Le chanteur Martin Léon a présenté jeudi soir au Théâtre Granada de Sherbrooke la dernière de la tournée québécoise Les atomes : laboratoire exotique, devant environ 400 personnes.

Martin Léon arrête le temps

CRITIQUE / Que penser d’un artiste qui lance un album en 2010, puis qui le présente sur scène… en 2013 (mais seulement à Montréal et Québec), puis amorce sa tournée québécoise… en 2017? Inconscience marketing? Caprice artistique? Ou simplement grande liberté et confiance envers la vie?

Une chose est sûre : quand on sort du Laboratoire exotique de Martin Léon, on n’a plus envie de s’en faire pour quoi que ce soit, on souhaite se laisser porter non seulement par sa musique, mais par sa façon de voir la vie, dans une zénitude consciente, qui n’a rien à voir avec l’insouciance, mais plutôt avec le fait d’embrasser le monde tel qu’il est.

En tout cas, on ne peut pas dire que le chanteur ne donne pas l’exemple, en ayant pris le temps de faire les autres choses qu’il aime (voyager et écrire de la musique de film) entre chacune des étapes qui ont ponctué la vie de son opus 3 Les atomes. En cette ère où les chanteurs se dépêchent de remonter sur scène à peine leur nouvelle galette lancée, la méthode Léon tranche sérieusement.

Quelque 400 personnes ont donc assisté, jeudi soir au Théâtre Granada, à la fin de cette tournée que plus personne n’osait espérer. Car en 2013, installé au Quat’Sous de Montréal, Léon avait fait 16 soirs à guichets fermés et 37 supplémentaires, en plus de remporter le Félix de metteur en scène de l’année pour cet objet scénique biscornu. Plusieurs amateurs en région, qui salivaient d’impatience, s’étaient ainsi sentis oubliés.

Ils ne perdaient rien pour attendre. Martin Léon leur avait réservé la crème de cette performance dans laquelle Fred Pellerin rencontre les Grands Explorateurs. Un mélange de carnets de voyage racontés, de chansons encore reconnaissables mais épicées autrement et réarrangées pour deux musiciens, avec, en fond de scène, des projections d’images et de séquences vidéos. La plupart avaient été captées lors de voyages en Asie, surtout dans la péninsule indochinoise, mais certaines avaient été créées pour la circonstance.

Déconstruire L’invisible

Bref, une sorte d’ovni scénique, mais qui fonctionnait à merveille. Martin Léon entraînait directement, de façon totalement inédite pour son créneau, sur les sentiers ayant présidé à la naissance de ses chansons, la plupart du temps dans une formule poétique ou narrative. Mais l’exercice avait parfois des allures presque pédagogiques, notamment lorsqu’il déconstruit le processus de création de sa chanson L’invisible.

Aussi habile dans le récit que dans l’interprétation, Martin Léon pouvait se permettre d’arrêter complètement la musique pendant quinze minutes pour simplement raconter une anecdote de voyage. Il pouvait ensuite enfiler deux ou trois chansons d’affilée, voire en transformer une en poésie récitée (Grand Bill, de son premier album Kiki BBQ), le tout d’une manière extrêmement fluide, sans aucun heurt de transition.

Il faut dire qu’il pouvait compter sur une solide équipe, à commencer par le multi-instrumentiste mais surtout percussionniste Alexis Martin, ainsi que des techniciens du tonnerre. Aucun pépin technique à signaler et la sono de ce spectacle bien rodé, qui ne devient jamais tonitruant, méritait un dix sur dix.

La prestation n’était pas exempte d’humour, non seulement dans les monologues, mais aussi en chansons, avec ce faux karaoké (les paroles de C’est ça qui est ça) superposées au plus kitch film asiatique jamais tourné.

Mais c’est davantage la philosophie Léon qui fait sa marque dans son spectacle et dans ses chansons. Cette façon d’accepter ce qui se produit, de se laisser porter par les événements, de s’émerveiller des hasards, de profiter des rencontres que la vie met sur votre chemin, de faire confiance à ce qui doit ou ne doit pas arriver...

On repart ainsi chez soi non seulement avec l’envie de réécouter plus attentivement les chansons de sieur Léon, mais d’essayer de vivre un peu comme lui.