Ariane Deslions lors de la manifestation du 3 juillet dernier
Ariane Deslions lors de la manifestation du 3 juillet dernier

Meilleure reconnaissance des artistes : une autre manifestation le 7 septembre

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
 L’activité de mobilisation des artistes, le 3 juillet dernier devant l’hôtel de ville de Sherbrooke, n’était que le début. Voilà que le mouvement A.R.T (Artistes reconnus par une rémunération équitable au travail) tiendra une manifestation au même endroit (carré Strathcona), le 7 septembre à 17 h. L’événement a été baptisé « Artistes au travail ». Ce n’est donc pas innocemment si le jour de la fête du Travail a été choisi, explique Ariane Deslions, instigatrice du mouvement.

« Le 3 juillet, c’était une invitation au rassemblement et un appel à tous pour sonner une alerte médiatique. Cette fois, nous allons présenter le regroupement et notre plan d’action pour l’automne. Nous allons notamment pointer le sous-financement municipal en matière d’investissement culturel », insiste Ariane Deslions, rappelant que, dans les 17 régions administratives du Québec, l’Estrie se situe à l’avant-dernier rang quant à l’investissement municipal en culture. En 2018, il était de 47,44 $ par habitant comparativement à 93,71 $ en moyenne au Québec pour la même année.

Ariane Deslions souhaite aussi que le grand public prenne conscience que, bien que le gouvernement autorise jusqu’à 250 spectateurs depuis le 3 août, les salles n’atteignent assurément pas la même rentabilité par rapport à leur réelle capacité d’accueil. Résultat : plusieurs cachets proposés aux artistes sont coupés de moitié.

« Des salles de 250 ne permettent pas non plus de reconfirmer des ententes ni de rétablir des tournées. Il faut des mois pour ça. Les frontières ne sont toujours pas rouvertes. On ne connaît pas non plus l’issue de la PCU. Il y a encore beaucoup d’incertitude quant à de possibles élections fédérales à l’automne ou une deuxième vague de COVID. »

« Bref, nous souhaitons sensibiliser la population et certaines des actions à venir seront davantage destinées au public pour engager un dialogue sur la reconnaissance du métier. Le 3 juillet, on avait surtout parlé de la survie du milieu des arts vivants. »

Levier politique

Ariane Deslions précise que la manifestation du 7 septembre sera sonore et visuelle et qu’elle mettra surtout les artistes à l’honneur. « Le lendemain, lors du conseil de ville du 8 septembre, nous irons déposer nos propositions et recommandations auprès des élus. L’investissement municipal en culture peut devenir un levier politique. Il ne tient qu’à nous de le demander en prévision des budgets qui seront adoptés en novembre et décembre. »

Qu’en est-il de la Brise culturelle, initiative mise sur place en catastrophe durant l’été par la Ville? Ariane Deslions, tout en saluant la noble intention derrière, constate que ce n’était pas suffisant. « Pour nous, cette réponse de la Ville est une belle victoire et elle nous indique que nous pouvons être entendus. Mais seulement une poignée d’artistes de la région ont pu en bénéficier. La plupart n’ont eu qu’entre un ou trois contrats durant tout leur été, contre 25 à 40 en temps normal. »

Parmi les mesures qui seront annoncées le 7 septembre, Ariane Deslions cite la rédaction d’un mémoire parlementaire destiné aux deux ordres de gouvernement. « Nous travaillons avec nos députés provinciaux et fédéraux, qui ont reconnu l’engagement du regroupement A.R.T. Mais nous voulons aussi inviter les artistes à s’engager davantage. Nous comptons une centaine de membres pour l’instant, mais ce n’est pas suffisant pour les prochaines actions. » 

Ariane Deslions rappelle également que la plupart des artistes en région ne sont pas membres de syndicats ni de regroupements comme l’Union des artistes ou la Guilde des musiciens.

« Pour en faire partie, il faut avoir accumulé 30 crédits, et ça, en région, ça peut représenter 25 ans de métier. Je suis membre stagiaire de l’UDA, et après huit ans, je n’en suis qu’à quatre crédits. Le problème est que personne en région ne signe des contrats reconnus par l’UDA, à part peut-être Télé-Québec et Radio-Canada. Il faut aller travailler à Montréal pour y arriver. »