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Après une pause de quelques années, l’auteure et illustratrice Mélanie Watt revient à l’avant-scène littéraire avec un nouvel album mettant en vedette Frisson l’écureuil.
Après une pause de quelques années, l’auteure et illustratrice Mélanie Watt revient à l’avant-scène littéraire avec un nouvel album mettant en vedette Frisson l’écureuil.

Mélanie Watt : Un nouveau Frisson

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
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Antihéros anxieux au cube, Frisson l’écureuil en a fait, du chemin, depuis que Mélanie Watt l’a esquissé sur papier pour la première fois. Le rigolo petit rongeur a vécu dans plusieurs albums qui se sont vendus à plus de 1,5 million d’exemplaires.

Après un congé de maternité qui s’est étiré en pause de quelques années, l’auteure et illustratrice fait revivre l’attachant personnage dans un nouveau livre. Juste à temps pour célébrer les 15 ans d’existence de l’écureuil angoissé qu’elle a imaginé en s’inspirant un peu — beaucoup ! — des peurs qui nous habitent. 

« Je pense que c’est ce qui a touché tant de monde. La peur, c’est universel. On a tous des craintes. » 

Certains plus que d’autres : engoncé dans le confort connu de ses habitudes, Frisson est un froussard qui frémit devant l’inconnu et qui est obsédé par la sécurité.

« À l’époque, quand je l’ai imaginé, je voulais écrire sur un personnage qui avait peur de tout. »

Les lecteurs qui ont suivi quelques-unes de ses aventures le savent, le petit peureux poilu est en fait un écureuil volant qui s’ignore. 

« Il n’était pas au courant qu’il avait cette extraordinaire capacité de planer parce qu’il n’avait jamais eu besoin de sortir de son arbre. Il avait son abri, sa nourriture. Alors pourquoi se donner la peine de quitter sa zone de sécurité ? » 

Cette idée de rester dans sa tanière résonne particulièrement après une année et demie de pandémie. Mélanie Watt le sait. 

« C’est drôle parce que l’obsession de mon personnage pour tout ce qui est germes, virus et microbes, on l’a fait nôtre, ces derniers mois », dit celle qui avoue avoir grandi dans une famille « où on faisait pas mal attention à tous les dangers ».

Frisson l’écureuil en brefMélanie WattJEUNESSEScholastic72 pages

« Pour créer l’univers illustré de Frisson, je me suis beaucoup inspirée de tous ces panneaux qui nous indiquent ce que nous ne devons pas faire.  »
Mélanie Watt

« En vélo, en ski, dans toutes les situations je dirais, on partait avec cette idée qu’il valait mieux être prudent », résume Mélanie. 

Il y a donc un peu d’elle-même dans le personnage de Frisson. 

Thérapie par l’écrit

« Écrire Frisson, c’est en quelque sorte thérapeutique [rires]. Et avec la pandémie, la série prend un nouvel envol, en quelque sorte. Disons que mon petit écureuil semble avoir été en avance sur son temps. Il a toujours eu son Purell à portée de pattes, depuis 15 ans. Et moi aussi ! » dit en riant l’auteure native de Trois-Rivières, mais depuis longtemps établie dans la région de la métropole. 

Dans son album tout neuf, Frisson l’écureuil en bref, le petit mammifère repousse ses limites jusqu’à se faire une amie. Lou, petite lapine curieuse, finit par gagner la confiance du rongeur. 

Là encore, il y a un certain parallèle à faire avec l’actualité pandémique et l’actuel déconfinement, qui nous permet de retrouver une certaine vie sociale. Tous, nous nous permettons davantage de sortir de notre tanière.

« C’est drôle parce que j’ai commencé à travailler sur ce livre avant la pandémie, mais certains trucs trouvent un écho dans ce qu’on a vécu collectivement ces derniers mois. Ce sont des coïncidences, mais c’est toujours particulier de voir que des liens se tissent là où on ne l’avait pas prévu. » 

L’arrivée du personnage de Lou dans l’univers frissonnien ouvre une nouvelle porte narrative.

« Je ne sais pas exactement où je m’en vais avec ça, mais ça me donne de nouvelles possibilités. »

La ménagerie qui se construit autour de l’arbre à noix où habite Frisson pourrait donc vivre dans d’autres albums ? 

« Je pense bien, oui. Toute l’interaction qui existe entre ces personnages aux personnalités distinctes, c’est intéressant à creuser. Et le roman graphique permet beaucoup de choses. Ce qui est bien, avec Frisson, c’est qu’il a une voix, il s’adresse directement au lecteur », expose celle qui a investi la sphère littéraire un peu par hasard.

