Le parcours de Mathieu Cyr est tout ce qu’il y a de plus atypique, lui qui s’est lancé dans le monde de l’humour à l’âge de 29 ans, après avoir occupé une quarantaine d’emplois différents dans sa jeunesse.

Mathieu Cyr : Déficit d’attention, excédent de rires

Si le dévoilement de Philippe Laprise sur son TDAH a fait beaucoup parler et a sensibilisé de nombreuses personnes sur ce problème, l’humoriste saguenéen est loin d’être le seul artiste à composer avec ce trouble de l’attention. Mathieu Cyr en sait aussi quelque chose. Il a trimé dur pour, aujourd’hui, mériter sa place dans le monde de l’humour québécois. Le nomade de Beauharnois a dû développer sa capacité à faire rire les autres dès son jeune âge, justement pour composer avec les changements d’écoles fréquents occasionnés par son TDAH.

« J’ai tout le temps été le clown de la classe et j’ai fait six écoles différentes au secondaire, raconte-t-il d’emblée en blaguant. Quand tu es le petit nouveau, faut que tu fasses rire pour être accepté. Vu que j’étais le nouveau tous les trois mois, j’ai joué au clown pas mal plus souvent que les autres. »

Il explique que sa condition a été un désavantage majeur dans sa jeunesse, avant de lui permettre de voir les choses différemment. « Ça m’a pris du temps à l’apprivoiser. C’est tough à mettre sous contrôle parce qu’au début, tu ne sais pas que tu l’as. Tu te demandes : c’est moi qui suis épais? Me semble que je ne suis pas si con que ça! » raconte l’humoriste à temps plein.

40 emplois plus tard

C’est seulement à l’âge de 29 ans que Mathieu Cyr a commencé à s’intéresser à l’humour, après avoir occupé près d’une quarantaine d’emplois et traversé une rupture seul à l’autre bout du pays.

« J’ai vendu de la viande au téléphone, j’ai livré des pizzas, j’ai livré des poissons dans l’État de New York, j’ai donné des cours de planche à neige partout à travers le monde, j’ai planté des arbres dans l’Ouest canadien et j’ai été portier. J’ai tout fait! s’esclaffe-t-il. Mais toutes ces expériences, combinées avec mon trouble de déficit de l’attention, m’ont amené une vision du monde pas du tout conformiste, ce qui est une excellente source de matériel. Ça fait en sorte que les gens sont capables de s’identifier à ce que je dis », poursuit l’humoriste.

Le jour d’une Saint-Valentin où il vivait dans l’Ouest canadien, Mathieu a eu la nouvelle que sa copine l’avait quitté. « Je venais d’acheter un kit d’infirmière à ma blonde quand elle m’a dit de le mettre, vu qu’elle me laissait, parce que je ne faisais rien de ma vie. Pour votre information, je l’ai essayé, mais il ne me faisait pas. »

« Quand je suis revenu à Montréal deux mois plus tard, j’ai décidé d’essayer la seule chose que je n’avais pas faite encore : du stand-up comic. C’était ça ou plongeur sous-marin. Je suis tombé amoureux de la scène dès ma première prestation dans le sous-sol du Nouvel hôtel, le premier comedy club de la ville. »

C’est peu après cette première prestation qu’il s’est inscrit à l’École nationale de l’humour, faisant partie de la prolifique cuvée de 2007 qui comprend les humoristes à succès François Bellefeuille, Louis T. et Simon Gouache.

Une vie hors du commun

Mathieu Cyr, un « granola fini qui habite en commune avec un autre couple et qui fait l’école à la maison à ses enfants », estime qu’il fait de l’humour pour tous en raison de ses multiples expériences de vie.

« J’aime parler d’enjeux actuels, mais sans faire la morale. Il faut que ce soit drôle à la base. C’est ma priorité. Personne ne paye pour aller voir un spectacle d’humour et se faire moraliser pendant deux heures, confie-t-il. Je parle de mon TDAH aux 15-25 ans, de mes jeunes enfants aux 25-40 et de mes rénos de maison aux 40 et plus. Donc, tout le monde se reconnaît! »

L’humoriste, qui compte plus de 200 000 abonnés sur les réseaux sociaux, s’est produit en Europe au fil des dernières années. Selon lui, les publics français et belges sont très différents les uns des autres en matière de style d’humour.

« Je trouve que les Belges sont vraiment nos frères de sang. La France, c’est beaucoup plus stiff. Le stand-up ne fait que commencer à percer là-bas (merci à YouTube et Netflix!). Les Belges sont très ouverts, ils rient fort, ce sont les Québécois de l’Europe. Ils m’ont fait revenir sur la scène pour un rappel trois fois. C’était la première fois que je voyais ça dans le monde de l’humour. Paraît que c’est un classique là-bas. C’était toute une expérience! » conclut-il.

Vous voulez y aller?
Mathieu Cyr en rodage
Les 21 et 28 juillet, 20 h
Pavillon des arts et de la culture de Coaticook
Entrée : 27 $ (membres : 24,30 $)