Celui que plusieurs considéraient comme M. Culture Sherbrooke, Antoine Sirois, s’est éteint samedi dernier à Ottawa à l’âge de 92 ans.

Monsieur Culture Sherbrooke s’en est allé...

Pour plusieurs, il était M. Culture Sherbrooke. Sans lui, la salle Maurice-O’Bready et la collection d’œuvres d’art de l’Université de Sherbrooke n’auraient pas le même visage. L’histoire culturelle de sa ville natale n’avait plus de secrets pour lui, comme en font foi ses nombreux ouvrages. Il a aussi enseigné à plusieurs générations d’étudiants en littérature. Le parcours exceptionnel d’Antoine Sirois s’est toutefois terminé samedi dernier, à l’âge de 92 ans.

Mais c’est un grand héritage que l’homme d’Église laisse derrière lui, notamment sur la colline universitaire. C’est lui qui a convaincu Mgr Maurice O’Bready de construire, en 1964, non pas un simple auditorium pour les collations de grades, mais une véritable salle de spectacles. À la même époque, il achètera les premières pièces de la collection d’œuvres d’art de l’université.

« Je perds un mentor », commente Sylvie L. Bergeron, qui a en quelque sorte marché dans les pas d’Antoine Sirois en matière d’engagement envers la culture régionale. « Antoine Sirois m’a enseigné au bac, à la maîtrise, au doctorat. J’ai participé avec lui à des groupes de recherche dans ce domaine. Après ça, on s’est toujours suivis. Il m’a beaucoup éveillée à la culture. Il avait toujours à cœur l’avancement et le développement des arts et de la culture. C’était un bâtisseur », souligne celle qui, entre multiples chapeaux, enseigne au Cégep de Sherbrooke, préside le Conseil de la culture de l’Estrie et anime l’émission de radio Arts d’œuvre.

« Antoine était aussi un grand consommateur d’art, qu’il s’agisse de musique, de cinéma, de littérature. C’était un spectateur assidu et un critique invétéré. »

Le professeur fut également un essayiste chevronné. Parmi ses publications, on note l’édition critique d’Un homme et son péché de Claude-Henri Grignon avec Yvette Francoli (1986), L’Université de Sherbrooke, son rayonnement littéraire et artistique (1990), Sherbrooke ville de cinéma-s avec Serge Malouin (2002) et Chroniques d’une université en construction, l’Université de Sherbrooke, 1960-1965 (2006). Il est aussi à la source de l’ouvrage collectif Mouvement littéraire des Cantons-de-l’Est de 1925 à 1950, publié en 1985.

La mémoire de la ville
Antoine Sirois n’a jamais hésité à prendre position pour défendre le patrimoine culturel local et régional. L’historienne d’art Monique Nadeau-Saumier rappelle leur combat en 2010, avec l’ancien propriétaire de la Maison du cinéma Jacques Foisy, pour sauver l’édifice de la Banque canadienne de commerce, angle King et Wellington, un dossier toujours pendant.

« Il était vraiment très engagé. Quand il prenait un dossier, il avait cette réputation, méritée d’ailleurs, que ça passerait. Nous nous sommes retrouvés souvent dans les mêmes comités et nous avons fait quelques batailles. C’est un vieux complice que je perds. Il faisait partie des gens qui ont gardé la mémoire de la ville. Ce sont ses écrits qui m’ont poussée à faire un livre sur l’Art Building, l’ancien édifice de La Tribune. »

La dernière intervention publique d’Antoine Sirois remonte à février 2016. Avec Monique Nadeau-Saumier et quatre autres signataires, il a publié une lettre ouverte pour qu’une toile de Suzor-Coté, La vieille église de Sherbrooke-Est, ne soit pas vendue à l’encan par la paroisse Saint-Jean-Baptiste, une bataille finalement perdue.

Un déclin physique et cognitif avait atteint le prêtre dans ses deux dernières années, d’où son déménagement à Ottawa, où vivaient des membres de sa famille qui ont pu s’occuper de lui.

Le service funéraire d’Antoine Sirois aura lieu le samedi 18 août à 11 h à l’église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Suivra l’inhumation au cimetière Saint-Michel. Les personnes souhaitant présenter leurs condoléances à la famille pourront le faire le vendredi 17 août, de 14 h à 17 h, à la Coopérative funéraire de l’Estrie, 505, rue Short.

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Antoine Sirois en quelques dates

Né à Sherbrooke le 25 septembre 1925;

Fait son cours classique au Séminaire de Sherbrooke de 1937 à 1945;

Ordonné prêtre le 12 mars 1949;

Obtient une licence en lettres de l’Université de Montréal en 1960;

Secrétaire général de l’Université de Sherbrooke de 1960 à 1965;

Obtient un doctorat en littérature de la Sorbonne en 1967 et devient professeur de littérature à l’Université de Sherbrooke la même année;

Vice-doyen de la faculté des lettres et sciences humaines de 1975 à 1983;

Retraité de l’enseignement en 1994, année où il reçoit le titre de professeur émérite de l’Université de Sherbrooke;

Reçoit le prix La Tribune de la Société d’histoire de Sherbrooke en 2001;

Représenté sur la murale Cœur, culture et pédagogie en 2011.

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Un prix qui survivra

 Malgré le décès d’un de ses créateurs, le prix Suzanne Pouliot et Antoine Sirois, attribué à une œuvre jeunesse depuis 2015, continuera à être remis à un auteur estrien, tous les deux ans. Il s’agit d’une des dernières réalisations d’Antoine Sirois, souligne Sylvie L. Bergeron.

« Ce sera une occasion privilégiée de rendre hommage à Antoine Sirois, qui était un homme d’une grande culture, un pédagogue qui s’intéressait aux arts, à la culture et à la littérature », indique la présidente de l’Association des auteures et auteurs de l’Estrie, Marie Robert. « Il avait beaucoup d’admiration pour les auteurs de la région. Il trouvait que ceux-ci écrivaient de bien belles choses pour la jeunesse et il avait envie de souligner cette excellence. » - Karine Tremblay