Né de la réunion de Ian Kelly, Rick Haworth, Sylvain Clavette et Mario Légaré (ces deux derniers sont absents sur la photo), M. Chandler est un projet musical sans stress mais qui fait mouche autant sur les ondes radio que sur scène.

Musique sans stress... et sans miniputt

C’est Ian Kelly qui a le premier suggéré l’idée d’un trip (musical) à quatre. Il avait entendu le guitariste Rick Haworth, le batteur Sylvain Clavette et le bassiste Mario Légaré jouer ensemble. Les vétérans du Magneto Trio avaient un son qui leur était propre, « une vibe unique ».

« Leur musique me rejoignait. Et j’y voyais un espace pour glisser une piste vocale. »

La main tendue tombait pile.

« Moi, ça faisait un bout de temps que je me disais que ce serait l’fun de sortir un peu de l’instrumental, raconte Rick. On est allés chez Ian. On jasait dans sa cuisine quand il nous a invités à visiter son studio. On est descendus dans le sous-sol et là… wow! »

Le studio en question est un ajout à la maison. Les musiciens s’y sont tout de suite sentis comme chez eux.

« C’est un endroit hyper confortable, avec de la lumière, de l’espace. C’était évident que j’avais le goût de venir y jouer de la guitare », se souvient Rick.

Les quatre compères se sont installés dans le chaleureux cocon de Morin-Heights « comme un band habitué de jouer ensemble ». Il n’y avait rien d’écrit, il n’y avait pas de partitions.

Et pas davantage de pression.

« On n’avait pas d’attentes, on ne se lançait pas là-dedans avec l’obligation de sortir un disque, résume Ian. Personnellement, j’ai toujours traité ce projet-là comme un hobby. C’était le plaisir de jouer de la musique qui nous guidait. »

Les quatre mousquetaires musiciens ont vite réalisé que le courant passait. Un son folk pop planant s’est vite dessiné et plusieurs chansons sont nées au cours de ces inspirées séances.

Prof de guitare

« Il y a beaucoup de choses qui sont sur le disque qu’on a enregistrées à ce moment-là et qu’on a gardées parce que tout était déjà là, dit Ian. C’est la première fois que je faisais un disque de cette façon. »

« On a vraiment composé à quatre, souligne Rick. Tout le monde était engagé. J’ai été étonné de voir avec quelle facilité Ian s’est inséré dans notre bulle à nous. On a l’habitude d’accompagner des chanteurs, mais là, c’était autre chose. »

« C’est parce que ce n’était pas mon projet ni celui du Magneto Trio. C’était une nouvelle entité musicale », renchérit Ian.

Le quatuor a choisi de nommer cette nouvelle entité M. Chandler (prononcez Monsieur Chandler). Pourquoi? L’histoire varie d’une entrevue à l’autre. « C’est souvent un petit peu romancé », concèdent les deux amis.

D’autres fois, ça l’est beaucoup.

« On peut voir ça comme un hommage au groupe Lynyrd Skynyrd. Les membres avaient choisi ce nom parce que c’était celui d’un professeur d’éducation physique qui ne les aimait pas. De mon côté, M. Chandler, c’est le seul prof de guitare que j’ai eu de ma vie qui m’a dit que je n’avais aucun avenir en musique. »

Silence perplexe, sourire en coin. L’origine de M. Chandler restera un mystère. Les chansons du groupe, elles, font du chemin. Vieillir à mort s’est même fait repêcher par les stations radiophoniques. Le premier extrait a beaucoup tourné.

Birdie album

« Ça fait 1000 ans que je fais ce job-là, et j’ai encore un buzz lorsque j’entends nos chansons à la radio. On s’est lancé là-dedans sans attentes. Et sans faire de compromis. Mais en même temps, on a eu le souci de respecter une certaine structure. Les chansons sont longues, mais le résultat n’est pas hermétique. On ne voulait pas faire un album de miniputt. »

Un album de miniputt? Pas besoin de poser la question, Rick Haworth enchaîne et explique l’image.

« Le miniputt, c’est l’fun à jouer, mais c’est ben plate à regarder à la télé. En musique, des fois, c’est pareil. Tu peux avoir beaucoup de plaisir à jouer une partition comme musicien, mais cette partition-là peut être plate pour le public. »

Une fois les mélodies trouvées, il fallait encore coucher des mots au-dessus des portées.

« Naturellement, j’ai plutôt tendance à glisser vers l’anglais. C’est Rick qui m’a suggéré d’écrire en français. Et il avait raison. C’est venu donner une couleur particulière à nos chansons », raconte Ian.

Les textes se sont enchaînés avec naturel. On y reconnaît la griffe de Kelly, qui y parle du passage des saisons, de l’usure du temps, de l’amour et de ses différents visages, des enfants qui magnifient le parcours et le paysage.

Dangereux micro

« Ce sont des thèmes qui reviennent souvent dans mes chansons, peut-être parce que j’ai quatre enfants. Je les regarde grandir, je vois que le temps passe vite. Tout ça, ce sont mes petites préoccupations, mais c’est universel, au fond. Le temps qu’on a, celui qu’on passe avec les gens qu’on aime, je pense qu’il n’y a que ça de précieux. Il y a aussi qu’avec Rick, Sylvain et Mario, la conversation est souvent ponctuée de jokes autour de l’âge et des années qui filent au compteur! »

Franche rigolade autour de la table. La complicité entre les musiciens est manifeste tout au long de la discussion, qui prend différents chemins de traverse. Boutades et sujets sérieux s’entrelacent avec naturel.

Sur scène, c’est cette même chimie qui opère.

« On montre l’univers de Ian, puis celui de Magneto avant de proposer les chansons de M. Chandler », résume Rick.

« Je trouve ça vraiment l’fun de partager la lumière avec d’autres. Ce n’est pas moi qui mène la patente, c’est vraiment un truc de gang. J’ai l’habitude d’avoir du monde qui me suit. Là, ce n’est pas ça du tout. C’est plutôt moi qui suis! Ça change la dynamique et c’est formidable! »

Les trois routiers du Magneto ont aussi eu à revoir leur façon de faire.

« Nous, on a l’habitude d’accompagner des artistes sur scène, mais avec M. Chandler, notre rôle est autre, explique Rick. Il faut prendre davantage d’espace. Ils m’ont même donné un micro! C’est un truc très dangereux, parce que lorsque je suis nerveux, je parle beaucoup… »

Vous voulez y aller?

M. Chandler
Samedi 9 mars, 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée : 38 $