Dans la foulée du tournage de son court métrage documentaire Des j’aimes pour maman, Geneviève Dunn a orchestré une exposition temporaire avec des images tirées de pages publiques et de groupes privés dont elle fait partie et sur lesquels interagissent des mères de famille. La cinéaste voulait ainsi illustrer à quel point on perd le contrôle de ce qu’on publie sur le web. Elle souhaitait aussi montrer à quel point la vie de certains enfants est exposée sur les réseaux sociaux, parfois même avant leur naissance.

Mettre ses enfants sur le fil

Geneviève Dunn a été agente d’artistes pour enfants pendant une douzaine d’années. Aujourd’hui réalisatrice, elle présente en première au Festival Cinéma du monde de Sherbrooke (FCMS) « Des j’aimes pour Maman », un court métrage documentaire inspiré, en quelque sorte, par son parcours en agence.

« Quand je représentais des enfants, j’avais le souci de faire en sorte qu’ils grandissent bien avec l’image publique qui se construisait peu à peu. J’avais toujours cette considération-là en tête. Parallèlement, je voyais sur le web des parents publier quantité de photos de leurs enfants, dans toutes sortes de contextes, sans toujours réfléchir aux conséquences possibles. »  

Quand Geneviève Dunn a quitté le milieu pour amorcer une formation à l’École des métiers du cinéma et de la vidéo de Rivière-du-Loup, ce questionnement est devenu le cœur d’un projet de réalisation.  

« Il y a des enfants qui sont exposés sur les réseaux depuis leurs premières semaines de vie. On ne sait pas encore quelles vont être les conséquences de tout ça, mais on peut se douter que, plus tard, certains de ces enfants n’aimeront pas ça. Ils n’ont pas choisi toutes ces photos qui ont été publiées sur le web, on ne leur a pas demandé leur avis. Cela dit, les intentions sont rarement mauvaises. Aucun parent ne veut humilier son enfant ni porter atteinte à sa vie privée. Mais disons qu’il y a de l’inconscience. Ce qui est déposé en ligne n’est pas toujours bien pensé ou réfléchi », exprime la cinéaste qui, dans la foulée du tournage, a créé une exposition temporaire pour montrer comment on pouvait perdre le contrôle de ce qu’on publie sur le web. 

La réalisatrice Geneviève Dunn

Vie privée étalée

« Je voulais sortir les photos de l’internet, mais de façon respectueuse, sans nuire aux enfants et en respectant mon éthique personnelle. Les visages ont été brouillés, de sorte qu’on ne pouvait pas identifier les jeunes. »

Pour tisser cette expo découpée en divers thèmes (l’heure du bain, la première journée d’école, les anniversaires, etc.), elle a tiré différentes images de pages publiques et de groupes privés dont elle fait partie et sur lesquels interagissent des mères de famille. 

« Il y a probablement des pères qui font la même chose, mais ce que j’ai constaté, c’est que ce sont surtout des mamans qui embarquent dans cette dynamique, d’où le titre que j’ai choisi. Avec l’expo, je voulais faire réaliser aux gens que les photos qu’ils diffusent peuvent vraiment se retrouver n’importe où. Et qu’une fois qu’on a appuyé sur Envoyer, elles font partie d’un espace public auquel tout le monde a accès, un espace où les données restent. On ouvre ainsi la porte de l’intimité de nos jeunes à de parfaits inconnus. En deux ou trois clics, c’est facile de retrouver beaucoup d’informations qui exposent la vie privée des enfants. Je n’ai pris aucun détour pour aller chercher le matériel, je ne me suis pas créé un faux profil ni une fausse identité. Je faisais partie de certains groupes de mamans, même si je n’ai pas d’enfants. Ça montre comment c’est facile. »

La blogueuse Caroline Allard (qui signait un blogue sous le pseudo de Mère indigne) et le spécialiste des nouvelles technologies et médias numériques Bruno Guglielminetti apportent leur point de vue sur la question dans le film d’une quinzaine de minutes qui sera présenté en plateau double avec le documentaire sherbrookois L’envol, samedi, au FCMS. Une discussion suivra en présence de la réalisatrice Geneviève Dunn, du groupe 5 @ 7 (qui réalise L’envol) et de la psychologue Nathalie Plaat.