« À Montréal, tu as des distractions parce que tu habites là, mais ici, tu peux les laisser derrière », explique Francis Ledoux, percussionniste du groupe Emilie & Ogden, qui enregistre cet hiver son premier album au Studio B-12, à Valcourt. Le groupe, composé de Jean-Bruno Pinard, Jesse MacCormack, Francis Ledoux et d'Émilie Khan, aime cette expérience immersive et créative à la campagne.

Musique, maison et magie

Imaginez une immense maison construite en 1969, dans les bois de Valcourt. Le soleil entre sans se gêner par les grandes fenêtres, les plafonds sont hauts et le nombre de pièces, difficile à calculer. En plus, c'est le célèbre Jacques de Blois, reconnu pour son style moderne, qui en est l'architecte.
Imaginez maintenant que cette maison se transforme en un studio de musique. C'est le rêve de plusieurs musiciens, mais surtout celui qu'a réalisé le président et directeur général de la boîte de développement culturel L-A-BE, Louis-Armand Bombardier.
« J'ai grandi en partie dans la demeure. C'est la maison de mes parents. Quand j'étais jeune, je jouais de la musique, puis j'ai étudié pour devenir ingénieur de son. La maison en tant que telle a déjà des caractéristiques idéales pour le son, je l'ai toujours trouvée assez inspirante », se remémore-t-il.
«Gérer la patente»
Aujourd'hui, le musicien Éric Rathé est le gardien du Studio B-12, inspiré de celui qu'André Perry et Nick Blagona ont déjà eu dans une maison de Morin-Heights. « Mon rôle, c'est de gérer la patente et, de temps en temps, de servir d'ingénieur de son », rigole-t-il.
En plus d'y habiter, il y a aussi enregistré quelques chansons avec son groupe, The Blue Seeds.
« Il y a plein de pièces avec une géométrie unique. C'est le son des pièces qui attire le monde. Ça, c'est impossible à avoir de nos jours », confie-t-il.
Ouvert en juin dernier, le Studio B-12 commence à faire parler de lui. Bob Bissonnette et A Silver Mt. Zion y sont passés, Misteur Valaire y a tenu un « lac-à-l'épaule » et bientôt, ce sera au tour des Lost Fingers.
C'est aussi le studio où s'est rendu le groupe montréalais Emilie & Ogden pour l'enregistrement de son premier album, produit par L-A-Be. Si l'album promet d'être plus agressif que le minialbum enregistré dans le studio du réalisateur et bassiste Jesse MacCormack, son passage au Studio B-12, lui, respire plutôt la tranquillité.
« Ici, tu es submergé dans le projet. Tu penses juste à ça. Il y a un sens de la famille qui se crée aussi, on suit un mode de vie en ayant un but », raconte la chanteuse, Émilie Kahn.
Le folk au sous-sol
Sa harpe - Ogden, c'est elle! - attend dans l'une des petites pièces, au sous-sol, où sont enregistrées ses mélodies folk. À travers la vitre de « sa » chambre, on y aperçoit la batterie et les autres instruments, installés dans l'aire ouverte de la maison.
C'est que la plupart des pièces, au Studio B-12, sont réservées à la musique. L'idée est que chaque artiste puisse y faire des découvertes, à son propre rythme. « Veut veut pas, la musique ou l'art, ça mijote. Tu soupes, tu jases de musique, tu prends une bière. Ça avance beaucoup plus vite et ça crée de belles choses », constate Éric Rathé.
Louis-Armand Bombardier a d'ailleurs l'intention de faire de la demeure « une maison créative sous toutes ses formes ». Surtout, il souhaite élargir le nombre de personnes qui y auront accès.
Déjà, le Festival international de la chanson de Granby et les Correspondances d'Eastman ont été approchés. « Nous sommes peut-être naïfs, mais c'est surtout la magie de la création que nous voulons faire vivre », rêve-t-il encore.