naturellement : sa conjointe habite Montréal et est tout aussi éprise de photographie que lui. Leurs week-ends prennent donc souvent l’allure de longues marches en tandem, à la recherche de scènes particulières ou incongrues. Leur passion s’est également exercée dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, lorsqu’ils ont participé aux Rencontres internationales de la photographie de Gaspé.

« Ma blonde Isabelle est tellement enthousiaste qu’on se retrouve dans des endroits où je ne suis pas toujours certain que notre présence est permise. Je me prends parfois à vérifier s’il y a des caméras de surveillance, confie-t-il en riant. Mais il y a beaucoup d’instinct dans la photographie, rappelle-t-il, surtout lors d’un roadtrip. On ne sait pas du tout ce qui va en ressortir. »

« C’est un nouveau terrain de jeu pour moi, que je découvre dans une merveilleuse fluidité, poursuit-il. Je suis en processus de mouvement vers autre chose, vers la question du propos en photographie, laquelle, j’en prends conscience, est un média social extraordinaire pour apporter des idées et faire réfléchir les gens, et je commence à peine à effleurer ces promesses-là. D’ailleurs, lorsqu’il y a des personnes autour qui te voient prendre une photo, elles s’intéressent à ton sujet et le dialogue s’engage. »

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40 ans du club photo de Sherbrooke : des diapositives au numérique

On réalise à quel point le temps est passé depuis la fondation du Club Photo de Sherbrooke dès que l’on regarde l’affiche du tout premier événement organisé par le regroupement, en 1979 : ce qui s’appelait alors la SAPE (Société des arts photographiques de l’Estrie) avait lancé le tout premier Salon international de... diapositives couleur! Le président-fondateur, Jean-Claude Menneron, avait tout de même réussi à recruter 850 photographes de 35 pays différents, qui présentèrent 3475 de ces minuscules clichés.

Quatre décennies plus tard, non seulement le Club Photo de Sherbrooke existe toujours (contrairement aux diapositives), avec des effectifs variant entre 70 et 80 membres selon les années, mais il s’apprête à clore les activités de son 40e anniversaire par une exposition au Parvis, mais aussi une présence à la nouvelle cuvée du Parcours Photo Sherbrooke, sur le thème Notre monde : son environnement. Une dizaine de clichés, réalisés par huit membres, ont été retenus.

En fait, dès la première édition en 2017, le club a été associé au Parcours Photo Sherbrooke. Il faut dire qu’un des fondateurs du Parcours, René Houle, fait aussi partie du club, d’où l’étroite collaboration entre les deux depuis le commencement, pour aider au développement de ce nouvel espace d’exposition extérieur.

« Il s’agit en fait de la dernière année d’un partenariat de trois ans », précise la présidente Anne-Josée Beaudoin, soulignant, avec ses collègues Pierre Vignau et Francine Ostiguy, les bons commentaires récoltés auprès des visiteurs depuis 2017.

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Christiane Lahaie, femme de lettres et d’images

On connaît déjà le talent d’auteure de Christiane Lahaie. On découvrira bientôt son savoir-faire photographique : l’écrivaine et professeure de création littéraire et de cinéma expose ses images pour une première fois.

« C’est une première, mais en fait, ça fait 30 ans que j’attends ce moment », dit celle qui est aussi directrice du département des arts, langues et littératures de l’Université de Sherbrooke. 

C’est Suzanne Pressé, coordonnatrice des expositions et de l’animation à la Galerie d’art du Centre culturel, qui a proposé l’espace Découverte à l’enseignante.

« J’ai réfléchi deux nanosecondes avant de dire oui », dit celle qui s’adonne à la photographie depuis de très nombreuses années, suffisamment pour avoir déjà développé ses clichés en chambre noire. 

« Je suis très visuelle. J’ai même déjà fait un film de fiction en format 16mm, lorsque j’avais 17 ans. Les arts occupent une grande place dans ma vie depuis longtemps. Je raconte des histoires avec les mots, mais j’aime aussi utiliser les images. C’est une démarche différente, un langage autre qui permet d’aller ailleurs. »

Dix-huit photographies tissent le parcours que l’artiste a imaginé. Certaines ont été un peu retouchées, d’autres pas. Toutes sont imprimées sur papier glacé et collées sur des panneaux de bois peints en blanc. 

« Je voulais que ça ressemble à de vieilles photographies qu’on aurait retirées d’un album. C’est un projet unifié de l’ordre du fragment, pour lequel j’ai fait le choix du noir et blanc. Certaines photos ont été prises ces dernières années, mais j’ai réalisé la plupart des clichés au cours de l’été. »

Le thème de la mémoire a été un précieux fil d’Ariane, le lien entre toutes les images. 

« La mémoire, c’est une étrange mécanique. On ne se souvient pas d’une chose en particulier, mais plutôt d’un rappel. Une odeur ou une chanson va nous catapulter, de façon tout à fait inattendue, dans le souvenir d’un moment passé. J’ai donc voulu créer des images évocatrices mais imprécises en même temps. On ne sait pas toujours ce qui figure sur la photo et c’est voulu. » 

Parce que la mémoire s’effrite et se détricote au fil du temps. Elle nous joue des tours, aussi, et nous surprend par la beauté qu’elle réveille autant que par le flou dont elle est souvent nimbée.

Des mots et des lettres

Les mises en scène que Christiane Lahaie a immortalisées mettent souvent des objets en exergue. Des trucs qui témoignent d’un hier plus ou moins lointain.