Sur 10 ans déjà, Maxime Landry aborde de front des sujets « durs » parfois même « tabous ».

Maxime Landry: Faire briller les émotions sombres

Ne voulant pas passer à côté de son 10e anniversaire de carrière sans « remercier » ses fans, Maxime Landry a souligné l’événement en lançant, le 22 novembre dernier, un 6e album intitulé 10 ans déjà.

Et il a travaillé fort pour que ce disque puisse paraître coïncider avec la sortie de son premier opus, Vox pop, sorti 10 ans plus tôt jour pour jour...

Sur ce disque – qui délaisse complètement la batterie, pour laisser toute la place au piano à queue (de Catherine Maurois, sa complice de longue date) et aux cordes (du Quatuor Orphée) – Maxime Landry estime s’être livré comme jamais. 

Dès la chanson ouvrant l’album (en lui donnant son titre), le Beauceron se confie, tout en tutoyant son public. « J’ai toujours été proche du monde », convient l’artiste, qui aime engager (et prolonger) les discussions avec ses fans, tant à l’issue de ses concerts qu’à la radio. Car Maxime Landry a animé son émission, diffusée en réseau sur les ondes de Rouge FM de 2015 à 2018.

Contrairement à Nos histoires, son album de 2017, dont les textes se faisaient l’écho de récits que sn entourage ou ses auditeurs lui avaient confiés, il profite de l’intimité que lui confère le dépouillement orchestral pour se raconter, lui. « C’est un album très personnel. [...] Je me suis moins caché derrière les histoires des gens. » 

Même s’il n’est pas l’auteur de tous les textes (8 sur 12 sont tout de même de son cru), les chansons qui le composent sont autant de façon de dire : « Ça, c’est moi, ce n’est [plus seulement] une histoire. Voici mon histoire, voici mes craintes d’être humain. » 

En commençant par celle de ne pas avoir d’enfants, peur qui se profile faute d’avoir trouvé « la bonne personne ». Il n’a pas beaucoup eu le temps de chercher, ces 10 années ayant défilé sous ses yeux à la vitesse de l’éclair, entre ses disques, ses concerts, ses émissions... et ses quatre romans (le dernier livre, Fils cherche père, si affinités, est paru cette année). Cette crainte est abordée dans Les deux hommes, texte sur l’homoparentalité que lui avait offert Lynda Lemay 

Maxime Landry aborde aussi son homosexualité sur Percer le silence, un titre que lui avait offert Sarah Bourdon il y a près de 10 ans, et qu’il a régulièrement chanté à ses proches, sans avoir jamais osé l’endisquer. 

Son orientation sexuelle, il l’a révélé au grand public cette année, devant les caméras de Y’a du monde à messe. « Un peu par accident », sans l’avoir planifiée, dira-t-il. « Cette chanson, toute ma famille la connaissait. Mais [avant] ce n’était pas le bon temps de la faire », a-t-il estimé. 

La révélation de son homosexualité a été « très bien accueillie » par son public, constate-t-il. « En même temps »... pourquoi les gens se crisperaient-ils encore sur le sujet, aujourd’hui? poursuit-il, sans bravade, mais sans baisser le regard. « Je ne fais de mal à personne; et puis, au final, c’est un beau thème : on parle d’amour, là », pas de sexualité.

« Sujets durs »

Avec ses ambiances piano-voix, l’album en entier est teinté de cette atmosphère de confession. Maxime Landry y aborde de front « des sujets durs » parfois même « tabous », tel que la solitude du Quatrième âge (Mon grand-père est vieux) et la mort (La fin du show), le viol et la pédophilie (J’avais 10 ans) ou encore la prostitution (Lettre au Bon Dieu). Pas des sujets qui le concerne toujours directement, mais qui l’ont profondément ému, même à titre de témoin plus ou moins distant. 

Comme cette prostituée qui déambulait dans son voisinage, lorsqu’il a déménagé à Montréal, et qu’il voyait vaquer à ses activités le long du trottoir « carrément sous [sa] fenêtre ». « Je ne pouvais pas ne pas la voir... et, en même temps, j’étais très mal à l’aise de l’observer sans pouvoir rien faire. On se sent tellement impuissant! [...] J’essaie de me glisser dans la peau de cette personne. [...] Non pas par plaisir, mais par empathie. »

Le disque est d’ailleurs porté par cette « conscience que le monde n’est pas toujours beau », poursuit Maxime Landry. « J’entends souvent dire qu’on ‘vend du rêve’, nous les chanteurs. Pardon? C’est pas tout le temps rose, dans ce métier. Les choses, on les vit même quand elles sont plus dramatiques. Pourquoi est-ce qu’on ne les chanterait pas? » 

Ainsi, les chansons de 10 ans déjà véhiculent des « émotions lourdes » qui « méritaient d’être chantées ». Les moments de joie subsistent, au détour des textes, mais ils restent timides, plus en retrait. « Je ne dirais pas que c’est ‘la fin de l’innocence’, mais ça prenait un peu de maturité pour chanter ça. »

Avec ce disque de facture classiciste, Maxime Landry continue de prouver – ce qu’il a aussi fait au fil de ses romans – qu’il n’est pas un simple « produit » télévisé. Qu’il s’inscrit le front haut dans la tradition de la grande chanson française, en embrassant sa filiation avec son mentor de la première heure, Lynda Lemay, et celle de son idole, Charles Aznavour.

Silence radio ?

Son album, il l’offre comme un « cadeau », en gage de reconnaissance envers le soutien qu’il a toujours ressenti depuis sa victoire à Star Académie, en 2009. 

« Je suis issu d’un concours, et j’ai toujours été reconnaissant de cet amour-là, de cette proximité avec le public [...] Je sais à quel point c’est une chance, de pouvoir chanter, d’avoir pu réaliser le rêve que j’avais depuis que j’ai douze ans, grâce à cet amour-là. Pouvoir encore faire des disques en 2019. C’est une chance, mais c’est un risque, aussi », indique Maxime Landry, qui est son propre producteur, via l’étiquette Le Veilleur.

Mais, vu l’état actuel de l’industrie du disque, Maxime Landry est convaincu qu’il ne « fera pas vraiment d’argent » avec cet opus. Contrairement à Vox Pop, qui fut certifié deux fois platine, par exemple.

« Je sais pas ce qui va arriver avec cet album. [...] Je sais très bien que ces chansons ne tourneront pas à la radio », dit-il, d’un ton résigné.

Il le pressent trop maussade pour être présenté en festivals, mais demeure confiant que son public lui tendra à nouveau les bras, dans l’ambiance plus intimiste des salles de spectacles. La tournée de 10 ans déjà – pour laquelle Maxime Landry entrevoit une formule piano-voix, ou à peine moins « légère » – ne s’amorcera toutefois pas avant l’automne 2020, car ses autres tournées – Nos histoires, mais aussi Francostalgie – se poursuivent à un rythme trépidant, au point d’accaparer déjà une centaine de dates l’an prochain. 

La tournée Francostalgie passera d’ailleurs par Sherbrooke le 16 janvier. Durant cette revue musicale Maxime Landry et ses complices – Éléonore Lagacé, Michaël Lagavé et Vanessa Duchel – revisitent 65 grands succès francophones, d’Aznavour à Hallyday en passant par Dassin, sans oublier Charlebois, Dufresne et Céline Dion. 

Vous voulez y aller?

Francostalgie
Jeudi 16 janvier 2020, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 64$