Architecte de formation, Dominic Besner a toujours placé la personne au cœur de sa pratique. « C’est mon leitmotiv, mon point de départ. Même en architecture, c’est l’être humain qui m’intéressait », exprime celui qui présente 25 ans de production artistique à la Galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke, certaines de ses œuvres étant même projetées au sol.

Mille couleurs sans pinceaux

Dans l’écrin de la salle aux murs noirs, les toiles de Dominic Besner semblent peintes sur des tables lumineuses. C’est affaire d’éclairage et de disposition. C’est aussi affaire de couleurs et d’agencement. L’artiste montréalais natif de l’Ontario a lui-même été étonné par l’effet d’ensemble de l’exposition Strophes d’une poésie, présentée à la Galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke.

« Il y a des toiles que je n’avais pas revues depuis leur création, il y a plus de 20 ans », remarque le peintre de renom. 

L’exposition, qui couvre 25 ans de production artistique, ne se présente pas comme une rétrospective. Elle permet quand même de prendre la pleine mesure du chemin parcouru par le prolifique créateur en plus de deux décennies. Elle donne aussi à voir une signature qui s’est affirmée au fil du temps.

Dans des toiles de toutes époques, on reconnaît ses personnages aux visages blancs, caractéristiques, semblables à des masques théâtraux. On remarque aussi les traits verticaux et sphériques qui découpent les tableaux et leur confèrent de la perspective.  

« Je vois à quel point mon travail est marqué par les saisons et par ce qui s’est passé dans ma vie au fil du temps. Certaines teintes ont disparu de mes toiles, d’autres ont fait leur apparition, mais de tout temps, le jeu avec des couleurs vibrantes est un essentiel de ma production. » 

L’humain aussi : architecte de formation, Besner a toujours placé la personne au cœur de sa pratique. 

« C’est mon leitmotiv, mon point de départ. Même en architecture, c’est l’être humain qui m’intéressait. Ses activités, son rapport avec son espace, sa vie dans la ville », explique-t-il. 

Peindre sans pinceaux

Le syndrome de la toile blanche, il ne connaît pas. Notamment parce qu’il travaille sur des canevas noirs. Tout le temps.

« Le fond noir, ça laisse toute liberté à l’imagination, ça ouvre la porte à toutes sortes d’histoires. Souvent, je commence par peindre le regard d’un personnage, avant même d’imaginer une scène. C’est l’émotion qui s’exprime à travers ses yeux qui va me dicter la suite, qui va guider le reste », résume Besner. 

Celui-ci peint sans pinceaux, en utilisant une pâte d’huile qu’il applique au doigt, après avoir réchauffé les pigments et en utilisant, au besoin, la spatule.  

« C’est très sculptural comme approche. J’ai besoin de toucher la matière pour la comprendre et la laisser s’exprimer sur la surface. Je joue beaucoup avec les couleurs et je viens ensuite rehausser certaines lignes au crayon marqueur. » 

C’est au commissaire Martin Bundock qu’a été confiée la tâche d’orchestrer l’exposition. 

« Je l’ai pensée sur mesure pour les lieux, je souhaitais réaliser une installation qui favoriserait l’immersion dans l’univers de Besner, souligne-t-il. J’ai choisi d’illustrer quatre thèmes récurrents dans son œuvre : l’homme et la cité, la théâtralité, les contes inachevés et l’animal en soi. Les cadrages ont été enlevés et aucune lumière d’ambiance ne s’ajoute à celle qui éclaire les œuvres, de sorte qu’on est vraiment happé par les toiles et ce qu’elles racontent. On voit la profondeur de l’artiste autant que la diversité de sa production. On remarque aussi le travail minutieux qui est le sien. » 

Près d’une trentaine de tableaux colorés se voisinent sur les murs, certains de très grand format. D’autres sont projetés en images sur le sol. Trois documents vidéos permettent aussi de mieux connaître l’artiste et sa démarche. L’un d’eux s’intéresse à une création commandée pour accompagner le spectacle LOVE du Cirque du Soleil, en hommage aux Beatles (Las Vegas, 2007). Une maquette en 3D, intitulée La nuit des cités et réalisée en 2004, complète le circuit. 

Le titre qui chapeaute le tout, Strophes d’une poésie, est évocateur pour le créateur, qui a exposé autant à Berlin qu’aux États-Unis, au Maroc et en Chine.  

« Après 25 ans de carrière, je suis capable de dire que je vois ma production artistique comme un poème que j’écris une toile à la fois et que je lègue en pièces détachées aux collectionneurs et aux amateurs d’art. »

Vous voulez y aller? 

Strophes d’une poésie

Dominic Besner

Galerie d’art du Centre culturel de l’UdeS

Jusqu’au 20 octobre 2018