Michel Rivard est un artiste toujours en pleine possession de ses moyens, malgré l’absence de son Flybin Band, et sa musique qui ne vieillit pas.

Michel Rivard: spectacle au creux du coeur

CRITIQUE / C’est un peu étonnant qu’après 40 ans de carrière sans Beau Dommage, la tournée Chansons au creux de l’oreille de Michel Rivard soit sa première véritablement en solo. L’auteur-compositeur-interprète a tellement d’aisance sur scène, ses talents de conteur et d’improvisateur sont si aiguisés, la charpente de ses chansons est d’une telle solidité… C’est comme s’il avait eu une quinte royale en main pendant tout ce temps mais qu’il l’avait oublié.

Bref, la centaine de personnes qui a assisté vendredi soir, au Centre culturel de Weedon, à la première de cinq prestations à guichets fermés en Estrie n’a rien perdu pour attendre. C’est un artiste toujours en pleine possession de ses moyens, malgré l’absence de son Flybin Band, qui a entraîné son auditoire dans ses histoires, sa musique qui ne vieillit pas (lui non plus d’ailleurs, malgré ses 66 ans) et ses univers où le quotidien devient extraordinaire.

Peut-être même encore plus si l’on se fie aux trois chansons inédites que Rivard a livrées au retour de l’entracte, laissant transparaître ainsi les bribes d’un projet musical en construction, aux apparences hautement biographiques. Tomber du ciel, Mimer l’amour et Un soir de semaine en 57 dévoilent même des pans d’enfance pas toujours heureuse… et promettent énormément.

Audacieux d’ailleurs est ce tour de chant qui n’emprunte pas le sentier facile de la rétrospective ou du best-of. Au lieu de s’appuyer uniquement sur ses plus grands succès, Rivard mise sur les ambiances, les histoires et la poésie que les chansons lui permettent d’insérer dans sa prestation, indépendamment du degré de popularité.

La fierté entre les jambes

C’est ainsi que trois chansons du plus récent opus (Roi de rien), salué par la critique mais boudé par les radios, occuperont tout un bloc. Quant à la deuxième pièce de la soirée, Robinoude (qui ouvre l’album de 2006 Confiance), elle a même fait lancer un candide « jamais entendu celle-là » par un spectateur.

« C’est parce que vous n’avez pas acheté le disque! a rétorqué l’artiste. N’attendez pas qu’elle passe à la radio : elle ne passera pas à la radio, celle-là! » a ajouté celui qui avait présenté la chanson en parlant de sa prise de conscience, à 13 ans et demi, que la fierté des hommes se trouvait entre leurs jambes… Robin Hood étant, ici, un vélo d’adolescence.

Michel Rivard suscitera ainsi plusieurs fois l’hilarité, tantôt par des récits que l’on devine bien préparés, tantôt par des boutades nées sur le moment mais toujours sur la coche.

C’est aussi avec beaucoup d’élégance qu’il a remis à sa place une spectatrice qui a laissé sonner son cellulaire pendant La complainte du phoque en Alaska

Beau Dommage sera à l’honneur tout au début et tout à la fin, avec une ouverture sur Tout va bien et un rappel se terminant par Motel Mon Repos, la troisième chanson qu’il a écrite de sa vie, mais la première qu’il a osé assumer publiquement. Ginette s’est aussi faufilée, dans une version ouatée, hautement appuyée par l’assistance.

Déshabillées à la guitare sèche, à la guitare électrique et même au ukulélé, les chansons de Michel Rivard gardent tout leur coffre, même la complexe Un trou dans les nuages. La souplesse vocale du chanteur et sa dextérité du guitariste ne faisaient aucun doute.

Avec Maudit bonheur, Schefferville… le dernier train, Belle promeneuse et La lune d’automne, seul l’album De Longueuil à Berlin manquait au rendez-vous. Mais peut-être qu’avec son projet futur inspiré de ses origines, Michel Rivard trouvera une autre façon de raconter la Triste histoire de [sa] virginité