Pour son exposition Nous sommes tous des brigands / We Are All Robbers, présentée au MBAS jusqu’en février 2020, l’artiste montréalaise Karen Tam a notamment créé l’oeuvre From Yiwu to You, une superbe murale en cyanotype (une technique de photographie) qui raconte la longue route de la soie. Elle est ici en compagnie du commissaire Marcel Blouin.

Nous sommes tous des brigands : Art, histoire et « chinoiseries »

Née à Montréal de parents d’origine chinoise, l’artiste Karen Tam s’intéresse depuis près de dix ans à la vision occidentale de la culture de ses ancêtres. Sa plus récente exposition, Nous sommes tous des brigands, évoque avec humour et sensibilité cette idée que, tous, nous empruntons aux autres cultures.

« Si on devait résumer de façon très simple, on dirait que c’est une installation qui combat le racisme. Le titre de l’expo est à la fois une blague et un constat : depuis la nuit des temps, les sociétés s’influencent mutuellement, chaque culture pige dans celle des autres pour créer et innover », exprime Marcel Blouin, commissaire de l’exposition mise en circulation par le Centre d’exposition de Saint-Hyacinthe Expression.  

Le thème, sérieux, est présenté sans lourdeur. Avec douceur, même. 

« C’est un propos assez grave, mais l’art contemporain permet de l’aborder avec délicatesse, justement », note M. Blouin.  

Tout est dans le souci du détail et la finesse de l’aménagement de l’espace. Ainsi que dans la réflexion qui sous-tend la création. 

« Il y a quelque chose d’universel dans ce thème. Même comme artiste, on est inspiré par différentes approches, divers courants, d’autres personnes », assume Karen Tam.  

Parfum de Chine

Sous un éclairage tamisé, derrière l’arche chinoise en bois travaillé, on aperçoit lanternes asiatiques, colorés fanions au plafond, objets variés aux couleurs de l’Orient. Nous voilà en Chine. Ou presque. L’écrin muséal est magnifiquement habité par tous ces éléments qui évoquent la culture millénaire. C’est un cliché, mais on viendrait quasiment prendre le thé dans ce chaleureux cocon habillé d’objets de toutes sortes. Certains proviennent de la collection familiale de Karen Tam, d’autres ont été empruntés au Musée de la civilisation. D’autres, encore, sont des œuvres originales de l’artiste, qui a notamment créé des vases en papier mâché et une superbe murale en cyanotype (une technique de photographie) qui raconte la longue route de la soie. 

« C’est symbolique parce que c’est une voie qui a permis le déplacement d’idées et d’objets pendant des siècles », souligne l’artiste québécoise.

Bâtie comme une mosaïque de faïence bleutée à l’aide d’hexagones de papier, l’œuvre From Yiwu to You est remplie de références historiques et mythologiques. Immense, elle se déploie sur trois pans de murs. Et elle n’est pas terminée. 

« J’y travaille depuis 2016 et j’ajoute encore des carreaux », souligne l’artiste détentrice d’une maîtrise en arts visuels (Institut d’art de Chicago) et d’un doctorat en études culturelles (Université de Londres).  

Acheter un petit Chinois

Des éléments contemporains se glissent aussi dans certaines de ses œuvres. On pense ici au ballon de football américain qui voisine un dragon chinois sur une création en papier mâché. 

Les différents espaces aménagés, pensés dans le menu détail, permettent de se promener dans autant d’univers. Le trait commun entre tous, ce sont les « chinoiseries » qui s’y voisinent. Bibelots, sculptures, pagodes, éléments décoratifs, cartes et créations variées nous font bien sûr voyager. Ils nous replongent aussi parfois dans un passé pas si lointain, qui semble pourtant à bonne distance de notre XXIe siècle. On n’a qu’à se remémorer l’époque où l’on pouvait, au Québec, « acheter un petit chinois », en vertu d’une campagne pilotée par les missionnaires qui œuvraient à évangéliser les peuples à l’étranger. 

« Il y a eu toutes sortes de phases dans notre rapport avec la Chine. Le regard qu’on a posé sur ce peuple a suivi le cours de l’histoire. Il y a eu des moments moins glorieux, je pense par exemple à la guerre de l’opium, qui s’est traduite en un siècle d’humiliation imposée aux Chinois par les Européens. Maintenant, alors que la Chine fait partie des puissances mondiales en ascension, les rapports de force changent. Le travail de Karen apporte un éclairage intéressant, il reconnaît et célèbre la richesse de la diversité culturelle », insiste M. Blouin. 

Vous voulez y aller? 

Nous sommes tous des brigands / We Are All Robbers

Karen Tam

Musée des beaux-arts de Sherbrooke

Jusqu’au 2 février 2020