Mehdi Bousaidan : électron heureusement très libre

Il a l’énergie de sa jeunesse, la vitalité de sa génération, le verbe supersonique (l’articulation écope d’ailleurs un peu parfois), un penchant non caché pour les bébelles électroniques, mais Mehdi Bousaidan, avec son premier spectacle solo Demain, offre vraiment une super soirée en sa compagnie.

Le Vieux Clocher de Magog n’était pas comble (225 personnes environ), et c’est bien dommage, car l’humoriste d’origine algérienne a vraiment livré une performance du tonnerre. On en a d’ailleurs eu doublement la preuve quand la technique l’a laissé tomber, ce qui l’a forcé à plusieurs pirouettes et à beaucoup d’improvisation. Jamais, toutefois, il n’a perdu ses moyens et s’en est même vachement bien tiré.

Mais, bon, quand on travaille avec deux gros écrans géants sur scène et qu’on parsème sa prestation de moult effets sonores (bref, l’antipode de Simon Leblanc), on s’expose à ce que les machines flanchent parfois. Ça a commencé par un coin d’écran qui est resté noir (ce qui s’est heureusement vite réglé), puis par le micro principal qui a rendu l’âme. Une guigne qui a forcé Mehdi a utilisé, pour les deux derniers tiers du spectacle un micro avec (quelle honte pour la génération Y)… un FIL!

« On se croirait revenu aux cabarets! Et voici maintenant Dodo! » de lancer l’humoriste avant de faire contre mauvaise fortune bon cœur. On ne saura pas de quels effets sonores l’assistance a été privée hier soir, mais une chose est sûre : aucune lacune n’a transpiré durant le reste de la soirée, signe que, derrière les aspects cosmétiques, le cœur du spectacle est bien solide.

CAMÉLÉON

Ce cœur, c’est d’abord Mehdi en tant que tel, artiste-caméléon hyper doué, dont les talents d’acteur ne font aucun doute, et qui sait mettre à profit ses qualités d’observateur. Un des morceaux de choix de son spectacle est lorsqu’il entame un sacré tour d’horizon de la planète, initiant son public aux différences entre les langues asiatiques, aux prénoms africains interminables, aux sports d’origine norvégienne et surtout aux cinq types d’interprètes qu’on retrouve dans un reggaeton. Sans oublier la dame de la cabane à patates frites du coin. Le tout avec la juste dose d’amour nécessaire à toute caricature.

Ensuite, il y a tout le propos de l’humoriste, intelligent, fin, émouvant même lorsque, dans les dernières minutes, il raconte comment il s’est lié d’amitié avec un prisonnier à la suite d’un spectacle dans un centre de détention (avec un punch incroyable à la fin).

Mais ce qui est vraiment emballant dans les thèmes abordés par Mehdi, c’est que ce sont, à quelques exceptions près, les mêmes qu’aurait abordés un homologue québécois francophone du même âge. Avec, évidemment, une ouverture sur le monde que favorise la position d’immigrant, et bien sûr quelques anecdotes sur cette différence dont il ne peut faire totalement abstraction, mais le sujet est juste effleuré de temps à autre, voire accessoire.

Pour le reste, Mehdi Bousaidan est juste un jeune Québécois de sa génération, un autre des meilleurs numéros étant d’ailleurs celui où il associe le type de sonnerie d’iPhone à une personnalité.

SUR « MEDFLIX »

Quant à l’aspect technique du spectacle (on se retrouve dans le salon d’un couple qui décide de regarder le spectacle de l’humoriste sur « Medflix »), il prend un certain temps à s’installer (on perd quelques répliques), mais il finit par faire mouche, surtout quand Monsieur et Madame commettent erreur après erreur avec la télécommande. Cela permet aussi une pseudo-interaction avec la salle, jeu auquel l’auditoire se prête volontiers.

Surtout, tout l’arsenal déployé ne freine pas Mehdi dans son interaction avec le public, avec plusieurs moments de « conversation » qui lui permettent de rebondir. Exceptionnellement hier, il a plutôt jasé avec ses techniciens impuissants à régler le problème, les congédiant gentiment. Qu’il se rassure : malgré les pépins, ses 105 minutes de spectacle ont passé trop vite.