Ennio Morricone dirigeant une anthologie de ses grands succès en 2006 au festival de cinéma de Rome. Une compilation sera mise en vente vendredi.
Ennio Morricone dirigeant une anthologie de ses grands succès en 2006 au festival de cinéma de Rome. Une compilation sera mise en vente vendredi.

Morricone: un coffret pistolero pour célébrer le Maestro

PARIS — Des B.O. magistrales de westerns signées d’Ennio Morricone, sources d’inspiration de tant de musiciens, de Jean-Michel Jarre à Metallica, sont réunies dans un coffret De Sergio Leone à Quentin Tarantino, qui sortira dès vendredi, seulement quelques jours après son décès.

Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, Le bon, la brute et le truand, Il était une fois dans l’Ouest côté Leone et Les huit enragés de Tarantino... Cette compilation de quatre CD et un vinyle, dont la sortie étaient prévue de longue date, ne représente qu’une petite partie de l’œuvre — plus de 500 musiques de films — du compositeur disparu dans la nuit de dimanche à lundi.

«Pour une intégrale, il faudrait une armoire normande!» acquiesce auprès de l’AFP Stéphane Lerouge, à la baguette de cette sortie chez Universal, également derrière une somme de 18 CD parue l’an dernier et qui travaille à un volume 2 de 12 CD pour tenter de cerner le «Maestro», comme il aimait être appelé.

Ce dernier a en effet touché à tous les genres — «Pasolini, De Palma ou la Cage aux folles», synthétise Lerouge. Mais le western — Morricone n’aimait pas l’expression western-spaghetti — reste la porte d’entrée et la référence pour son style unique.

«J’ai connu Morricone avec les westerns de Leone, j’ai dû les voir plus de 20 fois chacun, à chaque fois pour la musique», se souvient pour l’AFP Jean-Michel Jarre, qui décrit le compositeur italien comme «une source d’inspiration constante».

«Cinéaste invisible» 

«Morricone a eu une influence majeure sur tous les genres de musique, bien au-delà des musiques de film: Metallica commence ses concerts avec un de ses morceaux (The Ecstasy of Gold, tiré de la B.O. de Le bon, la brute et le truand)», signale Jarre.

«Au bout de 10 secondes d’une musique de film, on sait que c’est la sienne, de quel film il s’agit, on voit les images, poursuit Jarre. Dans le cas de mon père [Maurice Jarre] aussi, comme pour Le docteur Jivago ou Lawrence d’Arabie. Mais chez Morricone, il y a ces alliages, comme associer une guimbarde, une guitare électrique, des chœurs d’orchestre.»

Le génie du duo Morricone-Leone, c’est de «travailler et d’enregistrer en amont la musique, lâchée ensuite en plateau au moment de tourner les scènes», comme le rappelle Stéphane Lerouge. «Claudia Cardinale m’avait dit qu’elle avait été dirigée par deux personnes, le cinéaste Sergio Leone et Ennio Morricone, le cinéaste invisible», poursuit le spécialiste.

Leone et Morricone, c’est un énorme clin d’œil du destin. Le compositeur, «né au moment de l’apparition du cinéma parlant, n’a jamais envisagé de faire du cinéma, mais il est happé», résume Lerouge. Quand il rencontre Leone, «les deux hommes se rendent compte qu’ils ont été à l’école primaire ensemble 35 ans avant, c’est du fou furieux!»

«Double rencontre miraculeuse»

Morricone comprend tout de suite «que Leone n’attend pas un pastiche des musiques hollywoodiennes, mais qu’il faut réinventer quelque chose, intégrer exagération, ironie et aller vers le lyrisme», décrypte encore Lerouge.

La fin de l’histoire s’écrit donc avec Tarantino. «Ils se frôlent à plusieurs reprises. Morricone hésite pour Django puis lui écrit finalement une chanson. Pour Les huit enragés, il hésite encore mais son entourage le convainc en lui disant qu’il est le seul qui peut faire admettre au réalisateur l’idée d’une musique originale, pas seulement de manipuler une musique préexistante», conte Lerouge.

«C’est une double rencontre miraculeuse, Tarantino ramène Morricone à son propre passé et Morricone convertit Tarantino aux vertus de la musique de film originale», analyse le spécialiste des B.O. chez Universal. À la clé, un second Oscar pour Morricone, après une première statuette d’honneur.

«Ennio Morricone est mon compositeur préféré, glisse Tarantino dans le livret du coffret. Je le place à côté de Mozart, Beethoven et Schubert. C’est plus qu’un compositeur, c’est une légende.»