Martin Giroux veut organiser une tournée québécoise du spectacle hommage qu'il a consacré à Richard Desjardins, épaulé par le pianiste Francois Dubé.
Martin Giroux veut organiser une tournée québécoise du spectacle hommage qu'il a consacré à Richard Desjardins, épaulé par le pianiste Francois Dubé.

Martin Giroux : Richard Desjardins tatoué sur le cœur

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Martin Giroux a l’irrépressible envie de partager son amour pour Richard Desjardins aux quatre coins du Québec. Pour «faire découvrir ou redécouvrir» le répertoire du poète abitibien, bien sûr, mais pas seulement. Il en profite pour se raconter, à travers les liens intimes qu'il entretient avec ce répertoire.

Desjardins, Giroux l’a tatoué sur le cœur depuis toujours. Ou en tout cas depuis qu’il l’a découvert, à l’adolescence – presque par accident, lors d’un roadtrip adolescent.

Son amour pour Richard Desjardins, Giroux en a souvent témoigné sur scène. En février dernier, à Gatineau, il lui a même consacré le spectacle hommage Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours.

Ce spectacle d’une heure et demie –  un show intime donné en duo avec le pianiste François Dubé – Giroux n’a pu en donner qu’une seule représentation – sur la Scène des Galeries Aylmer, à Gatineau – avant que ne surviennent la COVID et la fermeture des lieux de diffusion.

Un concert au fil duquel Giroux ne se contente pas de réinterpréter les tounes de son idole: il se raconte aussi à travers les mélodies et les mots du poète.

«Il y a une histoire, un concept. C’est un peu [le récit de] ma vie avec Richard Desjardins. À chaque grand moment de ma vie musicale, il y a toujours eu du Desjardins. Et je n’invente rien; c’est vraiment ce qui s’est passé.»

L’idée de cet hommage lui trottait dans la tête «depuis des années». 

Si Martin Giroux a osé se lancer dans une carrière musicale, c’est largement par fascination pour le poète, indique le rockeur d’origine gatinoise. «C’est un peu grâce à Richard Desjardins si je fais carrière dans ce métier aujourd’hui», avoue l’émule, qui a signé trois album solo à son nom, en marge des comédies musicales Dracula» et Notre-Dame de Paris

Depuis l'adolescence

Sa ‘rencontre’ avec Desjardins remonte à l’adolescence. «Un coup de cœur instantané!» 

«J’avais 15 ou 16 ans, on faisait un road trip jusqu’en Floride, avec des amis. On avait pris le char du père de mon ami, et il y avait la K7 des Derniers Humains qui traînait, qu’aucun de nous ne connaissait. Et là on entend Les Yankees ! [pause songeuse] Nos yeux sont devenus plein d’eau instantanément; c’était la première fois que ça m’arrivait. Ç’a été l’élément déclencheur de tout ! »

Une révélation immédiate...

«D’un coup, Je me suis mis à apprendre toutes les chansons de Richard à la guitare – enfin, toutes celles que je pouvais jouer, parce que je commençais (donc techniquement limité). Je n’écoutais QUE ça! Pendant que tous mes amis écoutaient des trucs comme Green Day ou Pennywise, moi j’apprenais ses textes et ses mélodies par cœur. »

Quelles que soient les  circonstances, quand Martin Giroux est sur scène, il rate rarement une occasion de jouer «deux ou trois tounes» de son idole – «c’est systématique! ».  Une habitude qui remonte à ses débuts, lorsqu'il écumait les petites scènes des bars gatinois – comme La Boîte à chanson ou le Raftsman.

Je ne peux pas passer à côté. Ses chansons sont grandioses. Et les gens embarquent tout de suite. Je sais que [la pandémie] c’est un mauvais moment pour se garrocher partout, mais tu commences les premiers accords du ‘Chant du bum’ et tout le monde a envie de [se prendre par le bras] en chantant ‘J’aurais du donc du ben du...!’ [...] Je sens toujours l’émerveillement [de la foule] quand je fais du Desjardins.»

Et Martin Giroux a autant de plaisir à partager les «chansons plus obscures» du poètes, surtout celles qui «viennent me chercher personnellement», à commencer par L’effet Lisa (tirée de l’album Boom Boom), qu’il adore «pour la beauté des mots, et aussi parce qu’elle représente une période très spécifique de ma vie».

Un extrait vidéo (images de Mathieu Béland) du spectacle hommage Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours, que Martin Giroux et François Dubé consacrent à Richard Desjardins:

Carte blanche

La pandémie l’a freiné dans son élan, mais Martin Giroux  a toujours la ferme intention de présenter «Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours» à travers la province. 

Le tandem avait fait faire une captation du spectacle hommage, histoire de le présenter «aux diffuseurs et aux bonne personnes», explique Martin Giroux. L’un des premiers à avoir réagi très positivement à cette vidéo, c’est Richard Desjardins lui-même. Qui lui a donné sa bénédiction.

«J’ai carte blanche, se réjouit Martin Giroux. Même au plan des arrangements musicaux.»

Avec François, on a réarrangé des chansons. On a ajouté du piano à certaines qui étaient seulement à guitare».

Les deux hommes se sont rencontrés  en 2000, dans le cadre du concours-vitrine Tout Nouveau Tout Show, à l’issue duquel Giroux s’était rendu en finale (au côté de Pierre Lapointe). François Dubé était le directeur musical de ce spectacle présenté à la Maison de la culture de Gatineau. 

«J’ai approché François à la fin 2019, et il a trippé dès la première répétition. Les compositions de Desjardins, c’est pratiquement de la musique classique, au niveau de la théorie musicale», estime Martin Giroux.

Le chanteur n’a pas de date précise à partager pour l’instant. En coulisses, il continue d’approcher les diffuseurs du Québec, pour sonder leur intérêt et les convaincre de réserver des dates une fois que les Grands remous de la pandémie seront derrière nous.

«Si c’était juste de moi, plaisante Martin Giroux, je ferais toutes les chansons [de Richard Desjardins en spectacle]. Mais il faut faire des choix, pour que ça tienne en une heure et demie.»

Top 3 

«Ses chansons vont rester éternelles. L’homme aussi. C’est quelqu’un de très grand, qui va marquer le Québec longtemps, [tant au plan poétique] qu’au niveau de son implication sociale.» Reste que les chansons de Desjardins ne sont pas assez entendues à la radio et à la télévision, estime Martin Giroux. «On le voit moins, alors c’est important de diffuser sa musique encore.»

Dans son top 3 figurent, dans l’ordre, Les Yankees («C’est une histoire qui raconte tellement tout en même temps!  Et ç’a été ma première»); L’homme Canon («elle vient me chercher à chaque fois. La mélodie. Ses mots. Il parle à un chum. On dirait qu’il me parle.»); L’effet Lisa, «Elle, c’est un gros, gros coup de cœur intense qui [me fait vibrer] dans tout mon être

«Si c’était juste de moi, je ferais toutes les chansons. Mais il faut faire des choix, pour que ça tienne en une heure et demie», sourit-t-il.

Durant la pandémie, le chanteur s’est reconverti en artisan du bois. Avec deux partenaires d’affaires – sa blonde et un ami, précise-t-il – il a fondé en février dernier Toi et Bois Qc, un atelier d’ébénisterie basée à Saint-Sauveur, dans les Laurentides.

«On fait tout [les meubles] sur mesure. Ça commence à lever, on a plein de commandes et on fait des heureux. Le bois, c’est une belle passion qui est arrivée sur le tard», exprime Martin Giroux.