Michèle Stephenson
Michèle Stephenson

Michèle Stephenson remporte le Prix spécial du jury au Festival Hot Docs

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
La cinéaste d’origine sherbrookoise Michèle Stephenson a remporté le prestigieux Prix spécial du jury au Festival canadien du documentaire international Hot Docs, grâce à son documentaire Apatrides, portant sur la haine raciale entre Haïti et la République dominicaine.

En raison de la pandémie de la COVID-19, le Festival Hot Docs a procédé différemment cette année, en annonçant les gagnants de l’édition 2020 avant son événement, qui aura lieu en ligne à partir du 28 mai.

La réalisatrice et productrice canado-haïtienne, qui est née en Haïti mais a passé une grande partie de son enfance et de son adolescence en Estrie, est très reconnaissante malgré les circonstances qui l’empêchent d’aller à la rencontre des gens.

« J’avoue que c’est difficile. On a toute une communauté avec laquelle on s’attendait à pouvoir célébrer, mais je me sens tout de même très privilégiée. J’ai confiance que d’ici un an, nous pourrons visionner le film ensemble, à Sherbrooke », raconte-t-elle.

Avec Apatrides (Stateless en version anglaise), Michèle Stephenson veut révéler la profondeur de la haine raciale et de l’oppression institutionnalisée qui divisent Haïti et la République dominicaine. À travers la campagne électorale d’une avocate nommée Rosa Iris, elle expose le lourd passé historique et politique de cette relation.

Le documentaire s’inspire de la décision prise, en 2013, par la Cour suprême de la République dominicaine de retirer la citoyenneté de toute personne ayant des parents haïtiens, avec effet rétroactif jusqu’en 1929. Plus de 200 000 personnes sont ainsi devenues apatrides, privées de nationalité et d’identité.

« Dans Apatrides, on voit le poids de l’injustice systémique et l’omniprésence de l’obstacle. Je crois qu’il faut faire face aux conséquences du passé. Même si on peut se sentir impuissant face à la situation, il ne faut pas oublier qu’on est tous concernés », ajoute Mme Stephenson.

Lauréat du Prix spécial du jury du Festival Hot Docs, Apatrides de Michèle Stephenson suit l’avocate Rosa Iris dans son combat contre la haine raciale en République dominicaine. Ce pays a adopté en 2013 une loi révoquant la citoyenneté des personnes d’origine haïtienne nées depuis 1929. —

Inspirée depuis l’enfance

Des histoires qui portent sur la couleur, la classe sociale, le colonialisme et les droits de la personne, Michèle Stephenson révèle en avoir entendu des tonnes. 

« Ces expériences ont alimenté le besoin que je ressentais d’approfondir les conséquences de notre passé profondément douloureux d’esclavage et de colonialisme, et la façon dont nous continuons d’intérioriser la haine de soi. Apatrides fait partie d’une démarche qui m’a amenée non seulement à me retrouver, mais aussi à exhumer et à exprimer cette douleur venue de l’enfance. »

Celle dont la mère habite toujours Sherbrooke confie avoir vécu des expériences difficiles lors de son arrivée dans la région dans les années 1970.

« Il n’y avait pas beaucoup d’immigrants de couleur à l’époque. Mes parents et moi avons été témoins d’intimidation, mais je vois que Sherbrooke a beaucoup évolué et ça me fait chaud au cœur. »

« Je garde des souvenirs très positifs, notamment de professeurs à la Alexander Galt Regional High School, qui m’ont beaucoup appris et qui ont contribué à la personne que je suis aujourd’hui », raconte la cinéaste.

La complexité des règles juridiques quant aux droits d’auteurs oblige le Festival Hot Docs à ne rendre accessibles les documentaires en liste qu’au public ontarien pour le moment. Cependant, l’Office national du film du Canada assure qu’Apatrides a été soumis à différents festivals canadiens et québécois et que des réponses sont attendues au courant des prochains mois. 

Le documentaire est une production d'Hispaniola Productions et de l'ONF.