L’auteur-compositeur-interprète Jean-François Dubé s’arrête à la Petite Boîte noire de Sherbrooke le 15 décembre pour présenter les chansons de son nouvel album solo, Ménestrel.

Ménestrel des temps modernes

Jean-François Dubé n’avait pas lancé d’album solo depuis 2005. « J’attendais d’avoir quelque chose à dire », explique le chanteur qu’on a d’abord connu au sein de Noir Silence.

À travers ses projets pluriels en musique (Pete Moss, Magnum Daisy, Noir Silence) et sa vie de famille bien remplie (il a trois enfants), il a engrangé du matériel, il a laissé mûrir les textes. Lorsqu’il s’est lancé dans l’enregistrement de Ménestrel, galette autoproduite de douze titres, il savait que c’était le bon moment.

« Lorsque tu fais des projets en groupe, tu les portes en groupe ensuite. C’est différent lorsque tu propulses un disque en tant qu’auteur-compositeur-interprète. Tu es seul à défendre tes propos. Il faut que tu te sentes solide, que tu assumes tout », exprime celui qui est revenu vivre dans la région magogoise il y a un an.

Pour enregistrer ses neuves chansons, il n’a reçu aucune subvention. Pas grave. Il était riche de la présence des copains musiciens. L’album est né dans le plaisir de la musique. Dubé a opté pour un son clair. Sans flafla, sans synthé. Des guitares franches, un clavier, une basse, des percussions. Parfois une mandoline, du dobro, un banjo.

Jeff Dubé voulait un son vrai pour cet album qui « représente la paix d’esprit ».

« Parce que j’ai fait le disque que j’ai toujours souhaité entendre. Il a cette teinte musicale un peu à la John Mellencamp, à la Bruce Springsteen. Il a ma couleur. »  

Le tour des chaumières

Une couleur qui s’exprime déjà dans le titre choisi, Ménestrel, comme un clin d’œil à cette tournée de spectacles à échelle humaine que l’auteur-compositeur-interprète a menée pendant deux ans, alors qu’il se produisait dans les maisons privées. Une façon de réinventer un peu le métier.

« J’ai repensé à ce qui se faisait au Moyen Âge, aux ménestrels qui faisaient le tour des chaumières et offraient du divertissement en échange d’un repas et d’un endroit où dormir. J’ai trouvé que ça avait une certaine parenté avec la vie de tournée, pendant laquelle on se promène et on partage notre musique. D’où l’idée d’aller faire de la musique autrement, chez les gens. »  

L’exercice a été révélateur.

« Ça m’a permis de me "reconnecter" avec mon public. De recentrer ma façon de travailler, en misant sur le noyau de spectateurs qui m’est fidèle depuis mes débuts dans le métier. C’est pour eux que je fais des chansons. »

Ceux-là savent que l’auteur-compositeur-interprète n’a pas peur de ses opinions.

« Je prends position, je suis engagé, je me mets parfois le pied dans la bouche, c’est vrai, mais je suis en phase avec mes valeurs », explique celui qui a souvent vilipendé, sur les réseaux sociaux, les concours de chant télévisés tels que Star Académie et La voix.

« Ce sont des émissions qui ont leur place. Le problème, c’est qu’elles prennent toute la place. Avec pour résultat que la culture musicale du Québec tourne autour d’un concours de karaoké qui met souvent l’accent sur des chansons anglophones. »

Réinventer le système

Jeff Dubé soupire, s’en indigne, mais il ne baisse pas les bras.  

« L’industrie musicale traverse une crise. C’est vrai. Mais on parle de l’industrie, pas de la musique. Moi, autour, je vois un paquet d’artistes talentueux qui ont le goût de continuer. Je pense qu’il faut juste trouver des façons de réinventer le système. Prendre d’autres chemins pour aller à la rencontre du public. »

Comme organiser plusieurs lancements de disque, question d’aller à la rencontre des fans de tout le Québec. Après avoir posé sa guitare en Abitibi aussi bien qu’en Beauce, Jeff Dubé clôt la ronde de ses lancements à Sherbrooke, tout près de chez lui.

« Je suis accompagné par deux musiciens, Louis Mercier-Beaulieu et Marc Brodeur. On se promène dans tout mon répertoire. Il y a des chansons du nouvel album, bien sûr, mais on pige aussi dans ce qu’il y avait sur mes deux premiers disques et sur ceux de Noir Silence. »

L’album est né dans le plaisir de la musique. Dubé a opté pour un son clair. Sans flafla, sans synthé. Des guitares franches, un clavier, une basse, des percussions. Parfois une mandoline, du dobro, un banjo.

Cinq nouvelles chansons sous la loupe

Ce matin-là (Fermont)

« En faisant ce métier, j’ai la chance de pouvoir voyager partout au Québec. Cette chanson est inspirée de l’histoire d’un gars croisé lors de mon premier show à Fermont, un endroit unique au Québec. »

Je me souviens

« C’est ma chanson "Patrimoine Canada". On ne se le cachera pas, elle est très inspirée de Born in the USA, dans laquelle Springsteen rend hommage à l’Amérique même dans ce qu’elle a de moins reluisant. »

J’me relèverai

« On parle beaucoup d’intimidation, ces années-ci. C’est quelque chose que j’ai vécu au secondaire. Pas seulement de la part des élèves, mais aussi de certains membres du personnel de l’école où j’allais. C’était difficile parce que j’arrivais en Beauce où le but ultime des gars de la place, c’était de conduire un truck et d’aller aux États-Unis. Moi, j’écrivais des poèmes, je ne cadrais pas avec la gang. »

Le fantôme de Tom Joad

« C’est une de mes chansons préférées de Springsteen et je l’ai traduite en français. J’ai obtenu les droits après avoir envoyé ma version à l’équipe du "Boss". Je ne sais pas s’il a entendu ma reprise, le petit gars en moi espère que oui, mais d’une façon ou d’une autre, je suis très content de l’avoir endisquée. »

De la même planète

« C’est un texte de Michelle Lambert, écrit depuis 1998. On n’arrivait pas à placer cette chanson sur les albums de Noir Silence, mais je la gardais dans ma poche depuis ce temps-là. Puisque c’est l’histoire de deux âmes sœurs qui se rencontrent, j’ai eu envie de l’interpréter avec ma conjointe (Vicky Cameron), qui fait aussi de la musique. Ça prend tout son sens. »

Vous voulez y aller
Jeff Dubé
Spectacle-lancement de Ménestrel
Vendredi 15 décembre, 21 h
La Petite Boîte noire, Sherbrooke
Entrée : 12 $ (prévente : 10 $)