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Monique Voyer en 2010.
Monique Voyer en 2010.

Monique Voyer : décès de la « doyenne des arts en Estrie »

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
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SHERBROOKE — Plusieurs l’avaient surnommée la « doyenne des arts en Estrie ». Elle a été une créatrice marquante bien au-delà de la région, certaines de ses œuvres se retrouvant aujourd’hui dans la collection du Musée national des beaux-arts du Québec, d’autres ayant abouti dans des expositions en France, en Espagne ou à Taïwan.

Monique Voyer a aussi formé toute une génération d’artistes au Cégep de Sherbrooke, de 1979 à 1993. Elle s’est éteinte samedi à l’hôpital La Providence de Magog, des suites de la maladie de Parkinson, après une carrière de plus de 60 ans. Elle avait 92 ans.

Françoise Le Gris, historienne d’art, commissaire d’exposition et surtout amie de la disparue, a tenu à rappeler à quel point la peintre et graveuse d’origine magogoise a été importante. Pour preuve, après avoir étudié à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 1953 et 1954, Monique Voyer présentait une première exposition solo à l’hôtel New Sherbrooke l’année même de son retour.

En 1957, ses œuvres sont déjà accrochées au Musée des beaux-arts de Montréal, et de 1955 à 1959, elle participe à toutes les expositions de la Colour and Form Society de Toronto.

« Elle a eu également en 1966 une exposition solo au Musée d’art contemporain de Montréal. La galerie Agnès Lefort, qui était la galerie d’avant-garde à l’époque, l’a souvent mise à l’honneur aussi », ajoute Françoise Le Gris.

Monique Voyer en 1992, lors de la préparation d’une murale destinée à une école primaire de la région.

Commissaire des 40 ans

L’historienne a très bien connu Monique Voyer et son œuvre puisqu’elle a été la commissaire de l’exposition rétrospective présentée en 1994 au Musée des beaux-arts de Sherbrooke (MBAS), pour les 40 ans de carrière de l’artiste.

« Ce qui est particulier chez Monique, c’est son activité picturale. En tant qu’artiste-peintre, elle a vraiment contribué à toute la génération post-automatiste. Un autre point à souligner, c’est son travail en gravure. Elle a enseigné toutes les techniques mixtes de la gravure et de l’estampe [le mélange des techniques est un des traits de son œuvre]. »

Françoise Le Gris souligne également l’engagement de Monique Voyer dans le milieu culturel, notamment auprès des arts non figuratifs.

« En Estrie, elle était de tous les événements. Elle savait aussi reconnaître la valeur des autres artistes. Souvent, dans le milieu, il y a beaucoup de compétition, mais Monique était capable de dire que l’œuvre d’un autre était intéressante ou formidable. Et ça, c’est rare. C’était une de ses très grandes qualités. »

Monique Voyer était membre de l’Académie royale des arts du Canada depuis 1998.

Monique Voyer en 1978. La gravure a occupé une grande partie de sa création.

Active jusqu’à la fin

Avant d’aller à Paris, Monique Voyer est passée par l’École des beaux-arts de Montréal de 1947 à 1952, ayant comme professeurs les Stanley Cosgrove, Alfred Pellan et Irène Sénécal. Elle a commencé l’enseignement au Cégep du Vieux-Montréal en 1972, avant de revenir définitivement dans sa région d’origine en 1979. Suzanne Pressé a côtoyé Monique Voyer autant comme conservatrice du Musée des beaux-arts de Sherbrooke que comme coordonnatrice de la galerie d’art Antoine-Sirois. Elle confirme la vivacité de la créatrice jusqu’à tout récemment.

« Encore l’an dernier, Monique a fait des propositions de dons à l’Université de Sherbrooke et je faisais affaire directement avec elle. Elle était active, enthousiaste, présente aux vernissages. Je savais qu’elle était affaiblie depuis un an environ. »

Suzanne Pressé admire aussi la façon dont Monique Voyer a su mener de front le métier de professeure et de créatrice. « Plusieurs artistes ralentissent leur production parce qu’ils s’investissent beaucoup dans leur enseignement. Monique a été capable de faire les deux à plein temps. Il est vrai qu’elle avait son propre atelier attenant à sa maison. Elle m’avait confié qu’elle pouvait mettre un poulet au fourneau avant d’aller imprimer des gravures. »

Monique Voyer en 1954, année de son retour de Paris et de son exposition solo à l’hôtel New Sherbrooke.

Aimer les plus jeunes

Brigitte Ayotte, fille de la défunte, ajoute que l’artiste était « en communion avec la nature ».

« Elle habitait dans la forêt à Magog où elle avait un atelier entouré de nature. Elle a jardiné jusqu’à près de 84 ans, avant que ses jambes lui jouent des tours. Elle était d’une résilience peu commune. Et elle a inspiré et motivé plusieurs étudiants qui ont ensuite eu des carrières artistiques internationales. J’ai même d’ailleurs reçu un hommage d’un de ses anciens étudiants. Elle est restée en contact avec quelques-uns, car elle a toujours aimé discuter avec les plus jeunes qu’elle. » 

Aujourd’hui, on trouve des œuvres de Monique Voyer dans les collections du MBAS, de l’Université de Sherbrooke, de l’Université Bishop’s et du Musée Beaulne de Coaticook, ce dernier ayant acquis récemment une trentaine de ses œuvres. 

Mère de deux enfants, Monique Voyer a dû diminuer puis cesser sa pratique au début des années 2010 pour des raisons de santé. L’ultime entrevue qu’elle a donnée à La Tribune remonte à 2006, pour une exposition aux Trésors de la grange à Magog. 

« On doit également à Monique deux grands livres d’artiste avec des eaux-fortes originales vraiment remarquables : Natalité avec le poète Michel Beaulieu [1984] et Les grandes eaux de l’Estrie [1987], avec un texte de Marcel Fortin relatant l’histoire des Abénakis, et qui représente bien son attachement à la région », souligne Françoise Le Gris.

Une cérémonie en l’honneur de l’artiste aura lieu l’été prochain, à sa date d’anniversaire, avec parents et amis.

Lors du lancement de la 7e édition d’Automn’Art en 2008.