Podz

Miraculum: une vue sur la vie

Choisie pour lancer les Rendez-vous du cinéma québécois et sortant en salles vendredi, Miraculum est une bobine on ne peut plus attendue. Quatrième long métrage signé Podz, le film choral aborde de délicates questions à travers les destins croisés de différents personnages.
Il y a Étienne et Julie, fiancés et témoins de Jéhovah qui voient leur foi ébranlée par la maladie. Il y a aussi Martin et Évelyne, qui ont connu de meilleurs jours ensemble. Il y a également Raymond et Louise, deux employés du casino qui s'aiment dans la clandestinité. Et il y a enfin Simon, personnage au passé trouble qui cherche rédemption après un long exil. Entre l'hôpital, la table de black-jack et les rencontres religieuses, les croyances des uns et des autres sont mises à l'épreuve.
« J'avais envie de parler du destin, des miracles et de la vie, tout simplement », exprime le comédien Gabriel Sabourin, qui incarne le personnage de Simon et qui a écrit le scénario en solo, en imaginant un écrasement d'avion qui ne ferait qu'un seul survivant.
« Encore récemment, un accident d'avion est survenu en Algérie. Un seul des 78 passagers n'est pas décédé. Ce genre d'histoires, qu'on voit parfois passer, amène une réflexion sur le sens de la vie. Pourquoi lui et pas les autres? À partir de cette piste-là, j'ai inventé des personnages aux parcours imbriqués, des gens qui, comme nous tous, se démènent pour vivre. On peut s'arranger pour être le plus en santé possible en mangeant bien, en faisant de l'exercice, il reste que la maladie nous guette et qu'un accident peut arriver. Ce sont des risques qui viennent avec le fait de vivre. Et on n'a pas tant d'emprise là-dessus. »
C'est la grande faucheuse qui nous attend au bout du chemin. Jusqu'à ce qu'on y soit, on se questionne, on cherche un sens, on angoisse aussi, parfois.
« Des réponses, on n'en aura que le jour de notre mort. Il faut faire face à nos questionnements, les apprivoiser », résume Sabourin.
L'intrigue Jéhovah
Celui-ci a rédigé son histoire en six mois. Les croyants en Jéhovah sont les premiers personnages qui se sont glissés dans son imaginaire.
« Probablement à cause de mon histoire familiale. Lorsque j'étais jeune, on avait une gardienne à la maison qui était témoin de Jéhovah. Ma mère lui interdisait de nous parler de sa religion, mais on sentait qu'il y avait quelque chose d'intrigant chez elle. Plus tard, quand mon frère faisait sa médecine, il a eu un cours sur la façon de gérer les possibles refus de traitements des témoins de Jéhovah, qui ne peuvent ni donner ni recevoir de sang, à cause de leurs convictions. »
Pour rendre avec justesse la façon de voir l'existence qui habite la communauté reconnue pour sa prédication à domicile, l'auteur et comédien a assisté à des rencontres.
« Je voulais comprendre le discours des témoins de Jéhovah. Ils sont convaincus qu'ils doivent convertir les gens, ils sont bien dans leur communauté tissée serrée, mais, et c'est ce qui est épouvantable, lorsqu'un membre en est exclu, il est banni de tout ce qui formait son réseau. Il n'a plus de contacts avec sa famille, ses amis, tous ceux qui sont encore dans les témoins de Jéhovah. »
De l'extérieur, on saisit mal l'endoctrinement qui isole ainsi et qui peut mener jusqu'à la tombe. Et ce qu'on ne comprend pas, on le jauge souvent durement. Daniel Grou, mieux connu sous le nom de Podz, s'est fait un devoir de ne pas tomber dans le panneau. Ses images ont été captées sans parti pris.
« J'essaie chaque fois de comprendre le personnage que j'ai devant moi sans le juger. Que ce soit un policier, un portier ou un violeur d'enfant. Ça amène plus de nuances, d'humanité. »
Caméra profonde
La caméra du réalisateur n'est jamais plantée dans le frivole, le léger, le terreau de surface. Elle ancre ses images dans les racines de la nature humaine. Avec ce qu'elle a de lumineux et de plus tordu.
« Tant qu'à passer trois ans de ma vie sur quelque chose, j'aime autant qu'il y ait de la profondeur. Je me vois mal me saigner à blanc pour de la futilité. Ça se peut que ça arrive un jour, mais présentement, quand je choisis mes projets, je veux que ça me touche. »
Les thèmes au coeur de Miraculum l'ont donc tout de suite harponné.
« Je pense souvent à ces choses-là. Je me demande : pourquoi je suis là? Est-ce qu'il y a un sens à tout ça? Il y avait plusieurs sujets dans le scénario et ça m'a plu. La grande question au coeur du film s'adresse à tous : prend-on notre destin entre nos mains? Sur quelles béquilles s'appuie-t-on pour affronter l'existence? »
Au fil du long métrage, on reconnaît la signature de Podz dans les flous, les jeux de caméra, les silences qui disent beaucoup, les plans rapprochés, la lumière qui filtre. On remarque aussi ce beige environnant qui s'invite à toutes les scènes, ou presque.
« Ça, c'est mon penchant pour le réalisme institutionnel. Dans nos bâtiments, il n'y a pas beaucoup de couleurs. On évolue dans un environnement créé par l'homme beaucoup plus que dans un oasis de verdure. Cette construction humaine est faite de béton, de bitume, de brique. Ça image aussi le fait que nos intérieurs et nos vies sont souvent beiges », dit celui qui a travaillé autant pour le cinéma que pour la télévision. On lui doit entre autres les films Les sept jours du talion et L'affaire Dumont ainsi que les séries télévisées Minuit, le soir et 19-2.
« Que je tourne pour le petit ou le grand écran, c'est la même chose pour moi, à la différence que je n'ai pas le même temps pour camper la trame. C'est plus condensé dans un film de deux heures que dans une série de 10 épisodes. Pour Miraculum, c'était particulièrement vrai puisqu'il me fallait, au montage, faire vivre une brochette de personnages. J'avais le souci de leur donner une part à peu près égale dans l'histoire. C'était un beau défi. »
Reste maintenant celui de rejoindre les cinéphiles.
« Chaque fois, j'angoisse sur la réception qu'aura le film. Mais je le gère mieux qu'avant. »
Peut-être parce que le stress, c'est un peu comme les grands questionnements de la vie. On finit par l'apprivoiser.