Musique d'ici, influences d'ailleurs

Sur l'album Tempo des frontières, Matthieu Paré joue d'une guitare flamenco qu'il a achetée en Espagne. C'est ce même instrument qui lui a permis, un jour dans le désert du Sahara, d'échanger avec des gens avec qui il ne pouvait communiquer que par la musique.
C'est grâce à des éléments comme celui-ci que le tout premier opus du groupe sherbrookois les Voyageurs Nus est imprégné d'influences de musique provenant de partout à travers le monde. « On fait de la musique québécoise, avec une influence du monde », décrit simplement Matthieu Paré, chanteur et guitariste de l'ensemble qui compte sept musiciens.
Ceux-ci sont tous, comme le nom de la formation le laisse deviner, des voyageurs. À travers leurs pérégrinations, ils ont ressenti les différents rythmes qui habitent les pays, que ce soit dans leur musique ou dans le mode de vie de leurs habitants. D'où le titre de l'album. « C'est l'idée qu'on s'imprègne à chaque frontière qu'on traverse des tempos différents », poursuit le chanteur.
Sur le disque, les frontières ne sont pas nettes; on passe d'une chanson à l'autre sans trop s'en rendre compte. « Notre vision était d'avoir un album qui s'écoute d'un bout à l'autre, pas treize chansons séparées », explique le pianiste de l'ensemble, Jean Théberge. On glisse donc du Liban, avec la chanson Point du jour, qui débute par un « Salam Aleikoum », jusqu'à un tout inclus sur une plage du Mexique avec Todo incluido, en passant... par notre coin de pays, avec la chanson instrumentale Cantons-de-l'Est.
Le fil conducteur : le rock festif de l'ensemble, constitué du classique quatuor guitare-basse-percussions-voix auquel on a ajouté du piano et une section de cuivres.
Quelques chansons parlent d'amour ou de voyages, mais certains textes sont également plus engagés. Ces pistes, à l'image de certaines chansons des Colocs ou de Jean Leloup, abordent des sujets graves tout en nous faisant danser. « On fait de la musique festive même lorsque les propos sont plus engagés », lance Matthieu Paré. « Je n'essaie pas d'apprendre des choses aux gens avec ces textes, mais bien de me libérer, de m'engager. Pourquoi ne pas utiliser la musique pour faire passer les messages que je porte? » Ainsi, ces textes dénoncent les inégalités sociales, plus particulièrement les situations vécues dans les tout inclus, les mégaproductions hollywoodiennes ou encore le fait que le monde « devient plastique », s'éloigne de la nature.
Un fait cocasse au passage : nos grands voyageurs tiennent leurs séances de pratique... à la prison Winters! C'est ce local qui a inspiré son nom à une courte piste qui sert de pont entre deux chansons, Cellule no.7 : Paul the Stretcher...
Le groupe donne des spectacles festifs depuis un bon moment déjà. Pour le lancement de l'album, qui aura lieu ce vendredi soir, les membres ont choisi de donner un spectacle-concept, un voyage de train métaphorique qui amènera les spectateurs du Liban jusqu'au Mexique, exactement comme sur l'album. Les musiciens se transformeront pour l'occasion en personnages colorés : chauffeurs de train, douaniers ou voyageurs.
Comme le train part à 21 h tapantes au Boquébière, on suggère aux passagers d'arriver à l'avance, histoire de s'installer confortablement pour le voyage...