Dans Mes nuits feront écho de Sophie Goyette, Éliane Préfontaine incarne une jeune femme bloquée dans sa vie à la suite d'un drame immense vécu en bas âge, et qui fuit au Mexique après avoir fait un rêve.

Mes nuits feront écho : bon mais à côté de la cible ***

CRITIQUE / Le recours au rêve, en dramaturgie, est très risqué. Parce qu'il peut devenir la solution facile permettant de justifier toutes les invraisemblances d'une création. Ce n'est certes pas le cas du premier long métrage de Sophie Goyette, Mes nuits feront écho, fruit d'une longue réflexion sur le pouvoir et l'universalité des rêves. Mais la cinéaste passe quand même à côté de son thème principal.
En fait, on ressort de la projection avec l'idée d'avoir plutôt assisté à un film quand même pertinent sur le deuil et la perte, mais le rêve y est plutôt accessoire, au sens où il sert essentiellement à lancer et à relancer l'action. On retombe vite dans la réalité crue d'Éliane, Romes et Pablo, qui vivent avec une certaine forme de vide, créé tantôt par la mort d'un proche, tantôt par le sentiment d'avoir raté une partie de leur vie.
Ajoutez à cela une lenteur extrême suscitant la contemplation, des scènes très longues (le plan du bateau dure huit minutes), des silences à profusion, presque aucune musique extradiégétique, un jeu réaliste et minimaliste, un montage qui déstabilise régulièrement, beaucoup d'images statiques et symboliques, une poésie parfois sibylline... et on se retrouve devant une production qui, bien que l'on en comprenne les intentions et la philosophie, demeure exigeante.
Et ce, même si la créatrice a simplement voulu profiter de toutes les possibilités qu'offre le cinéma en tant qu'oeuvre d'art plutôt que simple véhicule de récit. Mais il y a une forme de paradoxe entre, d'un côté, ne pas vouloir créer un film hermétique, et, de l'autre, saisir toutes les occasions possibles pour égarer momentanément le spectateur, surtout dans le montage. Par exemple lorsque Romes reçoit un appel téléphonique de sa mère morte sans aucun indice d'un passage de la réalité au rêve. Un procédé « d'extraordinaire banal » pas si inhabituel (pensons aux films de Stéphane Lafleur), mais qui peut désarçonner les non-initiés.
Trajectoire déviée
Tourné au Québec, au Mexique et en Chine, Mes nuits feront écho démarre avec Éliane (Éliane Préfontaine), jeune femme bloquée dans sa vie à la suite d'un drame immense vécu en bas âge. Fuyant au Mexique, elle se retrouve professeure de piano du fils de Romes (Gerardo Trejoluna), lequel encaisse encore le décès de sa mère survenu deux ans plus tôt. Un rêve pousse l'homme à se rapprocher de son père Pablo (Felipe Casanova). Tous deux partent en voyage en Chine, où Pablo avoue à son fils qu'il a aimé une femme autre que sa défunte épouse et qu'il voudrait la retrouver.
Mes nuits feront écho s'appuie sur une structure inégale. Sophie Goyette consacre presque une heure à Éliane, environ 25 minutes à Romes, et un petit quart d'heure à Pablo. On perçoit donc mieux le malaise d'Éliane, celui de ne pas se sentir à sa place ni avec les adultes ni avec les enfants, grâce à une habile mise en scène et à des plans éloquents, alors que le mal-être des autres, surtout la vocation ratée de Romes pour la photographie, ressort moins. C'est un peu le symptôme d'un film réalisé en trois périodes successives, porté davantage par l'instant.
Le résultat est que le long métrage dévie de sa trajectoire, montrant davantage, à la fin, des personnages qui ne s'apitoient pas sur leur sort plutôt que réfugiés dans l'onirisme, laissant surtout l'idée du rêve comme moteur de changement plutôt que comme apaisement à la cruauté de la réalité. L'aspect existentiel fait chou blanc.
Mais plus généralement, Mes nuits feront écho, malgré sa poésie et la beauté des prises de vue (volontairement délavées?), laisse une impression d'éparpillement, d'un ensemble d'images floues à qui on a tenté de donner un fil conducteur, mais auquel on peut faire dire ce que l'on veut.
Mes nuits feront écho
DRAME
Réalisé par Sophie Goyette
Avec Éliane Préfontaine, Gerardo Trejoluna et Felipe Casanova