Malgré une vie traversée par de grands deuils, Mélanie Ghanimé a réalisé son rêve de jeunesse : devenir humoriste. En plus d’avoir fait la première partie de Lise Dion et d’être en nomination une deuxième année de suite aux Olivier, elle amorce le rodage de son premier spectacle solo, Brut(e).

Mélanie Ghanimé : débrutaliser la vie par l'humour

SHERBROOKE — Lorsqu’elle étudiait au secondaire, Mélanie Ghanimé arrêtait au Tim Horton le matin et c’est Lise Dion qui lui servait sa commande. Une vingtaine d’années plus tard, l’adolescente devenue femme faisait la première partie de l’ancienne caissière devenue légende de l’humour au Québec.

Sinon, Mélanie Ghanimé est aussi finaliste pour le numéro de l’année au prochain gala Les Olivier, une deuxième nomination en autant d’années. Et elle présentera en rodage son premier spectacle solo, Brut(e), au Théâtre Granada le 16 novembre.

« Le Théâtre Granada représente quelque chose de spécial pour moi : à ma première nomination l’an dernier, les responsables de la programmation m’ont contactée. Ils avaient vu le numéro sur Internet, ils aimaient ce que je faisais et souhaitaient présenter mon spectacle alors que je n’avais pas encore de producteur », souligne l’humoriste montréalaise qui, en quelques mois, a réuni autour d’elle l’équipe nécessaire pour partir en tournée.

Mais avant d’arriver à Brut(e), petit retour dans le temps. Après un baccalauréat en communication, Mélanie Ghanimé travaille dans le domaine de la publicité quelques années, mettant de côté son rêve d’enfance, celui de gagner sa vie en faisant rire les autres. Alors qu’elle a 25 ans, son conjoint meurt dans un accident de la route.

« Deux ans plus tard, je vais mollo. Je fais mon deuil. Je vais bien, mais je n’ai pas trop de fun à vivre et je lis un livre qui s’appelle Qui a piqué mon fromage? Le livre parle du changement et comment on s’y adapte. Une phrase m’a marquée. Elle dit : si tu n’avais pas peur, qu’est-ce que tu ferais? » se souvient-elle.

Après avoir lu cette phrase, Mélanie Ghanimé ferme le livre, va se coucher et à 4 h du matin, elle s’assoit carré dans son lit et dit à voix haute : « Si j’avais pas peur, j’irais faire la route de Compostelle et je ferais l’École de l’humour, car je veux être humoriste ». Le lendemain, elle démissionne, vend ses biens, déménage chez sa mère le temps d’organiser son pèlerinage. En marchant, elle repense à son rêve d’enfance et décide de mettre de côté ses peurs. La peur de se tromper, de décevoir et de se prendre pour une autre.

Quand les mariés vomissent...

« Pour moi, les gens dans la télévision étaient des gens extraordinaires et je ne savais pas si j’étais une assez bonne personne pour y être aussi. Alors j’ai fait mes études, j’ai eu mon bac. Le décès de mon conjoint m’a fait réaliser que ça pouvait finir n’importe quand, alors je devais essayer, en profiter. L’idée a fait son chemin. »

En 2008, elle entre à l’École nationale de l’humour. À la même époque, elle se lance dans l’animation de mariages. « Quand j’étais sur la scène au début, il y avait comme une vitre entre le public et moi. L’animation m’a permis d’apprendre à accueillir les gens, à partager avec eux. Les mariages m’ont permis d’apprivoiser la scène et de savoir jusqu’où je pouvais aller. »

L’expérience d’animation de mariages lui en a fait voir de toutes les couleurs. Une crise cardiaque pendant les célébrations. Une bagarre entre les invités qui nécessite l’intervention de la police. Un french entre invités désassortis. Une robe de mariée brûlée par une cigarette. Les mariés qui vomissent en chœur, mettant fin abruptement à la fête. Du bon matériel à blagues, quoi!

Mais pendant que Mélanie Ghanimé peaufine ses techniques d’écriture humoristique sur les bancs d’école, elle est frappée par une autre tragédie. Le décès de sa mère.

« Entre le diagnostic et son décès, il y a eu neuf jours. Ç’a été difficile, car avec la mort de mon conjoint, je perdais mes projets, mon avenir. Et avec la mort de ma mère, je perdais mes souvenirs, mon bagage, mon passé. En plus, on partait en tournée de 54 spectacles avec l’École de l’humour et mon personnage incarnait le bonheur! J’étais comme en câliss... Il n’y avait rien de drôle, je dois t’avouer. J’ai été en choc un bon bout de temps », raconte-t-elle en ajoutant que des années de consultations l’ont aidée à rire de nouveau de bon cœur, à découvrir ses noirceurs et ses lumières et, au fil des ans, à accueillir sa sensibilité.

« Avant, je pensais que je devais avoir l’air tough pour réussir, pour avancer. Je ne me donnais pas droit à la douceur ni à la sensibilité. C’était temps que j’y arrive. Dans mon show, je me permets d’aller dans cette sensibilité sans pudeur et ça me permet, en tant qu’être humain et humoriste, une connexion hors de l’ordinaire avec les gens », exprime l’humoriste de 39 ans.

Ne pas avoir l’air gentille

Entre l’École nationale de l’humour et son premier spectacle solo, il y a eu des projets de télévision, comme Cliptoman à MusiquePlus ou Direct dans l’net à Ztélé, et des participations au festival Zoofest, Gala Juste pour rire, Gala Grand rire.

Son parcours l’a menée à Brut(e). « Brut au sens où je vais directement à l’intérieur, dans mes tripes. Brute, parce que ça sort un peu rough quand je parle. Étant donné que les gens apprennent à me connaître, je veux les avertir que le spectacle, c’est quelque chose. Je ne veux pas avoir l’air gentille, il n’y a pas de dentelle », lance-t-elle en riant et ajoutant qu’elle a la mèche courte, qu’elle est contrôlante et qu’elle est « payante » quand elle est en mode panique.

Dans son spectacle, Mélanie Ghanimé parle de gaine, d’épilation laser, de psychologues, des jugements qu’elle porte constamment sur autrui ou sur elle-même, d’échecs sexuels, de pornographie et d’autres anecdotes.

« Je raconte aussi comment j’essaie d’être une meilleure personne. Et que, des fois, c’est difficile », conclut-elle, tout sourire.

Vous voulez y aller?

Brut(e) par Mélanie Ghanimé

Vendredi 16 novembre, 20 h au Théâtre Granada

Entrée : 25,50 $