Marine Clément-Colson se passionne pour la « streetphotography », par exemple ce cliché montrant des enfants à Madagascar.

Montrer le beau de l’Afrique

Marine Clément-Colson a 23 ans. Durant les deux dernières années, elle n’a passé que trois mois au Québec, le reste du temps découvrant les paysages et les visages de l’Afrique à travers la lentille de sa caméra.

Partie pour la Côte d’Ivoire à la fin du mois d’octobre, la jeune femme qui a grandi à Ham-Sud et à Saint-Camille commence à réaliser – avec toute la joie du monde – qu’elle peut vivre de sa passion pour la photographie.

« Avant je n’osais pas m’avouer que ça pourrait être mon métier. Je le faisais, et je le fais encore, pour le plaisir et la beauté, mais maintenant je réalise que je peux en vivre », confie-t-elle en direct du continent africain.

Une place pour un stage à l’étranger qui se libère à la dernière minute et une destination plus ou moins choisie plus tard, l’étudiante en communication de l’Université de Sherbrooke se retrouvait à l’Île de la Réunion en tant que journaliste reporter d’images (JRI) et cadreuse monteuse. Son mandat était alors de faire rayonner l’île à travers ses reportages.

« On avait aussi place à la critique, comme un reportage que j’ai réalisé qui traitait de la détérioration et du blanchissement des coraux qui venait pour moi marquer un vrai accomplissement ou boucler la boucle d’un déclic que j’ai eu au Québec de vouloir que mon art serve vraiment à quelque chose, pour informer, aider, faire avancer la société », raconte Marine. 

Si ce premier séjour Afrique devait durer quatre mois, elle a finalement quitté le continent seulement un an plus tard.

« J’ai aimé mon mandat pour la télé, mais il y avait des contraintes. Donc avec un ami preneur de son, on a décidé de se rendre à Madagascar par la suite pour faire d’autres reportages », explique la jeune femme qui affectionne particulièrement les portraits et la photographie de rue.

C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait lors de sa première journée à Madagascar : prendre des photos des gens dans la rue, dans leur quotidien. « Finalement, on est resté coincé dans ce village pendant quatre jours et j’ai pu apprendre à connaître ces personnes que j’ai prises en photo. J’ai d’ailleurs réalisé une série de portraits avec eux », raconte-t-elle au sujet de ce moment qui a été pour elle un moment clé dans sa volonté de poursuivre dans le reportage et la photographie.

Culture africaine

Pour elle, il est important de montrer un visage positif de l’Afrique et de sa culture unique. Sans nier les problématiques du continent noir, elle estime qu’il y a aussi beaucoup de belles choses qui valent la peine d’être montrées.

« Oui, il y a de la pauvreté, mais ce n’est pas ce que l’Occident a besoin de voir. L’Afrique a de la valeur et il faut le montrer. C’est aussi important que les Africains s’en rendent compte », confie la photographe.

« À Madagascar, quand les gens me voyaient avec ma caméra, ils me demandaient si je venais filmer leur pauvreté », ajoute-t-elle avec désarroi.

Marine Clément-Colson se donne donc pour mission de montrer le beau et le bon. Comme son reportage sur la fabrication du café dans la culture malgache. Ou encore ce festival d’arts de la rue en Côte d’Ivoire. Tout le village avait été décoré pour l’occasion par une vingtaine d’artistes africains. « Un moment tout à fait inspirant. L’art c’est important, l’art ce n’est pas discriminatoire. Tout le monde peut le faire avec peu de moyens et ça peut permettre de faire de grandes choses », selon elle.

Plus tard durant son mandat qui durera deux mois, elle participera aussi à un festival sur le développement des technologies. Marine aura aussi la chance d’explorer le pays à son gré durant ses temps libres. Elle prévoit notamment visiter un artisan de chocolat et « créer des projets personnels où [elle a] la liberté de faire selon [sa] vision ».

Marine Clément-Colson et son collègue Sebastien Kahn ont réalisé une série de portraits dans un village de Madagascar.

Un voyage pas toujours rose

Bien que l’Afrique puisse en inquiéter quelques-uns avec sa pauvreté et sa criminalité, Marine Clément-Colson ne se laisse pas freiner. Ses aventures ont parfois été parsemées d’embûches, mais ça en valait toujours le coup, assure-t-elle.

« Je constate la pauvreté et la violence, mais je ne m’en fais pas avec ça, même si parfois ça peut être risqué de sortir mon appareil photo en public et de me le faire voler. » Elle avoue aussi avoir eu une petite frousse alors qu’elle a dû passer la nuit dans un hamac en pleine brousse.

Alors qu’elle filmait un reportage sur les lémuriens dans un parc national de Madagascar, Marine Clément-Colson a aussi constaté les problèmes de liberté de presse auxquels se butent constamment les journalistes en Afrique. Même avec toutes les autorisations requises, ses collègues et elles ressentaient une pression pour quitter les lieux.

« C’est gros comme mot, mais on vivait du harcèlement psychologique. Ils venaient constamment nous voir pour remettre en question ce qu’on faisait et nous dire de partir. On avait une entente avec eux pour la nourriture, mais ils nous rationnaient. Le matin, on avait une tranche de pain blanc et du thé », rapporte-t-elle.

Épuisés, ils ont finalement décidé de partir. Ils allaient recevoir quelques jours plus tard des menaces d’envoyer des gens à leurs trousses s’ils n’envoyaient pas un montant d’argent, qu’ils ne devaient même pas d’ailleurs.

Ailleurs comme chez elle

Malgré cela et malgré les moments de remise en question, Marine Clément-Colson n’hésite pas bien longtemps à continuer sa mission lorsqu’elle constate les retombées que son travail peut avoir. Déjà lors de son bref retour de trois mois au Québec, elle a pu voir l’impact positif des images qu’elles avaient ramenées.

 « Même si parfois je me demande ce que je fais à l’autre bout du monde, je suis bien ici, je me sens chez moi même ailleurs. Où j’habite, c’est déjà mon quartier. J’adore le trajet pour me rendre au bureau, voir la vitalité des gens dans les villages », confie celle qui aimerait aussi explorer l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, toujours avec sa caméra en mains.