Imprévu littéraire

Retour en 1999. Mélanie Watt étudiait à l’école de design de l’UQAM et pensait s’orienter vers le graphisme-marketing lorsqu’un travail remis a attiré l’attention d’une enseignante. 

« Ma prof, Michèle Lemieux, avait déjà publié. Elle m’a demandé si je pouvais traduire ce travail, dans lequel j’explorais le thème des couleurs complémentaires. Elle y voyait une possibilité de livre. Je l’ai traduit, elle a envoyé le manuscrit… et c’est devenu Léon le caméléon. »

D’autres livres ont suivi, mais c’est avec Frisson que la carrière littéraire de Mélanie Watt a véritablement pris son envol. Dès le départ, dans le tout premier livre de la série, il y avait cette couleur humoristique qui séduit petits et grands lecteurs. 


« J’ai commencé à travailler sur ce livre avant la pandémie, mais certains trucs trouvent un écho dans ce qu’on a vécu collectivement ces derniers mois. Ce sont des coïncidences, mais c’est toujours particulier de voir que des liens se tissent là où on ne l’avait pas prévu.  »
Mélanie Watt

« L’humour, ça fait partie de qui je suis : dans ma famille, les gens sont drôles, ce sont des raconteurs de blagues. Moi, j’aime écouter des comédies, des spectacles d’humour, des émissions de télé comiques. Je trouve qu’il y a assez de choses déprimantes. On a besoin de rire un peu. »

Et ce besoin-là est universel : traduits en 23 langues, les albums illustrés de Mélanie Watt ont voyagé. Beaucoup. Et loin.  

« J’ai une pile de mes livres traduits dans de nombreuses langues comme l’italien, le polonais, l’espagnol. C’est toujours amusant et intéressant de voir la trajectoire que prend un livre. C’est beau de voir qu’une œuvre créée ici peut arriver à toucher des gens de différentes langues et différentes cultures. »

Chester, félin taquin

Autre héros animalier créé par Mélanie Watt, Chester le chat devrait éventuellement vivre à nouveau dans un nouvel album. 

« Je me concentre davantage sur Frisson pour l’instant, mais Chester fait encore partie de mon imaginaire. J’ai envie de lui inventer de nouvelles aventures. Je ne sais juste pas quand, exactement, je le ferai. »

Le récalcitrant félin, qui biffe des éléments de l’histoire au feutre rouge et qui s’amuse à enquiquiner l’autrice, a lui aussi fait le tour du monde par l’entremise de différentes traductions. 

A priori, avec son côté anarchiste, il ne semble pas avoir grand-chose en commun avec le peureux Frisson. 

« Mais j’ai réalisé qu’ils avaient quand même des trucs en commun le jour où, dans un groupe de quatrième année où j’allais faire une présentation, la classe m’a montré un graphique avec deux cercles qui se connectaient. Les élèves avaient analysé tous les traits de caractère de Chester et de Frisson. Ils avaient trouvé que les deux personnages partageaient le même besoin d’être en contrôle de tout. Ça en dit beaucoup sur moi, je pense, et sur mon côté control freak qui vient de ma peur de ne pas savoir ce qui s’en vient », raconte Mélanie en riant. 

Les illustrations aux traits francs et remplies d’éléments graphiques témoignent du parcours en design graphique de Mélanie Watt.

L’art de « dessinécrire »

Mélanie Watt écrit toutes ses histoires en français et en anglais, en même temps qu’elle dessine ses planches.

« C’est ma façon de travailler. Je ne serais pas capable de commencer seulement par un texte. Probablement en raison de ma formation en graphisme, j’ai toujours en tête qu’il faut que ce soit beau visuellement, que ce soit agréable pour l’œil. »  

S’il y a des pages plus chargées que d’autres, la créatrice s’assurera d’en intercaler d’autres plus épurées.   

« Chaque livre forme vraiment un tout où chaque élément est relié aux autres. Je ne pourrais pas envoyer un manuscrit seulement. Quand je soumets un projet à un éditeur, c’est toute une maquette que j’envoie. »

Le graphisme est réfléchi jusque dans les moindres détails. 

« Pour créer l’univers illustré de Frisson, par exemple, je me suis beaucoup inspirée de tous ces panneaux qui nous indiquent ce que nous ne devons pas faire. J’ai aussi pigé quelques idées dans les plans d’urgence qu’on voit dans les avions et qu’on nous suggère «d’admirer» avant le décollage. »