Sept ans après Condamné à l’excellence, son précédent tour de piste, Martin Matte revient à l’avant-scène avec un nouvel effort solo, Eh la la..! qu’il présentait pour la première fois au public sherbrookois, mardi soir. L’humoriste monte à nouveau sur la scène de la salle Maurice-Bready mercredi et jeudi soir.

Martin Matte : as de la scène

D’abord, un constat : les sept ans que Martin Matte a passés loin de la scène n’ont pas altéré son sens du spectacle. Il commence à peine la tournée de son troisième effort solo, Eh la la..! et on ne dirait pas. Le show est abouti. Incarné. Ficelé jusque dans le menu détail.

Devant une salle Maurice-O’Bready remplie au bouchon et gagnée d’avance, il a lancé mardi soir la première de ses trois représentations sherbrookoises. Une heure et demie tricotée serrée sans entracte ni temps mort pendant laquelle il enchaîne les anecdotes, souvent en prenant appui sur son entourage.

Les savoureuses fausses histoires de famille dans lesquelles il entrelace quelques éléments de vérité ont du punch et frappent là où ça fait rire. Là où ça fait mal, aussi, un peu.

Parce qu’il grafigne au passage des zones sensibles, il nous met en plein visage les travers de notre bien-pensante société.

C’est que celui qui a connu le succès télévisé avec ses Beaux malaises sait y faire au chapitre de l’embarras. Il jongle avec celui-ci jusqu’à la limite, heurte nos bons sentiments, et s’en sort la plupart du temps avec une habile pirouette humoristique.

Si son personnage affiche encore une arrogance crasse, il évite le piège de trop cogner sur ce clou-là.

Mais il n’hésite évidemment pas à décocher ça et là quelques flèches bien senties. Tantôt sur des cibles faciles, tantôt sur d’autres moins évidentes.

Des réserves? À vrai dire, pas tellement. On sent la fébrilité du début de la tournée, mais sans maladresse, sans faux pas. Si deux ou trois gags tombent à plat, la plupart font mouche.
 
Jamais ennuyant, le maître de l’ironie occupe toute la scène dans son décor qui se déploie comme un immense cadre qui est tantôt tableau noir, tantôt écran sur lequel défilent images et vidéos. En dire plus gâcherait la surprise. Mais soulignons que c’est bien pensé, bien dosé.  

DES TRAVERS ET UN PEU DE LUMIÈRE

Dans tout ça, à force de mimiques et de jeu physique, Matte habite chaque phrase, chaque mot. Les thèmes qu’il aborde s’arriment les uns aux autres avec naturel. Il faut saluer ici le souffle des textes (que l’humoriste cosigne avec François Avard), grinçants juste ce qu’il faut, pétris de clins d’œil, d’images, de retours en arrière et d’habiles digressions qui portent le propos ailleurs. Matte en arrive à parler de maladie, de mariage, d’éducation des enfants, d’adolescence ingrate, de faim dans le monde, de famille et de poésie. Toujours avec brio.

En résulte un spectacle qui s’apparente à la chronique d’une époque désenchantée.

L’as de la scène y va par exemple d’une jolie salve contre Facebook, tout ce qu’on y pêche, tout ce qu’on préférerait ne pas y trouver. L’insignifiance des publications, la bêtise des commentaires, les raisonnements bancals affichés comme de grandes vérités, la futilité de la course aux likes, le ridicule des « conversations » qui s’y nouent. Tout y passe. Dans la salle, ça rit. Beaucoup. Parfois un peu jaune, peut-être.

« Il a raison. C’est pas mal ça, quand même », remarque un spectateur.

C’est pas mal ça, quand même, oui.

C’est sans doute là la force de ce nouveau one-man-show : sans en avoir l’air, toujours en passant par le chemin de l’anecdote personnelle, il nous tend un miroir grossissant qui révèle nos propres contradictions. Il y a du laid. De l’ingrat. Du triste, aussi. Mais Eh la la..! , on en rit. Et on sourit quand, parfois, un éclat de lumière s’invite dans le reflet de la glace. Parce qu’il y a de ça, aussi.

Il reste très peu de billets pour les deux autres représentations du spectacle Eh la la..! , mercredi et jeudi. L’humoriste sera cependant de retour à la Salle Maurice-O’Bready les 5 et 6 décembre 2018.

Mention honorable à Daniel Grenier qui a assumé la (très) courte première partie. Dix minutes savoureuses au cours desquelles il a joliment mis la table avec son humour décalé et imagé.