La troupe de danseurs était du début à la fin l’un des points forts du spectacle, dont la première sherbrookoise a eu lieu jeudi au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke.

Notre-Dame de Paris : comme en 1998

On l’a su dès le départ, alors que le poète Gringoire a entonné « Le temps des cathédrales » : la version 2018 de Notre-Dame de Paris n’allait pas être une piètre imitation de la version originale, que plusieurs Québécois ont vue en 1998 (et dont les enfants ont été nombreux à écouter le disque en boucle).

Alors que l’interprète Richard Charest a ouvert le bal en séduisant le public par sa voix puissante et son charisme, le décor autour de lui s’est animé, et on a reconnu parfaitement l’ambiance du spectacle initial. Une gargouille est descendue du plafond pour se poser sur l’un des gros piliers de la cathédrale, le mur du fond s’est fait escalader et les « sans-papiers » gisaient par terre, prêts à prendre la relève dès que Gringoire allait proclamer que « la fin de ce monde est prévue pour l’an deux mille ».

La troupe de danseurs était d’ailleurs du début à la fin l’un des points forts du spectacle, dont la première sherbrookoise a eu lieu jeudi au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke.

Ceux-ci débordaient d’énergie (particulièrement sur Les Sans-papiers, La Fête des fous, La Cour des miracles, Le Val d’amour ou encore L’Attaque de Notre-Dame), et les numéros de voltige (comme Les Cloches) étaient magnifiques. Les chorégraphies, probablement réglées au quart de tour, réussissent à donner l’impression d’un chaos, et les accessoires utilisés (comme dans la version originale : des barrières et planches sur roulettes, des matelas, des matraques) permettaient de suivre aisément la trame narrative partagée entre le chant et la danse.

Le jeu de la comparaison

Les artistes qui interprètent les personnages principaux se prêtent un peu malgré eux au jeu de la comparaison, et y réussissent plutôt bien.

Daniel Lavoie est le seul de la distribution originale à être de retour, dans le rôle de Frollo, archidiacre de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Les vingt ans qu’il a pris depuis le rendent encore plus crédible dans son personnage d’homme religieux torturé par son désir envers Esmeralda et la culpabilité qui l’accompagne. Dans Tu vas me détruire, qu’il chante crispé, raide comme une barre, on sent la souffrance émaner de lui alors que les piliers de la cathédrale se referment littéralement sur lui, menaçant de l’écraser.

Pour jouer le bossu Quasimodo, sonneur de cloches de Notre-Dame, le choix de la production s’est porté sur Angelo Del Vecchio, qui ne lésine pas dans le pathos, marchant courbé, les traits du visage constamment convulsés, tantôt attaché à une roue, tantôt recroquevillé contre une gargouille. Et surtout, on le murmurait un peu partout dans la salle : il avait réussi, il l’avait, « LA voix de Quasimodo ».

La voix d’Hiba Tawaji, interprète d’Esmeralda, a été amplement mise en valeur tout au long de la quinzaine de chansons dans lesquelles elle intervenait. Elle a particulièrement rempli la salle lorsqu’elle interprétait Vivre, seule sur scène, juchée sur une colonne.

Richard Charest, dont on a parlé plus tôt, n’a pour sa part rien à envier à Bruno Pelletier (le Gringoire original). Sa voix puissante, son jeu touchant et son charisme ont séduit le public dès le départ, et il brillera tout particulièrement dans l’Acte 1.

Le chanteur Jay, qui tenait le rôle de Clopin, le rendait bien, tout particulièrement grâce à son énergie lors des scènes où il était à la tête des sans-papiers. Peut-être à cause de la forte musique qui l’accompagnait, il était difficile à quelques moments d’entendre toutes ses paroles.

Le Phœbus de Martin Giroux était de son côté brillant lors des scènes de bataille et surtout pendant sa magnifique interprétation de Déchiré.

La Fleur-de-Lys interprétée par Valérie Carpentier était plutôt discrète, mais a repris du coffre et a été à son meilleur dans sa seule pièce solo, La Monture, où elle oscille entre la jalousie et l’amour pour Phœbus.

C’est Hiba Tawaji qui interprétait le rôle d’Esmeralda.

Notre-Dame en 2018

Beaucoup de choses ont déjà été dites à propos de cette comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante et du roman de Victor Hugo dont elle tire son origine.

A-t-elle bien vieilli, pour être présentée en 2018?

Globalement, oui. Les sans-papiers et les enjeux qu’ils soulèvent sont absolument d’actualité, et les déchirements intérieurs des personnages sont intemporels.

On regrette par contre le peu de relief des deux personnages féminins. Fleur-de-Lys a un petit rôle, donc c’est compréhensible. Mais Esmeralda, qui soulève pourtant les passions de tous les personnages masculins, se révèle assez peu dans son caractère, supposément libre tout en dépendant à peu près tout le temps des actions des hommes pour vivre son histoire.

Les passions masculines exprimées dans la pièce – amour, désir, culpabilité – donneront d’ailleurs systématiquement lieu aux meilleures scènes, avec des mises en scène magnifiques (comme dans Belle, l’un des clous du spectacle) alors que celles des femmes laisseront un peu plus froid (comme le duo Beau comme le soleil, qui peine à expliquer pourquoi ces deux femmes aiment tant Phœbus).

Cela étant dit, la version 2018 est fidèle à l’originale, a complètement séduit le public jeudi et fait honneur à ce classique qui occupe une place de choix dans le répertoire du Québec.

Trois autres représentations de Notre-Dame de Paris se tiendront au Centre culturel de Sherbrooke : vendredi à 20 h (complet) et samedi à 15 h et 20 h.