À peine une semaine après la sortie de son nouvel opus Weird Ones, Matt Holubowski a donné une des premières prestations de sa nouvelle tournée au Théâtre Granada.

Matt Holubowski au Granada: riche, généreux mais en quête de connivence

Matt Holubowski peut dormir sur ses deux oreilles : le public sherbrookois lui est acquis. Comment expliquer qu’encore 500 personnes soient venues l’entendre au Théâtre Granada seulement une semaine après la sortie de son plus récent gravé Weird Ones?

En 2016 aussi, il s’était pointé en Estrie très tôt au début de sa tournée, mais c’était quand même un mois après la sortie de Solitudes. Le public avait eu le temps de se mettre ses chansons dans les conques. Cette fois, il y avait, dans la réaction de l’auditoire, la retenue qui accompagne naturellement la découverte d’un nouveau répertoire. Retenue qui disparaissait aussitôt que le chanteur se lançait dans une de ses anciennes pièces.

La prestation offerte vendredi soir était donc en quête d’une connivence avec le public, surtout dans le premier tiers. En quête d’une certaine aisance aussi de la part de l’artiste, pour qui c’était probablement un des premiers spectacles avec tel déploiement (cinq musiciens pour l’accompagner!).

En revanche, la salle a été gâtée en richesse sonore, en variété d’arrangements et en éléments de mise en scène.

On ne peut que saluer telle offrande… ni s’empêcher de constater, malgré tout, à quel point le dépouillement sied à ce chanteur à la voix unique. Si l’on comprend très bien Matt d’avoir voulu explorer de nouvelles couleurs musicales, la magie, elle, était quasi instantanée dès que l’artiste s’installait seul au Rhodes ou s’accompagnait seulement de sa guitare. Il y a donc fort à parier que ce tour de scène s’allègera au fil de la tournée, à mesure que le contact avec l’assistance s’étoffera.

Buffet de textures

Richesse sonore, disions-nous donc, avec même du cor français, qu’on ne percevait malheureusement pas toujours dans le buffet de textures provenant de la scène, malgré une sono beaucoup mieux réussie que lors du premier passage de Matt il y a quatre ans.

Il faut dire que le quintette de musiciens est vraiment impressionnant. Tous jouent d’au moins deux instruments, d’où ce sentiment de générosité extrême émanant du spectacle. Générosité scénographique aussi, avec des éclairages élaborés, un fond de scène évoquant la pochette du plus récent disque, dont une lune qui sert d’écran pour les projections. Certaines passent plus inaperçues, d’autres font sourire, comme ce vieux cartoon de Félix le chat à la fin de Down the Rabbit Hole.

C’est justement avec cette chanson (la quatrième de la feuille de route), qui s’est amorcée avec Matt seul au clavier, qu’on a senti la première connexion avec le public. Auparavant, Weird Ones, Thoroughfare et Two Paper Moons, chansons plus cérébrales tant dans leur mélodie que leurs arrangements presque pop psychédélique (les sonorités électroniques sont très présentes), ont été accueillies plus sagement, suscitant davantage l’analyse que l’organique.

Il faut dire que les nouvelles chansons de Matt sont élaborées sur des structures très libres, où il est plus difficile de s’accrocher à un refrain. Tout était sur la coche, mais la proximité inhérente du folk manquait un peu.

La connexion du roi

C’est lorsque sont arrivées Undone et The King, deux incontournables de l’opus précédent, que le contact a été établi pour de bon. Matt s’est offert ce petit plaisir de brouiller les pistes en triturant les premières mesures, surtout celles d’Exhale/Inhale, méconnaissables. L’effet de surprise au moment du refrain était très réussi.

Matt a aussi fini par se dégêner, à parler davantage, à raconter quelques anecdotes, avec beaucoup d’humilité d’ailleurs lorsqu’il a prévenu qu’il pourrait se tromper dans certaines pièces qu’il n’avait pas jouées depuis longtemps — et c’est effectivement arrivé avec L’imposteur. Mais ça en valait vraiment le cou (il ne peut pas ne pas faire au moins une chanson dans la langue maternelle de ses premiers admirateurs). À garder impérativement. Tout comme cette finale avec Love, the Impossible Ghost, sur un decrescendo à donner des frissons.

On peut présumer que les interventions de Matt se personnaliseront à mesure que ses repères deviendront automatiques. De toute façon, Weird Ones est un album trop réussi pour ne pas mériter tous les efforts afin qu’il épouse parfaitement la scène.